‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 55 sur 225 · CLIMAT, FLORE DES PLATEAUNX · texte numérisé non relu

CLIMAT, FLORE DES PLATEAUNX

son, que de ! mètre 25 dans l'Ou-Ganda, ce qui s'explique par le manque de cimes élevées arrètant les nues au passage. Les mois ne se distinguent point les uns des autres par l'accroissement où la diminution de la chaleur; les deux seuls phénomènes notables de l’année solaire étant les deux saisons pluvieuses d'automne et de printemps, les gens de Ganda ont pris pour division naturelle du temps l'époque des pluies qui coïncide pour eux avec celle des cultures : leurs années ne sont donc que la moitié des nôtres; chaque année est composée de six mois, le premier appelé « mois où l’on sème », les cinq autres « mois où l’on mange »'.

Favorisée par ces pluies, la flore est très riche dans les régions fertiles qui environnent le grand lac N’yanza et dont le sol consiste en terre végétale reposant sur une argile rouge mèlée de sable et n'ayant pas moins d'une dizaine de mètres en épaisseur, Dans l'Ou-Ganda, vers la ligne équatoriale, on ne voit pas une seule interruption dans la verdure qui recouvre la contrée : là où cessent les massifs de bananiers et les autres cultures, vastes jardins dans lesquels disparaissent les villages, commencent aussitôt les forêts de grands arbres, portant sur leurs branches des colonies de plantes parasites et se rattachant aux arbustes du sous-bois par des festons de lianes ; plus de cinquante espèces de fougères croissent dans ces fourrés. Les ruisseaux qui serpentent dans les fonds coulent comme en des galeries souterraines, où ne pénètre qu'un vague crépuscule; on ne les reconnait de loin que par le somptueux branchage des arbres entremêlés au-dessus du courant. Mais, si belle que soit la flore des plateaux du haut Nil, elle ne paraît pas se distinguer par une grande variété; sur les 790 espèces que Grant rapporta de son voyage à travers l'Afrique, de Zanzibar au bas Nil, 80 plantes, une centaine au plus, étaient encore inconnues aux botanistes : flore du Cap, flore abyssine, flore du Nil se confondent sur ces hauteurs; on y trouve même quelques espèces de l’Hindoustan*, et maintenant nombre de plantes européennes y jouissent du climat qui leur convient*, Grant pense que cette région, surtout le Karagoué, serait admirablement propice à la culture de l'arbre à thé*, L'arbre le plus grand de la contrée est le m’paffou ; de son tronc, qui a jusqu’à 7 et 8 mètres de tour, s'écoule une gomme odoriférante.

Comme la flore, la faune des plateaux ne se distingue de celle des régions environnantes que par un petit nombre d'espèces. Le lac est peuplé

& Wilson and Felkin, Uganda and the Egyptian Soudan.

? Sprke, Journal of the Discovery of the Source of the Nile.

% Wilson, Proceedings of the R, Geographical Sociely, juin 1880. 4 A Walk across Africa.

d’hippopotames et de crocodiles comme le Nil et le Niger, et des oiseaux pècheurs gitent en multitudes dans ses roseaux ou perchent sur les branches des arbres qui bordent le rivage. Dans le pays de culture, d'où la présence de l’homme à éloigné presque tous les fauves, il reste pourtant dans les fourrés des léopards, très redoutés des villageois; des hyènes rôdent également autour des cabanes; quelques renards épouvantent le voyageur par leur glapissement de mauvais augure; des chats sauvages et d’autres animaux de l'espèce des furets poursuivent le petit gibier; des écureuils s’élancent de branche en branche; de grands perroquets grisätres s’envolent du sommet des arbres en poussant leur aigre cri; tandis qu’au-dessous, parmi les fleurs, s’agite tout le monde brillant des petits oiseaux et des papillons. Loin des régions cultivées, notamment dans l’Ou-Soui, sur les frontières du Karagoué et dans l'Ou-Ganda septentrional, où les arbres forestiers sont remplacés par les palmiers sauvages, et les fougères par des graminées, des antilopes d'espèces nombreuses, des rhinocéros, des éléphants, des zèbres, parcourent la contrée; les buffles peuplent les abords des marais, et les sangliers gitent dans les broussailles. Plusieurs espèces de singes habitent les forêts du plateau, notamment le colubus quereza, à la somptueuse chevelure blanche et noire; le chimpanzé mème appartiendrait à la faune du pays’. Le lion est très rare sur les plateaux de l'Afrique équatoriale, cependant sa voix puissante se fait entendre parfois, épouvantant les autres animaux. Les autruches vivent dans les plaines ouvertes, et d'innombrables familles de pintades s’abritent sous les buissons. Des vautours de petite taille nettoient la contrée des cadavres qu'y laissent les exécutions et les batailles.

Certaines parties de la région du haut Nil sont parmi les plus populeuses de l'Afrique. Les descriptions de Speke et Grant, de Stanley, de Chaillé- Long, de Linant et de Gessi, les évaluations partielles des missionnaires, s'accordent à cet égard. D’après ces témoignages concordants sur l’Ou-

Ganda et plusieurs des États limitrophes, 1l est probable que la population

s'élève à 10 où 12 millions d'hommes dans la partie du versant méditerranéen situé autour du N'yanza et du M’woutan-N'zigé.

Par l’idiome et probablement aussi par la race, les tribus et les nations du plateau se rattachent aux habitants de l'Afrique méridionale : le domaine ethnologique empiète en cet endroit d’un millier de kilomètres sur

4 Emin-beyÿ, Petermann's Mitlheilungen, 1881.

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