‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 58 sur 225 · SR · texte numérisé non relu

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D'après Ravenstein,

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gali, affluent du N'yanza, sépare le Karagoué de l'Ou-Soui, Le Karagoué est une des plus belles contrées de l'Afrique centrale; ses collines sont verdoyantes et ses vallées fertiles, dans chaque vallon murmurent les eaux courantes ; toute la contrée, qui ressemble à un pare, pourrait être transformée en un immense jardin. La région occidentale du royaume est assez élevée ; des croupes du plateau atteignent la hauteur de 1500, même de 1800 mètres, et, quand le temps est clair, on aperçoit, par delà les vallées où

UR N. Cust, The Modern Languages of Africa

naissent les affluents du Tangouré, les sommets bleuâtres du M'founibiro et d'autres pilons que Npeke désignait sous le nom de montagnes de la Lune ; sur les hauteurs du Karagoué, le vent est assez frais pour que les nègres de la côte de Zanzibar s'imaginent être dans le voisinage de l’Angleterre, le seul pays froid que leur ait fait connaître la renommée. Dans les bas-fonds se sont formés quelques lacs : l'un d'eux, le Ravérou (1295 mètres), dont le trop-plein se déverse par un court émissaire dans le Tangouré, parut à Speke et à Grant aussi beau que la nappe lacustre de Windermere, dans leur pays, et ils lui donnèrent le même nom; mais, quoique dominé par des pentes gazonnées s’élevant de quatre à cinq cents mètres au-dessus, ce n'est point un lac alpestre; à l'endroit le plus creux, il n'a pas seulement 1# mètres de profondeur’. Un autre lac, l’Ourigi, situé près de la frontière méridionale du royaume, r’est guère qu'un grand étang, donc l’eau vagabonde descend au nord vers le Tangouré. D’après les indigènes, toute la vallée aurait été couverte d’eau à une

époque récente; des bateaux pouvaient remonter du N’yanza jusqu'à l'Ou-

rigi, et de petits mont: ales en forme de dômes que l’on voit surgir dans la plaine étaient des roches insulaires. Ces collines sont composées de erès argileux, d'un rouge brillant, alternant avec des plaques blanches de quartz; la décomposition des assises de grès, roche dominante de toute la contrée, fournit la terre rouge, si fertile, qui rend avec tant de générosité la semence qu'on lui confie. Dans la région nord-occidentale du Karagoué, au fond d’une ombreuse vallée qui s'incline vers le Tangouré et qui rejoint cè fleuve près des chutes de Morongo, jaillissent les six fontaines thermales de M'tagata, d’une température de 5# degrés centigrades ; les nègres y accourent de toutes les régions du plateau pour se guérir de leurs maladies.

Les habitants du Karagoué sont assez clairsemés; quelques districts seulement, entre autres celui de la capitale, non loin du lac Windermere, ont une population dense. Le gros de la nation se compose de Wa-Nyambo, parlant un dialecte bantou, le zongora; mais chez eux, comme chez leurs voisins, le pouvoir appartient aux Houma, qui ne permettent pas à leurs filles d'épouser des nègres de caste inférieure. La vie des Houma est tenue pour sacrée; la peine capitaie n'est jamais prononcée sur eux pour meurtre ou pour toule autre cause; crimes et délits ne sont payés que par des amendes. On sait que dans mainte partie de l'Afrique les femmes des chefs sont méthodiquement engraissées, au point de ne pouvoir plus même se

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lever, l'embonpoint de l'épouse étant tenu pour le mérite suprème, sans doute parce qu'elle prouve la richesse des personnages qui peuvent ainsi nourrir leurs femmes en les dispensant du travail; c’est nour une raison analogue qu'un grand nombre de chefs du Karagoué laissent pousser leurs ongles, comme les mandarins annamites, pour montrer orgueilleusement qu'ils n'ont point à se servir de leurs mains et que des esclaves labourent et récoltent pour eux. Dans aucun pays africain peut-être on n’est plus strict que dans le Karagoué pour donner aux princesses cette énormité de formes qu'exige la coutume; aux barres transversales placées dans les cabanes coniques des chefs sont suspendues des rangées de pots au lait; les femmes, assises sur des banes en terre recouverts d'herbes, n'ont qu'à étendre Ta main pour saisir la coupe du breuvage nourricier ; quant aux jeunes filles, qui ne comprennent pas encore leur devoir et qui se relusent parfois à se laisser gorger, le père est obligé parfois d'employer la verge pour les mettre à la raison. Il est des circonstances où la coutume demande à ces enfants un sacrifice plus grand encore, celui de la vie. Lors du décès d'un souverain, le peuple construit au-dessus du cadavre un palais mortuaire, puis on y jette cinq jeunes filles et cinquante vaches, destinées à mourir d’inanition pour accompagner le roi dans son grand voyage au pays des esprits.

La capitale du Karagoué, Warahandjé, est dans une position admirable. Elle est située à plus de 1500 mètres d'altitude sur une terrasse herbeuse d’où l'on voit à ses pieds le petit lac Rwérou (Windermere), dominé par une colline escarpée qui porte le tombeau des rois; au delà se montre la vallée du Nil-Tangouré, vaste forêt de papyrus où brillent çà et à des nappes argentines, puis au loin se snecèc ot des chaînes parallèles, dominées à l'extrème horizon par les trois cônes bleus du Mfoumbiro. Le Karagoué est dans le cercle d'attraction €e Zanzibar, Non loin de Warahandjé, à la base orientale d'une crête intermédiaire, des marchands arabes ont étahl lenlrepôt de Koufro (Kafouro), cù s'échangent des étoffes, du si! 7, objets d'origine européenne, contre l'ivoire, le eafé et d'autres denrées du pays. Les éléphants, chassés pour le compte des traitants, sont devenus rares: mais les rhinocéros sont encore très nombreux : en vi sen! jour, Speke en lua plusieurs aux bords du Windermere. Qrelques-uns de ces mammifères énormes constituent une variété blanche où grisâtre ", À l’ouest ei au nord du Karagoué, les grands animaux de ia faune africaine n’ont encore été troublés dans leurs gîtes ni pr les Arabes at par les Européens,

1 Kpoke, ouvrage cité,

car jusqu'à maintenant ces contrées sont restées en dehors des ilinéraires des voyageurs : défendues par les massifs de montagnes qui forment en cet endroit une sorte de citadelle, les populations de ce pays ont même maintenu leur indépendance presque républicaine.

Le Rouanda, qui s'étend immédiatement à l'ouest du Tangouré et qui pénètre au loin jusqu'au versant septentrional du lac Tanganyka, est probablement l'État le plus puissant de cette région encore inexplorée! : d'après le dire des Arabes, qui ont vainement essayé de s’y faire accueillir et qu'on aurait promptement expulsés, « parce qu'ils amenaient à leur suite Ja sécheresse et la famine », il vaurait de très grands villages et le pays serait riche en minéraux el en eaux thermales; au sud du Mfoumbiro, toutes les pentes seraient couvertes par une immense forèt d’essences précieuses, Au nord, le Mpororo et l'Ou-Sagara, appelés aussi Ankori ou Nkolé, seraient égulement des contrées productives en denrées de prix. On raconte les choses les plus étranges sur ce pays mystérieux, et dans tous ces récits de méchants nains, plus redoutables que des géants, jouent un grand rôle : il est probable que de petits hommes comme les Akka des forêts du Ouellé et les Obongo des rives de l'Ogowé vivent dans les hautes vallées du M'foumbiro et des montagnes qui s'alignent dans la direction du nord vers le mont Kibanga et le Gambaragara : d’après Stanley, le roi d’Ou-Ganda envoya une expédition contre ces nains, mais le froid aurait empéèché ses soldats de pénétrer dans les hautes vallées, I paraît que là aussi le pouvoir appartient aux Houma : ces conquérants de l'est seraient ainsi parvenus jusque sur le faite de partage entre le bassin du Nil et celui du Congo. Sans nul doute cette contrée, actuellement inconnue, prendra tôt où tard dans lhistoire du continent une importance de premier ordre, analogue à celle qu'elle a déjà dans son relief géographique : par son elimat et ses produc- Lions, elle pourra devenir une nouvelle Europe au centre même de PAfrique, sous la zone équatoriale ; à sera le principal sanatoire des régions basses du Nil et du Congo.

Le royaume d'Ou-Ganda*, le mieux connu des Etats du plateau dans

le bassin nilotique, paraît être aussi le plus populeux : en tout cas il est celui dont la puissance est le plus redoutée. Sa forme est celle d'un croissant se développant à l’ouest et au nord du N’yanza; il comprend le

1 J, À. Grant, À Walk across Africa.

* Ou-Ganda, Pays de Ganda: M'Ganda, Homme de Ganda; Wa-Ganda, Gens de Ganda; Ai- Ganda, Langue de Ganda.

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OU-GANDA. 451

Koki, l'Ou-Dou (Quddou) et d'autres États jusqu'à la bouche du Nil- Tangouré; à l’est il dépasse même le Nil-Kivira, s’annexant peu à peu le pays d'Ou-Soga; en outre, 1l possède le grand archipel de Sessé et plusieurs autres îles ; à l'intérieur des terres, ses limites indécises se perdent dans les jungles inhabitées, et dans ces derniers temps il s'est arrogé la suzeraineté sur le Karagoué et l'Ou-Soui'. On peut évaluer la surface totale du pays de Ganda à 50 000 kilomètres carrés; mais, avec ses dépendances, il comprend environ 175 000 kilomètres. Les évaluations de Stanley, basées sur le nombre des hommes armés, portaient l’ensemble de la nation à 2 779 000 individus; mais s'il est vrai, comme le croient les missionnaires anglais, que la population du Ganda s'élève à 5 millions, la densité des habitants serait d’une centaine de personnes par kilomètre, c'està-dire de près d’un quart supérieure à celle de la population en France. Toutefois il est permis de mettre en doute la valeur de celte statistique provisoire, car une autre assertion de MM. Wilson et Felkin paraît plus étrange : d’après eux, la proportion des femmes serait trois fois et demie plus forte que celle des hommes”, phénomène démographique sans exemple; jusqu'à maintenant loutes les statistiques régulières ont montré que les deux sexes sont presque en équilibre numérique, soit avee un léger excès pour le nombre des femmes, comme dans toutes les contrées de l'Europe et du Nouveau Monde, soit avec un faible surplus pour les hommes, comme au Japon. Suivant les voyageurs anglais, les causes de cette disproportion extraordinaire seraient à la fois naturelles et politiques. Les filles naissent dans les familles en beaucoup plus grand nombre que les gareous, ainsi que l'on s'en assure facilement en voyant les groupes d'enfants jouer devant les cases, et la guerre ferait le reste par les dangers de la bataille et le massacre des prisonniers. Lors d’une expédition Wiompuante, les guerriers wa-ganda, de mème que leurs voisins, tuent les hommes et s'emparent de toutes les femmes, qui sont réparties ensuite entre les vainqueurs,

Dans le pays de Ganda comme dans la plupart des autres États du plateau, le pouvoir appartient à la nation des Wa-Houma, mais la majorité des habilants sont ceux qui ont donné leur nom au royaume, les Wa-Ganda, Ce sont de vrais « nègres » à peau presque noire et à cheveux courts et crépus; leur taille est au-dessus de la moyenne et leur vigueur peu commune; les femmes se distinguent par la petitesse des mains et des

* Missionnares d'Alger, À l'assaut des pays nègres. # Wilson and Felkin, Uganda and the Egyptian Soudan.

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pieds, Les Wa-Nyambo, qui viennent du Karagoué et des provinces limitrophes et qui, pour la plupart, font le métier de pasteurs, sont de plus grèéle apparence que les indigènes: quant aux Wa-Soga, immigrants des contrées situées à lorient du Nil-Kivira, ils égalent les Wa-Ganda en stature et en force; leur peau est d’une nuance encore plus foncée, Parmi ces diverses nations, les albinos sont assez nombreux, cependant on les montre comme des curiosités dans les cases des grands personnages. L'habitude générale dans les tribus africaines, de se tatouer le visage, ou de se distendre le lobe de Foreille, ou bien encore de se tailler les dents en pointe, n'est jamais pratiquée dans le pays; toute mutilation volonlire est d'endne sous peine de inort. Les Wa-Ganda, habitants des terres élevée:, ignent point le corps de graisse comme la plupart des Africains. Ils son d'ailleurs très propres et se lavent fréquemment. Là maladie la plus redoutée dans lOu-Ganda est la variole, importée probablement de la côte orientale: elle pardonne rarement quand elle se présente sous forme épidémique. Quelques cas de lèpre se montrent çà et à, et l'on voit fréquemment des personnes dont la peau noire est semée de taches blanches comme celle des Pintados du Mexique.

La nourriture principale des gens de Ganda est la banane, dont ils posstdent plusieurs variétés, entre autres le nusa ensete d'Éthiopie, et qu'ils préparent de diverses manières, même pour en faire de la farine et pour en extraire une boisson fermentée. Les patates douces, des haricots, diverses espèces de citrouilles et de solanées, le maïs, le millet, la papaye, le riz et des légumes introduits par les Arabes, sont aussi au nombre de leurs plantes alimentaires; le ealier est également cultivé, mais il ne donne que de très petites baies, dont les Wa-Ganda ne font point d’infusions et qu'ils se bornent à mâcher. Ils ne mangent que rarement de la viande, car le bétail, consistant en vaches maigres et mauvaises laitières, en chèvres et en brebis à grosse queue, appartient aux pasteurs Houma, qui ne le vendent point. Sur les bords du lac et dans les îles, la population, en grande partie ichtyophage, trouve amplement à se nourrir, grâce à la multitude de poissons qui vivent dans le N'yanza. Du reste, il est peu de bestioles que dédaienent les Wa-Ganda ; ils se régalent de termites et de sauterelles ; même ils font la chasse aux essains de moucherons, qu'ils capturent au moyen de filets promenés vivement dans Fair.

La fraicheur de Fair étant parfois sensible sur ces plateaux de l'Afrique

centrale, les Wa-Ganda se construisent des maisons avee plus de soin que la plupart des autres peuples du continent, et ces demétires sont assez grandes pour que les travaux domestiques puissent tous se faire à l'inté-

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