BARI
Kivira, entre Foweïra et Magoungo; en outre, une rivière, navigable sur une vingtaine de kilomètres, débouche en face de Doufilé. C’est là une position très importante au point de vue stratégique, et dans l'avenir le bourg ne peut manquer d'avoir une grande activité commerciale; là se trouve la station des bateaux à vapeur du haut Nil, barré en aval par les rapides de Fola. La palissade de Doufilé est entourée de palmiers, au delà desquels se montrent les escarpements du mont Koukou. Au nord, la chaîne, se dressant en quelques endroits à 200 mètres au-dessus du fleuve, se continue en longeant de près le courant; les deux postes fortifiés de Labôré, qui se cache à demi sous les ombrages, et de Mougi, près des rapides de Yerbora, n'ont qu'une bande étroite de cultures entre le Nil et les rochers. Du côté du sud, Doufilé se rattache au poste choùûli de Fatiko par le bourg populeux de Faloro, un des greniers du Soudan égyptien. Les soldats du nord qui ont enrichi la flore et la faune locale d'un grand nombre d'espèces nouvelles, ont malheureusement apporté des myriades de punaises ; mais cet insecte ne dépasse pas Faloro'. Les champs des Madi sont cultivés avec grand soin ; les femmes et les enfants sèment chaque grain séparément. Les Bâri, qui succèdent aux Madi sur les deux rives du fleuve, sont un des groupes de tribus nègres les plus remarquables par la beauté du corps et la fierté du maintien. Le voyageur peut étudier sans peine leurs admirables proportions, car ils sont tous nus. Ils pensent que la dignité masculine ne permet pas de se couvrir; Peney raconte même qu'ils ont «peur du vêtement »; pour se faire bien accueillir, ce voyageur était obligé de se dépouiller de ses habits?, La contume permet aux femmes de se vêtir; mais la plupart n'ont qu'un rahad ou pagne en chaînettes de fer ou en lanières de cuir et une peau de bête suspendue aux reins; elles ont toujours la chevelure rasée, tandis que les hommes laissent une petite touffe au sommet de leur tête, ombragée de plumes d'autruche chez les grands chefs. Les Bâri ne sont pas couverts d’ornements et d’amulettes comme les Choûli, mais il en est qui se peignent aussi le corps, surtout pour les danses guerrières, et se tatouent d’arabesques ou de dessins géométriques multicolores ; ces opérations, qui se font à l’époque de la puberté, sont très dangereuses et causent souvent la mort du patient. Les Bâri, naguère décimés par la petite vérole, ont eu recours à la pratique de l'inoculation, inventée par eux, dit M. Felkin, et cette méthode prophylactique paraît avoir complètement réussi. Les guerriers bâri ont la réputation d'être les
!Eminhev, Petermann's Mittheilungen, 1880, n° VI. * Bulletin de la Société de Géographie de Paris, juillet 4865
Xe
plus braves des riverains du Nil, et parmi eux on rencontre fréquemment des hommes ayant au poignet un bracelet d'ivoire : ce sont les chasseurs qui ont réussi à tuer un éléphant en combat singulier, C'est généralement chez les Bâri que les marchands d'esclaves recrutaient leurs chiourmes de négriers, et le nom de ces bandits était redouté jusque dans le voisinage des grands lacs. Mais les tribus bâri ont eu elles-mêmes beaucoup à souffrir des incursions des traitants, et certaines parties de leur territoire ont été complètement dépeuplées. Sachant que la grande richesse des Bâri consiste en bétail et qu'ils tirent vanité de ces beaux animaux, qui balancent leurs sonnailles comme les vaches de la Suisse, les négriers capturaient d'abord les troupeaux, et, pour les racheter, les Bàri amenaient leurs propres femmes ou leurs enfants, à moins qu'une expédition heureuse ne leur eût livré les familles de tribus voisines", La vache est un animal presque sacré pour ces peuplades du Nil et la bouse est considérée comme ayant une vertu magique : elle entre comme principal ingrédient dans le pansement des plaies. Auprès des cabanes des Bâri, du reste admirablement propres, la terre d'argile et de cendres battues est toujours mêlée à la bouse de vache, comme naguère le sol des aires à battre le blé dans les provinces françaises. Au lieu de s'aceroupir comme la plupart des autres nègres ou de se croiser les jambes comme les Arabes, les Bàri ont l'habitude de s'asseoir sur des tabourets peints en rouge.
Des missionnaires catholiques ont été longtemps à l'œuvre au milieu des Bâri, mais ils ne firent guère de prosélytes, la conduite des chrétiens marchands d'esclaves n'étant guère de nature à aider la propagande des prêtres. Les Bâri en sont restés à leurs pratiques de magie, à leur ancien culte animiste, à leur adoration du serpent, qu'ils appellent « grand’mère », à leur vénération pour les morts, qu'ils asseyent avec beaucoup de soin dans leurs tombeaux. Jadis, disent-ils, on pouvait monter au ciel par une corde attachée aux astres, mais celte corde s’est brisée *. On ne voit plus les ruines de l’église, centre des missions du haut Nil, et seulement une belle avenue de citronniers marque l'emplacement de ce qui fut la « ville» de Gondokoro; les briques de la maison des missionnaires autrichiens ont été pilées et mêlées à de la graisse pour peindre le corps des indigènes. Le pacha Samuel Baker avait fait de Gondokoro le chef-lieu de son gouvernement, sous le nom d’Ismaïliya; mais le déplacement du fleuve, la formation de marais et de bancs de sable décidèrent Gordon à quitter ec
1 Wilson and Felkin, Uganda and the Egyptian Soudan, 2 Kaufmanu, Das Gebiet des weissen Flusses.
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poste : 1 s'établit à une vingtaine de kilomètres en aval, à Lado ou Lardo, sur la berge de la rive occidentale. Cette ville, dont on voit par-dessus la palissade les édifices en briques et à toitures de fer battu, présente une assez belle apparence, comparée aux villages environnants; une promenade entoure la ville; un eucalyptus, planté par Emiîn-bey, domine déjà de haut les maisons; des navires bordaient naguère le quai. Les autres stations du pays des Bâri, en amont de Gondokoro, sont celles de Kirri et de Bedden,
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devant laquelle un bac traverse le fleuve. Au sud-est de Gondokoro s'élèvent les villages de Billigong ou Beleniân, célèbres par leurs mines de fer el leurs ateliers pour la fabrication des javelots et des lances. Dans les
h gou- moutagnes voisines, celles de Lokoya, vivent les plus fiers des Bârt, contre
la for- lesquels les blancs établis à Gondokoro eurent souvent à se défendre. Plus
au nord, les Berri, Bar ou Behr, qui vivent dans les savanes au nord-est de Gondokoro, forment un groupe de tribus distinct des Bâri, et parlent un idiome presque identique à celui des Choùli, auxquels ils ressemblent par ls traits et les mœurs. D'autres peuplades parentes sont celles des Chir,
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dont les villages bordent les deux rives du Nil, en aval de Lado. N'ayant
N9 5 — ITINÉMAIRES DES VOYAGEURS A L'EST DU BANR EL-DJÉDEL.
Üaprés Ra-enstein
pas de fer, ces noirs taillent leurs pointes de flèches en bois d'ébène.
A l’orient des Bàäri, un terri- Loire bien arrosé par des kherän qui descendent vers le Nil, du sud-est au nord-ouest, est habité par les Latoûka ; ceux-ci ne ressemblent nullement aux nègres leurs voisins et presque tous les voyageurs s'accordent à les reconnaître comme de souche galla® : leur langage serait de la mème famille que celui des Ilm- Orma*; leur front haut, leurs grands yeux, leur nez droit et ferme, leurs lèvres fortes, mais non bouflies, ne permettent guère de douter de leur origine.
D'autres populations, qui vivent plus à l’est dans la direction du Sobat, les Arboré notamment, appartiennent à la même famille; mais les Akkara et les Irenga parlent d’autres langages. Le caactère des Latoûka diffère beaucoup de celui des nègres voisins; ils sont plus gais, plus francs, d'une singulière vaillance et les lailants n’ont jamais pu caplurer d'esclaves parmi eux; S'ils étaient unis, au lieu de gucr-
royer sans cesse de tribu à tribu, ils seraient certainement l’une des puissantes nations de l'Afrique. Quoi-
Luchinetti, Bulletin de la Sociélé de Géographie du Caire, février 1881. * Peney; Baker; Emin-bey. Taille moyenne des Latoüka : 17,70 à 1,75. D'après E, Ravenstein, leur idiome se rapprocherait de celui des Masai. (Proceedings of the R, Geographical Society, may 1884.)
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LATOÜK A. 165
que l'idiome originaire, les traits physiques et le caractère de ces immigrants galla se soient en grande partie maintenus, les Latoûka, dont les croisements ont fait un peuple métis, se sont rapprochés par les mœurs des peuplades nègres du Nil : comme les Bari et les Chiloùk, ils auraient honte de porter des vêtements, mais ils se font gloire de donner à leur chevelure une forme élégante, celle du casque notamment. Il faut un labeur de huit à dix années avant que la coiffure soit parfaite : les cheveux, tressés avec des filaments d’écorce, sont transformés en une sorte de feutre capitonné, qu'émaillent des verroteries et des boules de porcelaine ; une plaque de cuivre resplendit au-dessus du front et des aigrettes, des touffes de plumes se balancent au sommet de la tête'. Quant aux femmes, qui ont moins d'élégance corporelle que les hommes et qui ne se distinguent que par une vigueur peu commune, elles n’ont pas droit à autant d'ornements que les hommes et se bornent à quelques tatouages; elles portent une queue qui ressemble à celle du cheval, et, comme la plupart des autres femmes de la région, elles s’arrachent les quatre incisives inférieures. Les cases des Latoûka ressemblent à celles des indigènes voisins ; elles ont la forme de la cloche ou de l’étefgnoir et n’ont d'autre ouverture qu'une porte basse par laquelle il faut pénétrer en rampant. Près de chaque village se trouve une nécropole où on transporte les ossements, lorsque le cadavre, enterré d'abord près de la cabane, est complètement décomposé; pendant des semaines entières, on célèbre des danses funèbres autour des morts. Les campagnes des Latoûka sont très productives et le labac qu'on y cultive est très demandé par les tribus environnantes, quoique mélangé presque toujours avec de la bouse de vache. Dans le pays, on ne craint d'autre fauve que le léopard, qui attaque souvent l'homme ; mais le lion n’est pas redouté, Emin-bey raconte que, l’un de ces animaux étant tombé dans une fosse à léopards, la population se hâta de l'en retirer ?,
Le terriloire des Latoûka, limité à lorient par la chaîne de montagnes du Lolit ou Lafit, s’élevant d’un millier de mètres au-dessus des plaines, est borné au sud par d’autres sommets plus hauts encore : dans son ensemble, le pays est une longue vallée fertile, parsemée d'arbres, parmi lesquels se voit fréquemment le higlik, dont le fruit sucré est si riche en potasse qu’on l'utilise en guise de savon. Les villages sont assez nombreux el quelques-uns méritent même le nom de villes. Tarrangolé, la cité prin-
1 Samuel Baker, Albert Nyan:a.
? Pelermann's Mittheilungen, 1882, n° IL
cipale, située au milieu du pays des Latoûka, sur la berge du khôr Kohs, n'aurait pas moins de trois mille cabanes, sans compter les hangars sous lesquels gîtent de dix à douze mille bestiaux. La ville est entourée d’une forte palissade et chaque maison est elle-même défendue par un enclos; des tourelles à trois étages de plates-formes s'élèvent en divers points de la cité et des sentinelles y veillent chaque nuit, prêtes à frapper sur le tambour de guerre au moindre indice de danger, Une seule large rue traverse la ville; les autres passages ne sont que des allées tortueuses où les vaches ne peuvent entrer qu'une à une, afin qu'il soit facile de les compter et que l'ennemi, par une brusque surprise, ne puisse pas s'emparer de grands troupeaux. Dans la région septentrionale du pays, les deux villages de Wakkala où Okkela et de Loronio, également connu sous le nom de son chef Latomé, ont aussi une population considérable. D'après Emin-bey, la population des femmes y serait, comme dans l'Ou-Ganda, beaucoup plus forte que celle des hommes.
Les Latoûka sont les tribus galla les plus avancées dans la direction de l'est, à moins que les Lango du haut Nil et les Houma des plateaux ne soient, eux aussi, considérés comme des représentants de la race; mais sur le Bahr el-Djebel même et à l'occident du fleuve on ne voit plus que des nègres. À l'ouest des Bâri, les Niambâra ou Niam-bàri, occupant un territoire montueux qui forme le massif de partage entre le Nil et son tributaire le Yeï, sont frères de race avec les Bàri; toutefois leur idiome se distingue par une plus grande variété d’intonations que les langues des tribus voisines el par ses mots à consonnes sifflantes. Grands et forts comme les Bâri, les Niambära sont nus comme eux; mais 1ls se chargent d'anneaux, de grelots et d’autres ornements en fer. Quelques-uns en sont « bardés »; en outre, les femmes portent toujours un poignard à la ceinture; tandis que les pendants d'orcilles sont inconnus chez la plupart des peuplades nilotiques, les Niambära se percent de trous tout le pourtour des lobes pour y passer des boucles et des verroteries : comme les Orejones de l'Amérique méridionale, ils se font ainsi de chaque côté de la figure de larges pavillons qui leur donnent une étrange physionomie. Les femmes se percent aussi les deux lèvres à la commissure, pour y introduire un morceau de quartz ou, à défaut, un eylindre de bois ou un fragment de roseau; elles n'ont point de pagne, seulement un morceau de cuir, des feuilles d'arbre, parfois un grelot. Au milieu du siècle, avant l'arrivée des marchands d'ivoire, les défenses d'éléphant avaient si peu de valeur, qu'on
ne s’en servait guère que pour faire des enclos au bétail. Les Niambàra pratiquent la chasse du grand pachyderme autrement que les autres tri-
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LATOUKA, NIAMBÂRA, DENKA. 167
bus : un homme, caché dans le feuillage d'un arbre, attend que des rabatteurs aient ramené l'animal au-dessous de la branche où il se tient, lance en main; bientôt la lame de fer, de 60 à 70 centimètres de longueur, s'enfonce jusqu'à la hampe dans le dos de l'éléphant, produisant une blessure presque toujours mortelle", Les Niambära ne sont pas seulement d'habiles chasseurs, ils cultivent aussi très bien leurs vergers et leurs champs, et fixent les essaims d'abeilles autour de leurs cases; comme forgerons, ils ne le cèdent pas aux Bàri de Beleniän. Un des principaux villages du Niambära porte le nom de la tribu : il est situé, à 620 mètres d'altitude, dans un cirque entouré de collines élevées, qui se rattachent par une ramification latérale à la chaîne de montagnes dominant le Nil, de Mougi à Doufilé; les pies Kougou, comparables à des pyramides, s'élèvent au-dessus des campagnes de Niambära, plongées à leur base dans une mer de verdure : des eaux thermales, utilisées également par les indigènes et par les marchands arabes, jaillissent en divers endroits de la contrée.
De tous les peuples qui vivent sur les bords du Bahr el-Djebel, les Denka où Dinka, appelés aussi Djeng et Djanghé, sont ceux qui occupent le domaine le plus étendu; leur territoire peut être évalué à une centaine de mille kilomètres carrés et c'est par dizaines que se comptent leurs tribus ou familles indépendantes : les plus connues sont naturellement celles avec lesquelles les traitants sont en contact, telles que les Touitch, les Bôr, les Kidj ou Kitch, les Eliab, riverains du Nil, et les Wadj, les Rek, les Afodj, à l'occident, sur les tributaires du Bahr el-Ghazàl; d'autres peuplades denka vivent aussi sur la rive droite du Bahr el-Abiad, en aval du confluent du Sobat. Mais, quoique sur le chemin suivi forcément par tous les voyageurs qui remontent le haut Nil où qui se rendent sur le versant du Congo, les Denka n’ont en rien modifié leur genre de vie sous l'influence de la civilisation étranobre; ils sont restés libres dans leurs savanes ou leurs marais et n’achètent presque rien des marchands arabes; le laitage des troupeaux, les fruits du verger, les grains et les légumes du champ leur suffisent, Bôr, sur la rive
droite du Nil, dans le pays de la tribu du même nom, est le fort que le
gouvernement égyptien a fait construire pour surveiller les Denka. Ceux-ci ont eu, comme les Bàri, la visite de missionnaires catholiques d'Italie et d'Autriche, qui s'étaient installés, en aval de Bôr, à Panom ou Faoutentoum, dans le pays des Kidj, sur la rive gauche du Nil; mais ect établissement, appelé Sainte-Croix (Santa-Croce, Heiligen-Kreutz), a dû être abandonné à cause des maladies qui ravageaient la mission. D'ailleurs les efforts
! Peney, Bulletin de la Société de Géographie de Paris, juillet 1864.
de conversion avaient été inutiles; le seul résultat du séjour des prêtres est le recueil de vocabulaires et de traduetions qu'ils ont rapporté du pays denka, Les missionnaires de l'Islam n'ont pas eu de prise non plus sur ces populations nilotiques, restées animistes comme la plupart des autres peuplades de l'Afrique centrale.
De même que les Bâri, qui parlent un idiome parent du leur, les Denka tiennent les vêtements pour une honte; ils marchent nus, laissant aux femmes l'usage de s'attacher des peaux de bêtes à la ceinture; mais ils ne dédaignent pas les ornements, portent des anneaux de fer aux bras, aux chevilles, aux orcilles, balancent des plumes d'autruche au sommet de leur tête, se tatouent le visage pour se distinguer d’autres peuplades et s'arrachent les incisives de la mâchoire inférieure; la plupart se rasent, mais les élégants peignent leur chevelure de manière à la faire ressembler à celle de l'Européen et lui donnent une teinte rougeâtre en la traitant par l'urine de vache, Leur peau, dans sa nuance naturelle, a le bel éclat du bronx; mais, pour empêcher qu'elle ne s’altère, ils ont presque toujours soin de la frotter de substances huileuses' et de la barbouiller de cendres, ce qui leur donne en apparence la couleur d’un gris bleuâtre. Ayant l'habitude d'allumer tous les soirs de grands feux, autour desquels ils passent la nuit avec leurs troupeaux pour les garantir des moustiques, ils parsèment ainsi leurs villages de grands tas de cendres où ils se roulent avec délices. Les Denka de la région orientale sont parmi les plus grands des Africains; il n'est pas rare de trouver parmi eux des hommes de 1",80; les Kidj surtout ont une taille élevée? ; mais à l'occident, dans le bassin du Bahr el-Ghazäl, les Denka ont une taille à peine supérieure à la stature moyenne des Européens qui viennent les visiter; en général ils ont une grande force physique, bien qu'ils ne mangent ordinairement qu’une fois par jour, vers le coucher du soleil”, Ils ont tous la jambe longue et décharnée, et, comme les Nouër et les Chiloûk, habitant aussi les régions marécageuses, ils ont la démarche des échassiers. En les voyant, cheminant lentement au-dessus des roseaux, relevant le genou et avançant avec précaution leurs larges pieds plats, on dirait des cigognes. Comme les oiseaux des marais, ils ont pris l'habitude de se tenir immobiles sur un pied, appuyant l'autre jambe au-dessus du genou; ils se reposent ainsi pendant une heure entière
Quoique se trouvant en plein développement de l’âge de fer, ainsi qu'en
G. Schweinfurth, ouvrage cité,
Taille des Kidj, d'après R. Buchta : 1,70 à 1,95. (Pelermann's Miltheilungen, 1881, w Il) 5 Beltrame, JL fiume Bianco e à Dénka.
Th. von Heuglin, Ergänsungsheft zu Petermann's Mittheilungen, n° 1à.
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1 Wik
DENKA, 169
tres os témoigne leur prédilection pour les instruments de ce: métal, les Denka
lu pays n'ont point de forgerons, le sol alluvial de leur contrée ne contenant pas een sur ce de minerais mais ils se montrent fort habiles ouvriers en diverses indus- | ; 1 APN es pete iries, Désignés ironiquement par leurs voisins sous le nom de « Gens du ni! 1 FU Bâton », à cause de leur arme favorite, ils fabriquent des ares élastiques {| DU.
; Denka très ingénieux et seulptent de curieuses cannes avec garde à coquille pour K 4 int nus se protéger la main en délournant les coups; ils se bâtissent des maisons 114 ! cu sit no plus grandes que eelles des tribus voisines, et, comme euisiniers, leur RUE 1 N 1S, aux talent est exceptionnel : à cet égard, ils n'auraient pas leurs pareils en | | Je met de Afrique. Ils sont de passionnés éleveurs de bétail, dont ils possèdent d'im- | | il \ di et s'ar. menses troupeaux, et quand un animal tombe malade, ils le séparent des | 9 || jt
t, mais autres et le traitent dans une infirmerie d'une exquise propreté; n'abat- | l'UE LE aollt tant jamais une de leurs grosses bêtes, mais les saignant parfois pour en | 44e l'urine boire le sang, mêlé avec le lait', ils ne mangent que la viande des ani- {| H Hh one: maux morts de maladie où par accident, I semble que, malgré leurs soins, | pl | ï LA TO
la race bovine dégénère dans le pays, peut-être à cause des conditions eli- RL
n de la matiques où bien, comme le croit Schweinfurth, par suite du manque |
ui leur
d'allu- absolu de croisement entre les races et la privation complète de sel dans 1 ji
lt avec leur nourriture, Sur cent bêtes, ilen serait une à peine qui aurait la force ROLE laure de voyager d'un mourdh ou enclos à un autre mouräh et de porter un far- il qi Denk: deau comme les bœufs des Baggâra. Du reste, ce sont de charmants ani- ‘1 FA
l n'est maux, à cornes minces, à tête fine : on dirait presque des antilopes, Les | ÿ nt surtout béliers ont une crinière qui leur couvre les épaules, le cou et la poitrine, HA Ghazäl, tandis que sur le corps et sur la queue le poil est tout à fait ras; ils res- Le FUN fa: de semblent à de petits bisons. Les Denka élèvent aussi des chèvres : c’est le hi Le o-force seul animal qu'ils abattent pour en manger la chair. Peuple de bergers, | pus Ir, vers | vivant en petits groupes au milieu des savanes, les Denka n'ont point de Fi Jul 10) son culte publie ou privé; cependant on a cru que mainte pratique locale rap- pi ils on peilerait une religion semblable à celle des Aryens de la région des « Sept à |
Fleuves ». Leur respect de la vache, dont ils recucillent précieusement la Ï
dessus | fs RE bouse et l'urine pour tous les usages domestiques et même pour les prépa- t4 larges ë | | : rations culinaires, serait un reste de l’ancien culte, De même que les Chi- | | ils ont | jambe loûk et les Bari, ils ont aussi pour les serpents une vénération singulière | ER et leur donnent le nom de « frères ». Tuer ces reptiles leur paraît un ji
tière © crime. On affirmait à Schweinfurth que dans chaque demeure les ser-
pents familiers sont connus individuellement des chefs de famille et répon-
qu'en
dent à leur nom en s’approchant de ceux qui les appellent,
1,wll)
1 Wilson and Felkin, ouvrage cité.
170 NOUVELLE GÉOGRAPIHE UNIVERSELLE,
La grande rivière Yeï, qui naît dans les « montagnes Bleues », à une faible distance du haut Nilet du pays des Madi, 6€ qui, après avoir décrit une grande courbe vers l'ouest par des vallées marécageuses, va rejoindre le Nil en aval de la station de Gaba Chambé et de Ta bifureation du Rabr ez- Laval, traverse des contrées dont les populations, Kakouak, Fadjellou, Kederou, appartiennent pour a plupart au même groupe de nations que les Bâri et les Denka: mais, parmi les tribus de ce bassin, 1len est au moins une, celle des Tddio où Makraka, qui se distingue à la fois par la langue, l'aspect physique et les mœurs. Ces indigènes appartiennent à la nalion considérable des AZandé où Niam-Niam, dont le domaine s'étenl principalement au sud-ouest dans le bassin du Congo. Les Makraka ffakarakà), c'est-à-dire les Cannibales », méritent en effet ee nom, ainsi que le témoignage de Schweinfurth, confirmant celui des marchands, Fa mis hors de doute; mais, pris en masse, ils sont véritablement supérieurs aux tribus nègres qui les entourent. Is ont le teint d'un noir à reflets rouges; leur nez est moins épalé, leurs pommettes moins saillantes, leur angle facial plus développé que ceux de leurs voisins; ils ont le poil moins rare
que la plupart des Nigriliens; leurs cheveux sont longs et presque soyeux:
au moven de graines et de divers ingrédients retirés des arbres, ils donnent
à l'édifice de leur chevelure les formes les plus bizarres : à ect égard, ils ne le eèdent pas aux Madi en ingénieuse coquetterie, IS n'ont point l'habitude de S'arracher d'incisives comme les tribus nègres des alentours, mais, seuls parmi tous les non-musulmans de la contrée, ils pratiquent la cireeneision ? aussi sont-ils tenus conime des espèces de musulmans, quoiqu'ils ne professent nullement Fislam, :feette demifraternité religieuse est une des raisons qui les à fait choisir par les gouverneurs égyptiens pour le recrutement de leurs troupes: mats la cause prineipale de ee choix est la terreur qu'ils inspirent aux populations par leur courage et qu'entrelenait naguère leur réputation d'anthropophagie, Souvent, dans leurs expéditions, les marchands qui parcouraient la contrée eurent à lutter contre les Makraka; mais 1 ne leur suffisait pas de vainere les hommes, les femmes se trouvaient ausst parmi les combattants. Cette peuplade des Niam-Niam cultive admirablement la terre et possède une variété considérable de plantes. Quoique Pensemble de Son territoire soit peu étendu, sa prospérité matérielle lt à donné le premier rang parmi les tribus du pays et lune des moudiriyé instüluées par le gouvernement égyptien à reçu le nom de ce peuple, quoiqu'elle comprenne aussi beaucoup d’autres groupes de population.
La nation qui occupe le plus vaste territoire dans le bassin du Yeï, en
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Nolou ,
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MOROU, 175
amont du pays denka, est la nation des Morou, dont une peuplade, que Felkin à étudiée avec beaucoup de soin !, porte le nom de Madi, comme la crande tribu des bords du Bahr el-Djebel. Peu différents des Bäri et des Denka par les mœurs, les Morou sont nus comme eux et ne portent guère d'autres ornements que des anneaux de fer : ils ont pour signe distinetif de leur race dix traits de tatouage sur le front; les pierres placées sur leurs
tombes ont la forme des dolmens de la Bretagne. Très forts, les Morou sont
employés comme porteurs dans toutes les stations du pays des Rivières;
comme agriculteurs et jardiniers ils sont aussi fort habiles, et chaque cabane à dans son voisinage un enclos dont les plates-bandes à légumes, hautes d'un mètre et fort étroites, sont disposées de manière qu'on puisse les eulliver sans courber le dos. L'ancien régime de la propriété commune n'a pas été complètement remplacé chez les Morou per la propriété privée. La bière que préparent les femmes appartient à tous ; elle est déposée dans un édilice publie, et qui à soif, indigène où voyageur, peut en boire à volonté, mais il n'emporte point eette boisson chez lui et jamais 11 n'en buse : l'ivrognerie est inconnue, Lorsque le temps est beau, tous les habilants du village, hommes et femmes, dinent ensemble, servis par les enfants. La politesse est une des vertus que les Morou cultivent aver le plus de soin. Les femmes sont honorées et eelles qui exercent la médecine, d'ailleurs avee beaucoup plus d'intelligence et de suceès que les hommes, sont toujours accompagnées jusqu'à la porte de leur demeure par le chef de la famille qu'elles viennent d'honorer de leur visite, L'édueation des enfants est considérée comme le devoir principal de la tribu : garcons et filles sont habitués à s'ineliner et à se taire devant les anciens ; 1s apprennent la gym nastique, la danse, les pantomimes, s'exereent aux jeux de batte et d'adresse, S'éludient au maniement des armes, et, choisissant le père comme cible, lui lancent des flèches émoussées. On les ‘gare dans la forêt, puis on les surveille de loin pour voir comment ils retrouveront le chemin du village. L'éducation se complète par des voyages. À l'âge de dix ans, les enfants quitlent la maison paternelle pour aller visiter des amis lointains de la mème nation où d'autres peuplades et font ainsi leur & tour du monde » pour connaître les mœurs et les coutumes de l'étranger, Les jeunes filles sont-elles fatiguées du voyage, les frères les ramènent à lt maison, puis reprennent leur odyssée, C'est aussi à l'étranger, surtout chez les Nianbära, qu'ils cherchent femme, car lexogamie est de règie dans la nation
morou, landis qu'elle est inconnue chez les Bâr, Le jeune Morou
! Proceedings of the R, Socaty 0j Edinburgh, session 1885-84,
a-Lil vu la fille qui lui convient, 1 s'approche d'elle et Tai attache au poignet une guirlande de feuilles: si elle garde cet ornement, le jeune homme peut espérer, et les pourparlers de mariage commencent entre les parents !.
La station principale du territoire des Morou est le village de Mad (A-madi), situé sur la rive gauche du Yei et sur la route des caravanes entre Lado et Dem Souleïman, au milieu de champs de sésame et de mille qui s'élendent à perte de vue. C'est l'un des centres de trafic entre la vallée du Nilet le pays des Monbouttou : les rapports officiels menüonnent le nombre des quintaux d'ivoire qu'y achètent les employés du gouvernement égyptien, mais ils ne parlent pas d'un article de commerce plus important, les esclaves captivés parmi les populations paeifiques de la contrée. Naguëre Madi envoyail aussi un grand nomire d'eunuques aux villes du bas Ml et à l'Arabie. On raconte que ies marchands d'esclaves cherchaïent surtout à capturer et à mutiler les chefs qui ne se prètaient pas de bonne grâce à leur tralie de chair humaine. I n'est done pas étonnant que la vue d'un « Ture » épouvante les noirs de ces régions; en apercevant un inconnu, ies enfants s'enfuient avec des eris de terreur.
La rivière Rôl, qui, sous divers noms, coule parallèlement au Yeï et va se perdre dans les maréeages du Nil en amont des embarras, traverse le territoire de tribus nombreuses n'ayant aucune cohésion politique, Aboukaya, Lori, Lesi, Belli, Djiri. Dans le pays des Agar, qui appartiennent à la grande nation des Denka, une véritable ville, Avak où Doufalla, entourée d'une palissade et d'un profond fossé, s'élève sur la rive droits du fleuve; les cases, loutes construites sur de hautes plates-formes, se pressent dans
l'enceinte et tout un cercle de villages entoure la zeriba. Au nord-ouest
d'Ayak, loin de la rivière et dans une campagne accidentée couverte de eul-
Lures, se trouve une autre zeriba, fondée par les marchands arabes : c'est la ville de Roumbék, appelée aussi Rôl comme la rivière et la principale Wibu riveraine : c’est le chefdieu d'une moudirivé égyptienne. D'après Felkin, la population urbaine serait d'environ trois mille individus cet, dans le voisinage immédiat, les villages seraient habités par trente mille indigènes. Dans la ville de Rôl, le port des vêtements est tenu pour un privilège de religion ; à l'exception des femmes épousées par des Arabes, aucune n'à le droit de se montrer vêtue.
A l'ouest, la grande nation des Bongo, appelés aussi Dôr ou Dern, habite
1 Emiü-bey, Pelermann's Mittheilungen, 1885, n° VI,
au nord Tond}, le vécut deu marchant mille; act d'innomb unes avec résister à ( leurs band la plaine, 4 pays Put à nation enti dement la € abandonné par ses car moment mt cependant q grâce à quel sions des Ar seraient asso livement ta se marient Île lieu à treize Les Bongo les Denka, qu line parenté d'un rouge | compose les t nord, Moins d'avoir ces ju Marécages à « musculature « cles énormes, (El qui se bala Dénka ont la |
lue crâne es
UFelkin, Ugandi
Schweinturth :
MOROU, AGAR, BONGO. 170
au nord des Niam-Niam les plaines accidentées qu'arrosent le Djaou, le Tondj, le Dioûr, le Bongo et leurs nombreux affluents, Sehweinfarth, qui vécut deux années au milieu des peuplades bongo, dit qu'avant l'arrivée des marchands d'esclaves ils devaient être au moins au nombre de trois cent mille; actuellement là population serait réduite au tiers. Répartis jadis en d'innombrables petites communautés indépendantes et vivant en paix les unes avec les autres, les Bongo n'avaient pas appris à se concerter pour résister à des attaques étrangères; quand les négriers se présentèrent avec leurs bandes armées de fusils, ils s'emparèrent facilement des villages de la plaine, établirent leurs zeriba aux points stratégiques et bientôt tout le pays fut à leur merci : on put croire qu'en peu d'années disparaïtrait la nation entière des Bongo, tant l'esclavage et l'oppression dépeuplèrent rapidemeni la contrée; la civilisation locale dépérit, certaines industries furent abandonnées. Schweinfurth se demandait si cette race originale, si curieuse par ses caractères physiques el ses mœurs, n'allait pas cesser d'exister au
moment méme où elle venait d'être découverte pour la sciences, Il paraît
cependant que, dans ces derniers temps, le pays commençait à refleurir,
grâce à quelques années de paix; il est menacé de nouveau par les incur-
sions des Arabes et des tribus qui leur sont alliées. Les familles des Bongo
seraient assez nombreuses, grâce peut-être à ce que les mariages sont rela-
üivement tardifs dans ces peuplades : c'est de quinze à dix-sept ans que
se marient les jeunes gens", landis que chez leurs voisins les unions ont
leu à treize ou quatorze ans.
Les Bongo contrastent singulièremeut avec leurs voisins septentrionaux, les Denka, quoique les deux idiomes respectifs semblent indiquer une cerline parenté, Ils sont d'une nuance beaucoup moins sombre; leur peau est d'un rouge brun, presque identique à la couleur du sol ferrugineux qui compose les terrasses du pays, S'abaissant par gradins dans là direction du nord*. Moins grands que les Denka, ils sont plus forts, plus trapus, et loin d'avoir ces jambes maigres et décharnées qui font ressembler les tribus des marécages à des échassiers, ils se distinguent, au contraire, par la forte musculature de leurs cuisses &4 de leurs mollets; les femmes ont les hanches énoriies, une démarche d'animal; la queue dont elles se sont ornées “qui se balance à chaque pas ajoute à la ressemblance. Tandis que les enka ont la tête étroite et longue, les Bongo sont tous brachyeéphales :
leur crâne est presque rond; d'après Schweinfurth, ameun peuple n'aurait
Felhin, Uganda and the Egyptian Soudan.
Sehweintueth: = Lupton, Proceedings of the R. Geographical Society, maceh ISSN!
un indice céphalique plus élevé: il paraîtrait d'ailleurs que, dans certains 4
districts, les mères donnent par la compression une forme particulière aux É ou ho!
crânes de leurs enfants, Les hommes ne sont pas nus comme tant d'autres À pour à
habitants de la région des rivières; ils portent un lambeau d'étoffe, et les À bois, |
anneaux de fer qu'ils ont au bras, au nombre de plusieurs dizaines par- culte fois, sont assez bien ajustés pour former un véritable brassard. Les ï femmes n'ont point de pagne; elles s’'attachent seulement à la ceinture une branche feuillue ou des touffes d'herbes; pour elles, les ornements par excellence sont Les clous ou les plaques de métal, qu'elles se passent à tra à vers la lèvre inférieure; souvent on rencontre des femmes bongo avant, comme les Botocudos da Brésil, la lèvre pourvue d'une rondelle assez k. grande pour qu'elle puisse servir de plat pour la nourriture; en outre, les 4 élégantes s'introduisent des chevilles dans les commissures des lèvres, dans Rs les narines, sur toutes les saillies et dans tous les plis du corps; il en es à qui se sont ainsi épinglées en cent endroits différents. à ar la bienveillance, la douceur, l'amour du travail, les Bongo sont peut- : être au premier rang parmi les peuples de l'Afrique. Is ne sont nullement possédés de cette passion extraordinaire pour le bétail qui distingue les RS Bäri et les Denka; ils s'occupent surtout d'agriculture, et hommes ans bien que femmes apportent le plus grand soin à la préparation du sol et ; à l'entretien des cultures. La fertile terre rouge leur donne des récoltes abondantes de tabac, de sésame, de dourrah et de plantes alimentaires: mais en dépit de cette variété de produits végétaux, auxquels s'ajoutent des tubercules souterrains d'espèces sauvages et les champignons des bois, tous comestibles, les Bongo n'ont de dégoût pour aucune viande, fraiche on 1
pourrie, à l'exception de eelle du chien; ils chassent le vautour pour st Rs
repaitre de son reste de charogne, se délectent des vers intestinaux qu'ils ramassent dans la panse du bœuf, mangent le scorpion, les larves de termile, tout ce qui rampe et grouille sur le sol ; chez eux, de même que che RN les tribus voisines, la géophagie est très commune, Comme ouvriers forge é rons, les Bongo sont les premiers des Africains; ce sont eux qui fournissent RS 5e aux Denka leurs armes et leurs bijoux. Is établissent des fourneaux trs 2 Pen ingénieux pour activer le courant d'air à travers le minerai de fer et labre RS quent, à l’aide des outils les plus simples, des objets aussi bien ouvrés que RS les produits de l'industrie européenne, Comme autrefois les gens du bo-
soné dans le bassin du Tzâdé!, ils ont eu l'idée d'utiliser des rondelles de ve ils seulpt
métal pour en faire une monnaie : c'est en portant des piles de ces disque sulièrem
des Bone # I Duveyvner, Notes manuscriles. 4 sortit cl : Croicnl il
2e | BONGO, DIOÙR. 471 re aux À où koullouk que les jeunes gens se présentent aux parents de leur fiancée Rae É pour acquitter le prix d'achat, Très habiles constructeurs et sculpteurs sur AT bois, les Bongo se bâtissent des maisons solides, entourées d’un rebord cir- de À KP S pare ! culaire servant de terrasse ou de balcon; autour des tombeaux des chefs, | ji d. Les À | tu ceinture à | | :
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les dec A ils seulptent des pieux en forme d'effigies humaines, qui ressemblent sin- ,s disqu É guhérement aux divinités des insulaires de l'Océanie; mais ces statuettes
à des Bongo ne sont point des dieux; elles représentent seulement les morts
: sortant de la tombe : ce sont des symboles de la résurrection. Les Bongo
1 croient aussi à la métempsycose : pour eux, les âmes des vieilles femmes | TS
178 NOUVELLE GÉOGRAPUIE UNIVERSELLE.
passent dans le corps des hyènes; aussi se gardent-ils bien de tuer ces amie maux, que chacun pense appartenir peut-être à sa famille!
Les Dioûr, c’est-à-dire les « Hommes des Bois », les « Sauvages », ont reçu celle appellation méprisante des Denka, qui considèrent comme des êtres inférieurs Lous les gens pauvres en bétail: leur véritable nom est celui de Louoh où Lwo; ce sont des immigrants ehiloûk, de mème que les Belanda, tribu qui s'est avancée au loin vers le sud, dans le territoire des Niam-Niam ; ils parlent encore l'idiome chiloûk, presque sans modilicalion, el quelques vieillards ont le tatouage traditionnel, Les Dioûr vivent sur les dernières terrasses lerrugineuses du plateau, entre le pays des Bongo cl celui des Denka; plusieurs rivières, dont la plus importante est celle qui a reçu le nom de la tribu, traversent leur contrée. D'après Schwernfurth, ils seraient au nombre d’une vingtaine de mille seulement, mais ils s'aceroissent rapidement en temps de paix, car les fumilles, remarquables par l'affection touchante de tous leurs membres, sont généralement nombreuses. Les Dioûr, beaucoup micux proportionnés que les Denka, sont'au nombre
des peuples nus que les premiers voyageurs elasstient parmi les «hommes
à queue »; ils en portent généralement deux, attachées à leur ceinture. Excellents forgerons comme les Bongo, ils se fabriquent aussi des anneaux pour orner leurs bras et leurs cuisses, mais ils ne suivent plus les modes chiloûk pour l'arrangement compliqué de la chevelure : hommes et femmes ont presque tous les cheveux courts, Les anciennes mœurs disparaissent: ainsi les Dioûr ne se erachent plus Fun sur Pautre pour se témoigner leur affection”, À côté de chaque village ne se dresse plus cel arbre de mort», au tronc duquel étaient clouées des têtes d'ennemis.
La principale zeriba de la contrée, Dioûr Ghattàs, est fort bien située au point de contact des trois nations, Bongo, Denka, Dioûr, et dans la zone de lransition entre les savanes marécageuses et la région des terrasses aceidentées où les bois alternent avec les prairies, C'est à une centaine de kilomètres seulement vers le nord-est que se trouvent, au confluent du Dioûr et du Momoul, dans un labyrinthe de canaux et à lorient de forêts immenses, le village et le groupe d'entrepôts appelés Mechra er-Rek ou « embareadère du Rek » : là commence la navigation du Bahr el-Ghazäl et se forment Loutes les caravanes qui pénètrent au sud, au sud-ouest et à l'ouest dans le pays des Rivières; avant la guerre qui à séparé les régions du haut Nil cl Khartoum, un bateau à vapeur remontail périodiquement le fleuve des
1 Werne; — Peney; — G, Schwciulurth, etc, 2 G, Schweiafurth, ouvrage cité.
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néuriers.
DIOÜR, SERÉ, GOLO, KREDJ, ssl
Gazelles jusqu'à Mechra er-Rek, Au nord-ouest de Dioûr Ghattès se succdent d'autres zeriba dans le pays des Dioûr : l'une est Koutehouk-Ali, où Gessi remporta une victoire décisive sur le marchand d'esclaves Souleïman et où se trouvent de beaux jardins de bananiers, de citronniers et d'oransers plantés par Schweinfarth; une autre station, sur la rive gauche du Dioûr, est la ville de Waou, entourée de grandes forêts qui fournissaient à Gessi des bois de construction pour sa flottille de bateaux descendant le Dioûr jusqu'au port du Bahr el-Ghazâl, Sur la route principale, unissant Dioûr Ghattäs à Dem Souleïman, Gessi établit des bacs au passage de toutes les rivières,
A l'ouest des Bongo vivent les Seré et les Golo, dont les territoires ont pour limite commune le Dji ou Pango. Les Seré, qui confinent aux Niam- Niam et qui leur furent longtemps soumis, ressemblent beaucoup à cette nation du versant occidental de l'Afrique. Ce sont des gens robustes, bien bätis, très propres et très laborieux : dans leurs cases tous les objets sont rangés avec un ordre parfait. Is ont le caractère le plus heureux, soutfrant sans se plaindre la fatigue, la soif, la faim et s'amusant à des jeux enfantins pour s'étourdir quand manque le repas. Les plus pauvres des nègres en compagnons domestiques, ils n'ont que des poules autour de leurs cases, soit que leurs ancêtres n'aient point apprivoisé d'animaux, soit que La tribu d'immigrants venue dans la vallée du Dji n'ait point amené de bêtes avec elle, Les Golo ont en général l'aspect physique et les mœurs des Bongo, mais parlent un idiome complètement différent du leur, Les cabanes rondes qu'ils se construisent ont un toit à très larges bords qui S'appuient sur une rangée circulaire de pieux, en sorte qu'une varande continue entoure l'habitation; les parois sont badigeonnées d'excréments de hyènes. Les greniers des Golo, d’une élégance rare, sont des récipients en forme de vase que soutient un escabeau; au-dessus est un eouverele mobile se terminant en pointe empanachée. À l'ouest des Golo, vivent les Kredi où Kredj, que Schweinfurth dit être les plus laids et les moins intelligents des nègres qu'il ait jamais rencontrés : comme des fugitifs, ils errent au milieu des bois par groupes peu nombreux. D'ailleurs, cette région, dont les eaux s'écoulent au nord-est dans le Bahr el-Arab par le
Biri et d'autres cours d’eau, est une de celles où les races ont été le plus
mélangées, non par des croisements libres, mais par la promiscuité, les migralions forcées, le va-et-vient des soldats et des marchands d’eselaves. Le dûr Fertit, nom que les Arabes donnent généralement à cette partie du pays des Rivières, n’était naguère dans toute son étendue qu'un camp de
négriers, L'appellation de Dèm ou Douëm ou « Ville », jointe à tant de
: Ms