PAYS DES RIVIÈRES, CHOULI
qu'ont opprimées les marchands d'esclaves! Pourtant elles sont presque toutes de mêine origine, et jadis elles avaient les mêmes mœurs, la même organisation sociale et politique. Pour la plupart de race nègre, elles parlent des langues complètement différentes des idiomes bantou employés par les tribus riveraines du N'yanza. Parmi ces parlers de la région du Bahr el-Ghazàl, deux ou trois seulement ont été élevés par les missionnaires au rang de dialectes écrits ; le bâri, le denka, le chiloùk ont été partiellement fixés par des vocabulaires et des traductions religieuses, De tous les sroupes glossologiques du continent celui-ci est le moins connu dans son ensemble, quoique la contrée ait reçu beaucoup plus de visiteurs étrangers que d'autres régions de l'Afrique".
Les Choûli sont les premières tribus dont le Nil traverse le territoire, à sa sortie du M'woutan-N'rivé; sur le versant occidental du fleuve, où ils n'ont pour domaine qu'une étroite zone limitée à l’ouest par une arète de montagnes, ils sont appelés Lour ou Louri; du moins les deux peuples appartiennent-ils évideriment à une même souche, L'ensemble du territoire Tour et choûli comprend la rive gauche du M'wontan-N'rigé, et, sur la rive droite du Nil, un vaste territoire en forme de croissant qui se recourhe vers le nord-est et le nord jusque par delà le cours de lAsoua. Les Choûli seraient d’un extérieur assez agréable s'ils n'avaient pris, pour se distinguer des autres peuplades, l'habitude de se percer la lèvre inférieure pour y introduire un morceau de cristal, un bâtonnet ou tout autre ornement, long de 7 à 10 centimètres, qui se balance quand ils parlent; ils arrachent aussi les quatre incisives supérieures, ee qui contribue à rendre leur langage indistinet, Ils se peignent en rouge au moyen d'oxyde de fer, mais aucune règle ne préside à ces peintures, entièrement laissées à la fantaisie individuelle ; les uns ont la figure rouge et le corps noir, les autres n'ont que des taches ou des stries d’ocre sur le visage, tandis que le tronc ou les jambes ont la couleur du sang, comme chez ces Hipporei dont parle Pline; d'autres encore se bariolent de lignes grises : de loin on croirait voir des soldats de diverses armes, chacun dans lhabit réglementaire. Comme dans la plupart des tribus sauvages, c'est aux hommes que revient le prix de la coquetterie, De même que leurs voisins du nord, les Madi, et ceux du sud, les Lango, les Choûli passent une grande partie de leur existence à se pendre et à s’orner : les édifices de leurs chevelures, que chacun élève à son gré, varient de forme suivant le goût d'un chacun, mais tous sont enretenus avec le plus grand soin; il en est qui se dressent à plusieurs
RON. Cust, The modern Languages of Africa.
étages, mêlés à des ornements de toute espèce, floches de laine, herbes en guirlandes, anneaux, festons de perles, et c'est à peine si le porteur de ce monument d'architecture ose balancer la tête en marchant, Les riches élégants jettent une peau d’antilope sur leurs épaules, les pauvres ont an moins la dépouille d’une chèvre, et les mains, les jambes, le cou sont chargés de colliers de fer ; sous cette masse de métal qui comprime les muscles et les veines, on ne peut se mouvoir qu'avec lenteur; pour regarder à droite où à gauche, le Choûli de bonne maison doit se retourner tout d'une pièce. Des perles rouges et blanches, des amulettes de soie, de racines, de dents et de corne complètent le costume. En comparaison des hommes, les femmes sont très suceinctement vêtues : un pagne, une longue queue comme celle des Niam-Niam, quelques verroteries et des peintures, c’est tout chez les femmes mariées ; les jeunes filles sont nues. Les Ghoûli, les Lour, les Madi se distinguent des tribus voisines par les égards qu'ik témoignent aux femmes dans la vie sociale. Les jeunes filles pubères, vi-
vaut à part dans des huttes qui leur sont réservées, ont le droit de se choi-
sir un époux avant d'être achetées à leurs parents. Jamais la femme n'est battue en pays choûli, et d'ordinaire le mari ne prend aucune décision sans la consulter, ne reçoit aucun présent sans le partager avec elle, Le travail des champs n'est point imposé aux femmes comme chez les Wa- Ganda et les Wa-Nyoro; elles n'ont à s'occuper que des soins du ménage. Le nom de Choûli rappelant de loin celui de Chiloûk, que lon à donnt aux puissantes tribus établies plus au nord, sur les rives du Mi Blanc, quelques auteurs ont émis l'opinion que les Choûli sont des immigrants chiloûk établis depuis plusieurs générations", Quoi qu'ilen soit, les dialectes des deux nations se ressemblent : les soldats chiloûk amenés dans le pas par les ofliciers égyptiens comprennent aussitôt le parler local. Mais les lils des anciens conquérants, devenus très pacifiques, s'occupent surtonl des soins de la culture, et Paspeet de leurs champs témoigne de leurs efforts. Is ont d’excellent tabac, des légumes d'espèces diverses, dont plusieurs introduits récemment par les Arabes et les Européens, et près des grands villages leurs champs de céréales et de sésame s'étendent à perte de vue, Au milieu des arbres fruitiers s'élèvent çà et 1 des arbres fétiches dont les branches sont chargées de cornes et de dents, de erânes apportés par les chasseurs, Les Choûli, comme les tribus riveraines du N'yara, bâtissent aussi de petites huttes aux génies de la Terre et ne se Tancent
dans aucune entreprise avant d’avoir consulté les magiciens, Très hospita-
DR, Cost, ouvrage cités — Emin-hes, Esploralore, gennajo ISST,
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1e, de on des onguc Lures, hoûli, qu'ils es, Vie choi-
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d'heureux auspices, se refusent au travail et tremblent au moindre bruit erte de ù lorsque la nature leur parait hostile", fétiches
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Les pachas égyptiens ont fondé sur le territoire choûli quelques stations pportés militaires, placées à deux ou trois journées de marche les unes des autres, NELTAR de manière à dominer la contrée par un réseau de voies stratégiques. Un de ces lortins, Wadelaï, est situé sur la rive gauche du Nil, au confluent
d'une petite rivière; mais la place la plus importante, Fatiko, désignée par
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Baker, est à une centaine de kilomètres à l'est du fleuve, entre deux affluents de l'Asoua, sur un sol de terre rouge, d'une grande fertilité, que dominent des escarpements de granit: au nord du bourg, un de ces rochers se dresse d'une centaine de métres au-dessus des campagnes, dominant un vaste horizon, jusqu'au dela du Nil; au nord-est, le piton de Chona, dont une paroi presque verticale s'élève à 290 mètres, indique aux vovageurs la direction à suivre à travers les forêts et les savanes, Fatiko, située à l'altitude d'environ 1200 mètres, occupe précisément le faite de la région des Choûli : de ce point culminant on descend au nord, à l'ouest, au sud par une succession de terrasses à brusques degrés. À moitié chemin de la station de Foweira, sur le [ul Kisira, et de Doufilé, sur le Nil « des Monlagnes », Fatiko occupe une excellente position commerciale, dans une plaine entourée de collines rondes, « paradis des botanistes » ; elle expédic beaucoup de céréales et de Ja cire. Les autres villages populeux du pays des Choûli sont, à l'est et au nord de l'Asoua, Fadjello où Fadjouli, Fadibek, Faradjok et Obbo.
Les Madi, qui vivent au nord, principalement sur la rive droite du fleuve, ont la mênie apparence que les Choûli, là même coquetterie dans arrangement de leur chevelure, la même habitude de se peindre le corps: et non seulement ils leur ressemblent par les modes, ils partagent avec eux le rare privilège de respecter la liberté des femmes et de les admettre dans leurs conseils. IE semblerait que Madi et Choûli sont frères de race, et pourtant l’idiome madi est complètement distinet de celui des Lour, des Choûli, des Chilonk, et se rapproche au contraire du langage des Niam-Niam ; il à beaucoup de monosxilabes el se prononce d'une voix emphatique et saccadée”®. Sans doute ce contraste de la langue et cette ressemblance de mœurs s'expliquent par la coexistence de deux peuples, maintenant fondus en un seul : les tribus conquises, plus nombreuses, auront fini par s'assimiler les conquérants, mais ceux-e1 auront gardé et imposé leur langue. C'est par le sud-ouest que seront venus probablement les envahisseurs : de ce côté, les Madi oceupent les deux versants du faite de partage et confinent, dans le bassin du Congo, à des populations de même langue et de même origine, les Kaka.
Dans le territoire des Madi, la principale station des Égyptiens es Doulilé, bourgade située sur la berge occidentale du fleuve, non loin du grand méandre que déerit le petit Nil avant de s'unir à F'Asoua. Doulilé
occupe le sommet du triangle formé par les deux cours d'eau et par le Nil
1 Emin-bes, Petermann's HiHheslungen, 1880, n° VE.
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