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N° 54 — CONFLUENTS DU SOBAT ET DU YA

Wareken

Üaprès Ravenstein DPecron

l'ouest, les Ndieken, qui vivent plus bas, sont des Nouër; enfin les habilants de la vallée inférieure, près du confluent, sont des Chiloûk, séparés

du corps de nation par le seul cours du Nil. Le gouvernement égyptien avait jadis établi le poste de Nasser sur le Sobat, à 200 kilomètres en amont du confluent; mais, les frais d'entretien n'étant compensés que par

un faible commerce et la prise de possession n'ayant qu'une valeur fictive,

1 leke, Journal of the R. Geographical Society, 1845. ? Petherick, Egypt, the Soudan and Central Africa.

la station militaire fut abandonnée en 1876, Actuellement le vaste bas.

sin inexploré n'est revendiqué ni par l'Éthiopie ni par l'Égypte et le régime

politique est encore l'état fragmentaire et mobile produit par le déplace. ment incessant des tribus, par leurs migrations et leurs conquêtes, Mais ces régions inconnues que traversent le haut Sobat et ses affluents seront certainement parmi les plus fréquentées de l'Afrique, ear c'est Br que le faite de partage entre le Bahr el-Abiad et la mer des Indes est le plus facile à franchir : entre les montagnes du Kaffa et les massifs volcaniques du pays des Masaï la chaîne bordière est partiellement interrompue, de larges brèches, occupées de nos jours par les fières populations des Galla, font communiquer de lun à l'autre versant.

Les Chiloûk, qui peuplent la rive gauche du Nil, en aval du « Joug des Courants » et du Sobat, jusqu'à l'ile Abba, sur une longueur qui dépasse 600 kilomètres, sont par le nombre une des grandes nations de l'Afrique et la seule, sur les bords du Nil, qui reconnaisse un bando où roi commandant à l'ensemble des tribus, et vendanteomme esclaves ceux que frappe sa justice ou sa colère, La zone riveraine habitée par les Chiloûk n'a qu'une faible largeur, de Lo à 20 kilomètres, car les plaines de l’intérieur sont occupées par les Baggâra (Baqara) ou « Vachers », c'est-à-dire par les Arabes purs où mélangés auxquels on a donné ce nom à cause de leurs grands troupeaux de bétail; mais ils n'ont rien de la douceur de leurs animaux : ce sont au contraire de rudes et hardis cavaliers, fort redoutés des Chiloûk, qu'ils pressent contre a rive du fleuve. Suivant Je recensement sommaire que fit dresser le gouvernement égyptien en 1874, après la conquête du territoire, la population ehiloûk serait, proportionnellement à la surface du sol cultivé, une des plus denses qu'il y ait sur la Terre : elle habite environ trois mille villages, chacun renfermant de quarante-cinq à deux cents familles: ensemble, la nation comprendrait au moins douze cent mille individus. En Europe, les alentours des grandes eités et les pays industriels ont seuls des foules aussi compactes, C'est qu'il y a peu de contrées où la terre fournisse en aussi grande abondance aux besoins de l'homme, Sur la rive, les bourgades se suivent en une longue cité, les intervalles les plus grands entre les villages ont moins d’un kilomètre : vues du fleuve, ces agglomérations de cabanes, toutes semblables les unes aux autres, ressemblent à des traînées de champignons dans les prairies : le cylindre blanchâtre de l'édifice, la toiture sphérique et grise qui le couvre prêtent singulièrement à l'illusion, Au milieu de chaque village est ménagé un espace cireulaire où les habitants se réunissent le soir; couchés sur des nattes ou sur des peaux de bœuf, ils fument le tabac du pays en d'é-

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house auxquels on à mis le feu pour éloigner les moustiques. Au trone de labre qui s'élève au milieu de la place sont appendus les tambours, afin que les hérauts publics puissent, en cas d'alerte, avertir aussitôt les habitants des bourgades voisines",

Les Cliloùk sont considérés par Hartmann et par la plupart des VOyageurs qui ont pénétré dans celle région du \il comme les représentants typiques de ce groupe des nations nigriiennes dont Île domaine est limité au sud par les Bantou, à l'est par les Galla et autres populations de race éthiopienne, au nord par les Nubiens et les tribus arabisées , au sud-ouest par Îles Niam-Niam. D'ailleurs ce sont Les Chiloûk qu'ont de beaucoup la supériorité du nombre el qui ont envoyé le plus d'essaims dans les diverses parties de la contrée, Eux - mêmes seraient venus du sud- ;

TYPE CHILOUK

est, des campagnes arro- L'après une photographie de M. Fachinelli sées par les affluents du Nobat; depuis, Jeurs colons, les Louoh ou Dioûr, ont occupé une partie du territoire sud-occidental, entre les Bongo et les Denka; d'autres ont même traversé le Nü-Kivira pour aller s'établir, sous le nom de Chellou, jusque dans le pays des Wa-Nyoro; maintenant ils colonisent sur k rive droite du Nil, en aval du Sobat, les espaces laissés déserts dans Le pays denka depuis le passage des négriers. Sur les deux rives, la popu-

1 G, Schweinfurth, 2m Herzen Afrikas, traduit par Madame Henriette Loreau.

lation était « immense », d'une incompréhensible densité"; la rive droite, ilest vrai, était la moins populeuse, mais aussi se succédaient naguère des centaines de villages denka, Is furent tous livrés aux flammes: en IN62, un chef d'aventuriers, Mohammed Her, s'étant concerté avec la tribu arabe des Aboû-Rôf qui peuplent, à l'ouest de Kenûr, une grande partie de la Mésopotamie des deux Nil, le pays fut complètement dévasté, Les Aboû-Rôf, échelonnés au pied des montagnes sur une ligne immense, rabattirent les Denka sur le Nil et le Sobat que surveillaient les barques des négriers, La razzia réussit : pas un noir n'échappa*; un pays de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés avait été dépeuplé, On comprend les remords que manifesta souvent Gordon d'avoir contribué à répandre dans ces pays « les bienfaits de la civilisation ». « Nous ne voulons pas de vos perles, nous ne voulons pas de votre amitié, Ne nous protégez pas; nous ne vous demandons que de partir. » Ainsi lui parlaient les délégués d'une tribu qu'il annexait à l'Égypte.

Quoique depuis longtemps en contact avec les Arabes musulmans, les Chiloûk ont gardé leurs mœurs et leur religion, Comme les Bâri et les Denka, ils ont refusé les vêtements que leur offraient les marchands de Khartoum et n'acceptent que les ornements en verroterie où en métal; les femmes seules portent une peau de veau attachée à la ceinture, Une couche de cendres remplace les habits pour les pauvres : on les reconnait de loin à leur couleur grise; les riches sont roux, sous leur enduit de bouse de vache. Comme les autres populations riveraines du fleuve Blane, les Chiloûk donnent à leur chevelure, ornée d'herbes et de plumes, les formes les plus bizarres, celles d'une crête, d'un éventail, d'une auréole, d'un casque, mème d'un chapeau à larges bords; en voyant débarquer Schweinfurth sous un ample feutre à la Bolivar, les indigènes erurent rencontrer Fun des leurs et erièrent au prodige quand il ôta son chapeau. C'est de la fantaisie maternelle que dépend le plus souvent la forme de l'édifice capillaire; avant que les enfants soient sevrés, elles faconnent les cheveux au moyen d'argile, de gomme, de bouse, de cendres; il ne reste plus au garçon où à la fillette que la peine de l'entretien, Bons chasseurs, les Chiloûk poursuivent l'autruche comme les Baggâra; ils savent même les élever, et de petits autruchons picorent comme les poussins autour des cabanes *. L'antmal qu'ils redoutent le plus est le buffle; quand ils ne peuvent éviter h bôte furieuse, ils se précipitent la face contre terre et font les morts; le

1F, Werne, Expedilion sur Entdeckung der Quellen des weissen Nil. # Guillaume Lejean, les Deux Nils.

5 Gessi, Esploratore, aprile 1884.

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