CLIMAT, VÉGÉTATION DE L'AFRIQUE
entre le Nil et le Congo; en cinq mois, le botaniste Schweinfurth y recueillit près de sept cents espèces phanérogames, ce qu'il serait impossible de faire dans le district le plus riche de l'Europe, La plus grande partie de l'aire tropicale de l'Afrique est sous le régime des pluies périodiques, et les plantes subissent une longue période de sécheresse, en résulte que la végétation arborescente n'offre nulle part autant de fougue et de puissance que dans l'Amérique méridionale, si ce n'est dans les plaines d'entre Nil et Congo, au bord de quelques rivières qui disparaissent sous des galeries de verdure, et dans le voisinage du golfe de Bénin, où l'atmosphère est beaucoup plus humide que dans l'intérieur, Les savanes occupent une grande étendue de la zone du Soudan; il est vrai qu'en certains endroits les graminées et autres herbes croissent en masses tellement épaisses, que les animaux refusent d'y pénétrer; dans les marais du Ml, des espèces d'andropogonées ont des chaumes non ligneux atteignant une hauteur de plus de 6 mètres’; les girafes peuvent, à tête redressée, y ehercher un reluge et disparaitre aux yeux du chasseur, Les diverses graminées de l'Afrique centrale ne s'entremélent pas comme celles des prairies européennes : sur des espaces de plusieurs centaines de kilomètres carrés, le sol est occupé en entier par une seule espèce, À distance, on croirait voir des champs de blé aux tiges gigantesques ; le botaniste reconnait de loin les formes végétales à la couleur et aux ondulations de la masse agitée par le vent*.
Les arbres à épines sont proportionnellement très nombreux dans les forêts de la zone soudanienne, et l'on dit qu'après les défrichements les bois ne se reconstituent pas aussi facilement que dans l'Amérique méridionale ; les champs abandonnés par les nègres n'offrent pas de longtemps une nouvelle végétation forestière. Les espèces de palmiers sont plus rares dans la flore africaine que dans celle des autres contrées tropicales : l'Amérique, le continent d'Asie en ont chacune dix fois plus; mais l'Afrique a pour ses espèces dominantes une aire d'expansion plus considérable, et les individus y sont plus nombreux. Dans les autres parties du monde, les régions équatoriales n'ont guére de forêts de cocotiers, si ce n'est sur les côtes de Malabar, dans l'île de Ceylan, sur les bords de la mer des Caraïbes, tandis que dans la Nigritie les palmiers doum (hyphæene thebaica), à tronc bifurqué, et les deleb (borassus flabelliformis), à fût renflé vers le milieu, se rencontrent à l'état social, comme le dattier (phœnix dac-
1 Were, Expedition sur Entdeckurg des Weissen Nils. # Barnim; Hartmavn, Reise durch Nordest Afrika,
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tylifera) dans les oasis du Sahara septentrional; en diverses rés ‘ans, ils | occupent en un tenant des espaces de plusiurs centaines de kilomètres | carrés. Proportionnellement au nombre de ses espèces, la flore de la Nigritie | possède beaucoup d'arbres ayant un développement anormal de troncs, de feuilles ou de fruits. Le baobab se distingue par l'énormité de son tronc, qui se gonfle en forme de courge; telle bignoniacée, la kigelia, a des fruits de deux pieds de long'; une musacée, l'ensete, élale des feuilles | énormes, les plus grandes du monde végétal, Dans l'Afrique orientale, sur Î les bords du Nil, on ne rencontre guère d'arbre qui n'ait été frappé d'un | coup de soleil et dont une partie ne soit desséchée, tantôt un côté de l'écorce, tantôt une branche ou le feuillage*.
La flore du Kalahari, au sud du domaine de la végétation tropicale, ressemble à celle du Sahara; mais elle n'a pas d'oasis, et les rares endroits arrosés n’y sont point ombragés de palmiers. Cette flore se dis- | lingue par ses acacias à épines, ses mimosas, et, comme celle de la | Nigritie septentrionale, elle est très riche en espèces de graminées; au nord de ses confins on rencontre, en quelques stations rarement humeclées par les pluies, cet arbre étrange, le wehritschia, à côté duquel maint voyageur est passé sans l’apercevoir, tant il s'élève peu au-dessus du sol: s'enfonçant dans la terre en forme de cône renversé, il ne montre à l'air
| libre qu'une table raboteuse de plus d’un mètre de largeur, étalant à droite ‘1 et à gauche deux cotylédons semblables à des tabliers de cuir lacéré ct
dépassant parfois cinq mètres en longueur, après une période centenaire de croissance.
Sur la côte orientale de l'Afrique, le passage de l’un à l’autre domaine de végétation est plus graduel que sur la côte de l'ouest, où l'aire du Kalahari limite brusquement celle de la région tropicale ; à l'est, la transition se fait insensiblement: au nord et au sud, par le bassin du Limpopo et le Natal; sur la côte de l'océan des Indes, que longe le courant d’eau tiède du Mozambique, la limite méridionale du palmier est à 16 degrés plus au sud que sur les rivages de l'Atlantique”. Mais, dans son ensemble, la végétation de l'Afrique méridionale, au sud du fleuve Oranje, se distingue nettement des formes de toute autre région. Quoique le pays ne reçoive point les pluies en grande abondance et que les formations géologiques n'y présentent qu'une faible variété, cependant la flore du Cap, qui consiste principalement en herbes, en buissons, en arbustes, est unique dans le
* Schweinfurth, Au cœur de l'Afrique.
% Grischach, Végétation du Globe, ad. par Tehihatcheff, 5 Peicrmann's Miltheilungen, 1858, carte n° 7.
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FLORE DE L'AFRIQUE. 21 onde par la multitude des espèces entremêlées : à cet égard, les contrées
les plus riches de l'Europe ne peuvent lui être comparées ; nulle part les montagnes n'offrent sur leurs pentes plus de formes végétales disposées