C.Perron
— Berges d'inondation lors des crues de l'Indus,
époques des branches de l’Indus: des méandres, oblitérés çà et là, se ramifient et s'entre-croisent entre le fleuve et la mer; partout le sol est évidemment composé d'apports fluviaux remaniés par les courants ; même I où les anciennes coulées n’ont plus laissé de flaques d'eau pour témoigner de leur passage, des bouquets de tamaris ou de mimosas et, près de la mer, des rideaux sinueux de palétuviers indiquent de loin les bords
1 Tremenheere, Journal of the Geographical Society of London, 1867.
des lits maintenant comblés. Pendant le cours de ce siècle, la bouche principale s’est plusieurs fois déplacée; en 1800, le lit majeur était celui du Baghar, qui serpentait dans la direction de l'ouest, et dont on ne voit plus que des traces. La Sata où Wanyani lui succéda; en 1819, un des bras méridionaux, la Kedewari, devint la grande entrée des navires; puis ce fut le tour de la Kakaïwari, grau qui s'ouvrit au sud du précédent, après n'avoir été qu'un simple marigot. En 1867, ce chenal s'était également oblitéré. La branche du delta devenue maintenant le véritable fleuve est le Hadjanro, où les petits esquifs pouvaient seuls se hasarder vers le milieu du siècle. Les érosions des berges se font si rapidement pendant les crues, que l’on entend parfois le fracas des écroulements se suecéder plusieurs fois par minute, comme le bruit du canon dans ies batailles.
On ne saurait fixer le nombre des bouches fluviales, puisqu'il varie de la saison des sécheresses à celle des crues et que plusieurs des marigots lemporaires se ramifient en bras chargeants; en moyenne, les branches navigables pour les Farques varient de deux à dix pendant lannée. Les villes de commerce situées sur l’un ou l’autre des courants temporaires ont dû nécessairement se déplacer où dépérir, suivant les divagalions des embouchures. C’est ainsi que Chah boundar ou le « Port du Roi », jadis séjour des flottes de guerre, est resté au loin dans l’intérieur, à l’est du cours actuel de l’Indus; de même, Ghora Bari ou Vikkar, sur le Hadjanro, vit le fleuve lui échapper en 1848 ; Keti s’éleva plus bas sur le nouveau lit, mais les habitants durent bientôt reporter leur ville un peu plus loin. À son tour, la deuxième Keti a perdu son importance depuis que la construction du chemin de fer de Karatchi, au nord du delta, permet au commerce d'éviter le cours changeant du fleuve; dès que le trafic ne les retient pas, les habitants ont hâte de fuir ces terres basses, plus redoutables que les marais Pontins', À marée basse, les barres qui ferment l'entrée de toutes les bouches de l'Indus n'offrent aux navires qu'une profondeur variable d’un à deux mètres; la hauteur moyenne du flot en syzyzie est d’environ 3 mètres.
Si peu accessible aux grands navires, l'Indus n'en est pas moins, par l'abondance de ses eaux, un des fleuves considérables de l'Asie; toutefois ilest de beaucoup dépassé par le Yangtze kiang, le Mekong, l'Irraouaddi, le Brahmapoutra, le Gange; il serait même inférieur en portée au Chat el Arab, mais il a plus d’eau en moyenne que le Hoang-ho*. C’est l’un des
# Richard Burton, Sind revisited.
Porte de l'Indus par seconde :
En crue : 17 500 mètres cubes; en maigre : 1156 mètres, en moyenne : 5050 mètres.
lie p hors du r tribu rant frap flot
son ( de s le tion tehi des
les « côte la | mic uiqu dép allu ent cou fon
BOUCIES DE L'INDUS. 221
fleuves les plus chargés de troubles; son eau les entraine dans la pro-
portion moyenne de 2 à o millièmes, et l'on a calculé qu'ils pourraient former dans l’année une île de 166 kilomètres carrés sur un mètre de nrofondeur', À chaque nouveau levé, les dessinateurs ont à reporter sur les cartes marines des îlots et des bancs de sable de formation récente. Néanmoins, le delta ne fait qu’une saillie peu considérable en dehors de la ligne normale du rivage, ce qu'il faut at- 'ibuer à l'action d'un couant riverain. En venant frapper le continent, le flot que pousse la mousson du sud-ouest, est forcé de s’infléchir et de raser le littoral dans la direction du nord vers Karatehi. Ce courant s'empare des troubles de l’Indus et les distribue le long de la côte, ainsi qu’en témoigne la composition du sable micacé des plages, identique à celui que le fleuve dépose sur ses bords. Les alluvions qui ne sont pas entrainées au loin par le