N° 52, — CANAUX DU PANDJAB
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que l'on devrait diriger par un canal vers le centre du Thar, où les rangées parallèles des dunes offrent des facilités exceptionnelles pour la construction de bassins de retenue. Non seulement le Satledj, mais aussi la Djamna pourrait envoyer dans le désert le trop-plein de ses eaux de crue; la pente du sol permet de rétablir le canal creusé en 1551 entre la haute Djamna et l'ancien lit de la Sarasvati. Ces travaux de canalisation ont été déjà repris en partie; un barrage arrête le Satledj à Roupar, c’est-à-dire à la sortie des « portes » de l'Himalaya et fait refluer une part de son courant dans un canal qui se ramifie au sud dans les campagnes naguère sans eau; des travaux analogues se font plus bas à Firozpour. Ainsi se rétablit, sous une autre forme, le cours de la « brillante » Sarasvati, jadis la plus célébrée de toutes les rivières; les anciennes terres alluviales dites banghar, où l’on vit, 29
voit partout les traces de cultures et d'autres travaux humains, commencent à reprendre çà et à leur parure de villages et de moissons, Toutefois la reconquête du sol n'est achevée que dans les terres dites khadour, alluvions des vallées riveraines du Pandjab et de l'Indus. Dans le seul Bahawalpour, le réseau de canalisation comprend plus de 7000 kilomètres de rigoles : en cinq années, de 1867 à 1871, l'importance des cultures a plus que doublé, et des villes nouvelles ont surgi au milieu des espaces reconquis. L'une d'elles, bâtie en 1868 au bord du grand canal de Fordwah, porte le nom hybride de Minchinabad, en l'honneur de l'Anglais Minchin, sous l'administration duquel a été entreprise la restauration des canaux d'arrosement', Après chaque récolte, plus de dix mille ouvriers, venant principalement des États radjpoutes qui confinent au désert du Thar, sont vccupés au eurage des rigoles obstruées à demi par les boues d'alluvion.
La région qui s'étend au sud du pays des dunes n'est pas moins étrange que le Thar : c'est une vaste étendue qui n'est ni la terre ni la mer, et qui tient à la fois du désert et du marécage, On lui donne le nom de Rann ou « Solitude » de Catch, d'après l'ile montueuse, en forme de croissant, qui la limite au sud, Ouvert du côté de la mer par une sorte de goulet d'une faible largeur, le Rann se prolonge à l'ouest sur un espace d'environ 240 kilomètres, et dans certains endroits il a jusqu’à 100 kilomètres d'une rive à l'autre. À l'ouest de l’île de Catch, un deuxième détroit fait communiquer le Rann du nord avec une étendue de même nature, qui va rejoindre les plages basses du golfe de Catch. Dans son ensemble, le Rann est une plaine saline, d'une complète uniformité et tout à fait horizontale en apparence : les espaces les plus élevés, qui se trouvent vers le centre du bassin, ne dépassent le niveau général que de 50 où 60 centimètres. En hiver, et pendant la saison des sécheresses, le sol du Rann, çà et là blanc d'effloreseences salines, est uni comme une glace, ferme et résonnant sous les pas; les pluies, ne trouvant de pente d'écoulement dans aucun sens, forment des
flaques temporaires que le vent pousse devant lui, bordées d'u é d'eeume. Aucune végétation ne se montre dans le cer le >smense de l'horizon, si ce n'est, au sud du Rann, sur la terr e toujours ér -rgée qu'on appelle le Banni et où croissent quelques & as donnant un maigre
ombrage aux troupeaux et aux bergers. Quelques platins insulaires et le pourtour des iles rocheuses, dont l’une est la plus élevée de l’archipel de Catch (458 mètres), se recouvrent aussi d'une herbe épaisse, lors de la mousson pluvieuse. Les animaux évitent avec soin cette plaine sans eau
1 Barus, Journal of the Geographical Society of London, 18172.
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