BASSIN DE L'INDUS, RANN NE CATCH
el sans verdure; seulement des ânes sauvages, de la mème espèce que ceux des steppes du Turkestan, parcourent ces solitudes pendant le jour, afin d'avoir devant eux le champ libre pour la fuite; la nuit, ils vont paitre dans les jongles et les marais du littoral, Le Rannest la région du mirage; le moindre objet laissé sur le sol, une pierre, une carcasse de chameau, se voit à des lieues de distance, non dans sa forme réelle, mais avec des contours fantastiques; souvent il se dresse en lour ou se décompose en images flottantes qui ne semblent plus tenir à la terre que par un fil balancé du vent, Les villages des péninsules ou des iles lointaines se mon-
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CHAMEAUX TRAVERSANT LE RANN DE GATCN, Dessin de G. Vuillier, d'après Wynne,
trent au-dessus de l'horizon, allant rejoindre dans l’espace des palais et des temples renversés. D'après la légende, une cité peuplée de justes flotte dans l'air au-dessus du Rann, mais elle n'a pu s'élever encore jusqu'au ciel, et c'est elle que fait apparaitre le mirage.
La saison des pluies change l'aspect du Rann : alors les eaux de la mer, poussées par les vents du sud-ouest, pénètrent dans l'intérieur des terres par les deux portes qui leur sont ouvertes au nord et au sud de l'ile de Catch et l'entourent complètement, ainsi que les fragments insulaires des roches jurassiques situées au nord et au nord-est. La plaine, où ne se voyait naguère pas une goutte d’eau, est uniformément recouverte d’une nappe liquide de près d’un mètre d'épaisseur, et mème un peu plus pro-
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fonde sur les bords, la surface du Rann étant légèrement bombée vers le centre. Dans cette saison, le vaste estuaire reçoit aussi les eaux douces que lui apportent le Banas, la Louni, la Narra et les coulées orientales du dei!a de l’Indus. Néanmoins les communications ne sont pas interrompues pendant cette saison entre les rivages opposés : l’horizontalité du sol est telle, que les caravanes peuvent s’aventurer en tout temps dans le Rann, tantôt lac, tantôt désert. Mais il est rare que le voyage se fasse le jour : la chaleur directe et la réverbération des rayons solaires sur les eaux ou sur la terre unie, les illusions du mirage finiraient par affoler bêtes et gens; les guides éblouis ne sauraient plus même distinguer la place du soleil dans l’im-
N° 53. — RANN DE CATCH,
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mense flamboiement de l’espace; bientôt la caravane tournerait sur place; la mort deviendrait inévitable, C’est la nuit que se font toutes les traversées du Rann : guidés par les étoiles, les voyageurs qui ont à franchir la plaine à l’est du goulet occidental caleulent leur marelie de manière à pouvoir camper sur l’une des îles intermédiaires. Il est probable que dans un avenir prochain le chemin de fer direct de Bombay à Haïderabad traverser: la partie orientaie du Rann.
Quelle est l’origine de cette plaine saline? Elle fut jadis inondée par la mer, ainsi que le prouve la salinité du sol et qu'on a pu le constater directement çà et à °n retirant de la vase, près des villages du bord, les débris d'embarcalions n'arines ; jusque sur la côte orientale du Rann, près de Nagar Parkar, on montre d'anciens ports. D'après une vague tradition, c'est
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au commencement du quatrième siècle qu’aurait eu lieu la retraite de la mer. Mais comment l'émersion a-t-elle pu se faire avec une si parfaite régularité ? Des terres alluviales ordinaires, formées de lais marins ou fluviaux, ne présentent jamais cette horizontalité presque géométrique sur des dizaines de milliers de kilomètres carrés. Ne faut-il pas voir dans cette plaine, de formation unique au monde, le produit d’un tassement du sol? Cette région de l'Inde est, on le sait, une de celles qui frémissent le plus fréquemment par l'effet de secousses intérieures. En 1819, un tremblement de terre, que l’on ressentit sur un espace d'au moins 250 000 kilomètres carrés, accrut, dit-on, d’une étendue considérable la surface du Rann, par l'effondrement de rizières que les gouvernements du Sind et de Catch se disputaient près de Lakhpat ; la tour de Sindri, qu'occupait une garnison de douaniers, fut entourée lout à coup d'un lac s'étendant de chaque côté à 25 kilomètres de distance, tandis qu'au nord un ancien bras de l’Andus, que rejoignait jadis la Narra Orientale, était barré par une dune transversale d'environ 50 kilomètres de long, de plusieurs kilomètres de large et de 3 à 6 mètres de haut. Les indigènes donnèrent à ce rempart le nom d’Allah-bound ou de « Barrage de Dieu », pour le distinguer des digues élevées de main d'homme en travers des coulées de l’Indus'. Le Barrage de Dieu, qui, depuis le tremblement de terre, a livré passage à un courant d'érosion, ressemble parfaitement aux dunes du Thar, et comme eux présente une saillie terminée d'un côté par un brusque talus, de l'autre par une longue contre-pente; en se brisant, la surface du sol à maintenu sa couche entière sur une face de la dune”. C'est probablement à la même cause, la vibration du sol, que doivent être attribuées Ta formation de la grande plaine unie et celle des coteaux parallèles du Thar. Suivant l'intensité et la direction des chocs souterrains, telle partie du sol s'égalise, tandis que telle autre se ride et se fracture.
D'après la tradition, les nombreux tremblements de terre qui ont secoué la région de l'Indus ont renversé plusieurs villes et dépeuplé la contrée, Une des cités détruites fut celle de Balmir, sur la lisière méridionale du Thar; mais la plus fameuse est Brahmanabad, qui s'élevait à 80 kilomètres au nord-est de la ville actuelle d'Haïderabad, sur un ancien cours de l’Indus, à l'ouest de la dépression dans laquelle s'épanche maintenant la Narra Orientale dans la saison pluvieuse, À la suite de la secousse fatale, la rivière qui baignait les murs de la ville se déplaça, et les ruines furent
! Burnes; — Mac Murdo: — Lyell, Principles of Geology. * Bartle Frere, Journal of the Geographical Society of London, 1870,
délaissées dans le désert; telle est la raison qui empêcha le repeuplement de Brahmanabad, dont quelques édifices sont restés presque intacts. Cette ancienne capitale n'avait pas moins de 7 kilomètres de tour et de vastes faubourgs là rejoignaient à deux autres villes, la résidence du roi et celle du vizir. Les fouilles pratiquées dans les ruines ont prouvé que les habilants étaient d'habiles artisans pour la fabrication des poteries, la peinture du verre, la sculpture des ivoires, la taille des pierres précieuses', Cunningham voit dans Brahmanabad, ou plutôt Brahmana, l’ancienne ville des Brahmanes dont Alexandre s'empara lors de sa descente de l'Indus*; d'après Reinaud”, le vrai nom de la ville, Bahmana, serait d’origine persane. Le désastre qui la frappa et qui en fit périr les habitants, « en punition des crimes de leur roi », parait avoir eu lieu pendant le cours du onzième siècle. Diverses traditions parlent aussi d'éruptions qui auraient eu lieu dans la contrée, mais l’examen des terrains n’a pas justifié ces récits. C'est dans les âges antérieurs que les trapps et autres roches ignées, brillant au soleil des couleurs les plus vives, se sont fait jour dans l'île de Catch à travers les craies et les assises jurassiques. Plusieurs géologues ont signalé à tort comme un volcan la colline de Dhenodour, qui s'élève à 527 mètres dans la partie occidentale de Catch*.
La majorité des habitants qui peuplent le Pandjab et les régions du bas Indus appartiennent à la foi mahométane, mais il s'en faut que les musulmans de la contrée soient tous des représentants des races conquérantes descendues des plateaux de l'Afghanistan pour arracher le sol à ses anciens possesseurs, Ainsi la région qui longe la base de l'Himalaya à parmi ses habitants des Awan et des Gakkar, dans lesquels on a voulu voir les descendants de Yavana ou loriiens et de Grecs, et qui en tout cas peuplaient déjà la contrée bien avant les invasions musulmanes. Dans toutes les parlies du Pandjab, excepté dans les districts du Trans-Indus, et sur les plaleaux accidentés du Potwar, le fond de la population se compose de Djat, qui ont embrassé l'Islam partout où les mahométans dominent, mais ailleurs sont restés hindous par les pratiques du eulte ou se rattachent aux Sikh, suivant la prépondérance de tel ou tel élément local. Les Djat, qui représentent évidemment des éléments ethniques d'origines très diverses,
* Bellassis, Journal of the Asiatic Society of Bengal, NY.
* The Ancient Geography of India.
% Fragments asiatiques.
4 Wynne, Memoirs of the Geological Survey of India, 1872.
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