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sont de celles où la population se presse en plus grandes multitudes, tandis qu’au nord, sur les bords du Rann et dans les vallées tributaires, les villes et les bourgades sont clairsemées : c’est le pays que les montagnes du Kattyawar privent de pluies abondantes
Situé en dehors de la voie que suivaient les caravanes et les armées, le Kattyawar devait être le refuge de toutes les tribus repoussées des plaines du Goudzerat. D'autre part, la presqu'ile, s’'avançant à une grande distance en dehors du continent, invitait le commerce, et sur tout le pourtour s’établirent des colons d’origine étrangère, qui s’unirent diversement avec les indigènes. Des Arabes, même des Africains, furent au nombre des immigrants, et l’on sait que dès 1555 les Portugais s’emparèrent de l'ile de Diu, sur la convexité méridionale de la côte du Kattyawar. Ces diverses races, qui se disputent le territoire montueux de la presqu'île, n'ont pu s’unir en un mème groupe politique ; encore au milieu du siècle, le pays se parlageait en 216 États’, Ce nombre s'est réduit sous la domination anglaise par voie d'extinction graduelle; on compte aujourd’hui 188 principautés, toutes différentes par leur statut politique et administratif. Il en est même qui ne payent point de tribut à l’Angleterre, mais elles n’en sont pas moins soumises à sa juridiction suprème.
Sourachtra est l’ancien nom de la presqu’ile, et celui que lui donnent encore les brahmanes et diverses tribus indigènes. L'appellation de Kattyawar lui vient d’une peuplade conquérante venue du nord par l’île de Catch du treizième au quinzième siècle, époque à laquelle les Katti devinrent la puissance la plus redoutée du territoire. D'où venaient ces guerriers? Étaient-ce des Kehatryas aryens ou se rattachaient-ils aux tribus afghanes? Eux-mèêmes se disaient originaires des bords de l’Indus et se distinguaicnt des indigènes par une taille plus haute, des traits plus fins, une nuance de peau moins foncée. Ils se mélangèrent diversement avec les Djaredja et autres tribus de Radjpoutes qui se taillèrent des fiefs dans la plupart des États du Goudzerat; mais les anciennes populations se sont maintenues dans le pays et en cultivent le sol, soit comme petits propriétaires, soit comme mercenaires. À l’est, le Goudzerat continental, au nord de la Mahi, est occupé principalement par les Koli, qui ressemblent aux Bhil des plateaux, mais qui disent être de caste supérieure, parce qu'ils sont plus civilisés et se rapprochent davantage des Hindous par les mœurs. Les Koli se divisent en plusieurs clans, d’après leurs métiers; les uns sont cultivateurs, les autres coupeurs de bambous, d’autres bergers ou porteurs
* Thornton, Gaselteer of India.
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PÉNINSULE DE KATTYAWAR. 269
d'eau. Le nom général de la tribu à laquelle appartiennent tous ces hommes de travail et qui fournit beaucoup de portefaix aux commerçants de Bombay a fini par être attribué, sous la forme de couli (coolie), à tous les émigrants hindous et même chinois transportés dans les diverses parlies du monde. Jadis un clan des Radjpoutes du Goudzerat, les Tcharoun, était considéré comme jouissant de la faveur spéciale de Siva. Les Tcharoun étaient sacrés et toute injure subie par eux devait être vengée au centuple par le destin; aussi n’hésitaient-ils pas à se tuer pour appeler le mauvais sort sur les familles de leurs ennemis; dans les districts hantés par les brigands, ils s'offraient comme guides aux voyageurs, et grâce à leur présence, le voyage se faisait toujours sans risque; mais cette industrie est tombée en désuétude depuis que les guerres civiles et le brigandage ont cessé de régner dans la contrée. La pratique de l’infanticide, jadis universelle dans les clans djaredja, est devenue très rat> et maintenant elle est tenue pour un crime.
Refuge de mainte peuplade expulsée du continent, la péninsule de Kaltyawar fut aussi l'asile des religions persécutées; les cultes nouveaux importés de l'Inde ne pouvaient s’y établir qu'après avoir longuement lutté contre les anciens rites. Le bouddhisme, qui laissa dans le pays quelquesuns de ses monuments les plus curieux, s'est continué au Kattyawar par les sectes des Djaïna, qui ont mélé tant de souvenirs de Bouddha à leurs rites brahmaniques. C’est dans le Goudzerat péninsulaire que se trouvent les groupes de temples les plus vastes et les plus célèbres des Sarawak ou Djaïna : des villes entières sont uniquement consacrées aux dieux. L'une d'elles, que l’on peut considérer comme le type de toutes les autres cités du même genre, couronne le double sommet de la montagne de Satroundjaya, au sud-est de la péninsule, non loin du golfe de Cambay; la capitale d’un petit État, Palitana, s'étend à la base du mont sacré et se rattache aux saneluaires par une série d’escaliers interrompus de distance en distance. Les grands temples de la cime sont entourés de murs; les autres bordent les rues silencicuses. Quelques prêtres résident dans l'enceinte pour entretenir la propreté des édifices et nourrir les pigeons, les lourterelles, les perroquets, les paons, les écureuils, qui vivent de la charité des fidèles. Mais ceux-ci ne peuvent séjourner dans la ville des temples; il leur est interdit d'y manger ou d’y dormir; après avoir accompli leurs cérémonies, ils redescendent à Palitana. Entre toutes les sectes hindoues, les Djaïna se distinguent par leur zèle à bâtir des temples, moins pour y prier que pour en faire hommage à leurs tirthamkaras, c’est-à-dire à ceux qui ont « traversé » l’abime séparant la vie apparente de l'existence absolue. On compte
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des centaines de ces édifices sur le Satroundjaya, datant de toutes les époques depuis le onzième sièele et formant un admirable musée architectural ; de nouvelles constructions s'ajoutent chaque année aux anciennes et ne leur paraissent pas trop inférieures pour l'élégance et la pureté du style. De même qu’au moyen âge les corporations s’occupaient à l'envi d'embellir les cathédrales de l'Occident, de mème les Djaïna mettent leur gloire à
décorer les temples : des générations entières s'emploient à seulpter des üirant
porches, à ciseler la pierre des autels'. Proportionnellement à leur nombre, Manga - Le]
les Djaïna, qui comptent d'ailleurs parmi eux un grand nombre de marchands et de banquiers, ont beaucoup plus d'édifices religieux que les fidèles des autres cultes hindous, qui constituent la masse de la population dans le Goudzerat. Les musulmans ne se trouvent guère en groupes considérables que dans les villes, et les Parsi ne s’y rencontrent qu'en familles isolées. La langue générale du pays est le goudzerati, l’un des dialectes littéraires dérivés du sanserit et non mélangés au persan, comme l’hindoustani.
Le Goudzerat est une des contrées les plus riches de l'Inde, grâce aux soixante ports qui en bordent la côte et à la fertilité de sa « terre noire » ou regar, que l’on utilise principalement pour la culture du coton : il est peu de provinces hindoues où l'argent importé d'Europe en payement des denrées locales s’entasse plus que dans le Kattyawar. Chevaux, brebis,
grains, s'exportent régulièrement de la péninsule à Bombay et sur la terre ferme. Mais il arrive parfois qu'une espèce de rat brun pullule en quanlités si prodigieuses, que les récoltes sont dévorées. En 1815, « l’année des rals », la famine décima la population. On dirait, dans ces années fatales, que les rats naissent du sol : c'est en vain qu’on essaye de les arrêter par des fossés pleins d’eau ou par les flammes; il en reste toujours d'’innombrables multitudes pour manger les grains, et les amas de chair putréfiéc répaudent la peste aux alentours.
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Quoique la presqu'ile de Kattyawar soit divisée officiellement en une et les !
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| villes comme capitale de la contrée : c'est Radjkot, située dans la partie que où
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! Burgess, Visit to Satrunjaya hill; — Fergusson, History of Indian and Eastern Architecture.
SATROUNDIJAYA, RADJKOT, DIJOUNAGARH. 271
du Kattyawar ont une importance commerciale bien supérieure à celle du chef-lieu administratif, Nawanagar (Djamnagar), près de la rive du golfe de Catch, est une cité fort industrieuse, surtout pour la teinture des étoffes ; mais pour qu’elle devienne un marché de premier ordre, il lui manque un mouillage : c’est plus à l’ouest, à l'abri des pointes et des îles terminales de Kattyawar, soit à Pochetra, soit à Seraya, que pourrait le plus facilement s'établir un grand port de commerce pour les navires d’an fort tirant d'eau. Les havres de la côte occidentale, Por-bandar, Mangrol ou Mangalpour, Verawal, sont petits et ‘rès exposés aux vents du large; néan-