‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 134 sur 471 · HE À · texte numérisé non relu

HE À

ainsi qu'aux régions basses situées à l’ouest des Aravali, sont probablement des immigrants venus après les premiers Aryens; bien qu'ils se désignent eux-mêmes comme kchatryas et se disent les descendants de cette caste guerrière, bien qu'ils désignent l’une des villes saintes des Hindous, Adjodhya, dans les plaines gangétiques, comme leur lieu d’origine, ils ne se rattachent que d’une manière indirecte aux kchatryas proprement dits. Refoulés des bords du Gange vers les plateaux, ils ne s’emparèrent du plateau de Malwa que du dixième au douzième siècle de l’ère vulgaire. Tous les chefs de bande devinrent Radjpoutes, les « fils d’un mème père »; mais tel d’entre eux, qui se donne pour ancêtre une vache ou un serpent, est Bhil, Gond ou de toute autre tribu aborigène. Leur vaillance et le succès qui accompagna partout leurs armes les eurent bientôt anoblis et transformés en « Deux fois nés » aux yeux des Aryens de la contrée; dans la plupart des États, les « Fils de Roi », -— car tel est le sens du nom de Radjpoutes, — ont le pas sur les brahmanes, sinon en droit, du moins en fait. D'ailleurs on ne saurait douter qu'ils s’unirent aux anciennes familles hindoues. Il n’est point de famille princière de l'Hindoustan qui ne soit apparentée aux’ Radjpoutes, et dans plusieurs pays, notamment dans les vallées de l'Himalaya, les familles régnantes se donnent le titre de Kchatryas-Radjpoutes. Mais, si répandus qu'ils soient dans toutes les parties de l'Inde, les Radjpoutes ne sont groupés nulle part en nombre assez considérable pour former la majorité des habitants : c’est dans le Mewar et dans les États septentrionaux du Radjpoutana qu’ils ont la plus grande importance numérique.

Depuis l’époque de l'invasion, les « trente-six » koula ou races royales, issues du Soleil et de la Lune, ont maintenu leur division en tribus ou salcha et en clans (gotra) et sous-clans (campa), qui se distinguent tous par des traditions spéciales. Au nord et au nord-ouest dominent les Rahtr, les gens issus du rat, « épine dorsale », d’Indra ; ce sont les plus nombreux : les « Cinquante mille Glaives », tel est le nom par lequel on les désigne souvei t. À l’ouest, dans les oasis du Thar, se groupent les Bhatti; les Katchwhala règnent dans la partie nord-orientale du Radjpoutana; les Tchaouhan se sont attribué les États de l’est, et les Boundela, de race très mélée avec les populations indigènes, ont fondé les principautés du Boundelkhand. Le Mewar, au sud, est le domaine des Sasodia, ceux des Radjpoutes qui prétendent à la plus grande pureté de race, et se donnent comme les descendants directs de Rama, le héros des épopées aryennes. Le rana ou « grand roi » d’Oudaïpour est vénéré par tous les Hindous comme le représentant de l'antique race solaire; quoique très

mail des | libre « fn guer seigr mal, dom ches a Rad) voue les |

RADJPOUTES 287

inférieur à d’autres souverains de l'Inde pour la puissance et la richesse, il est un « Soleil » parmi les rois : seul parmi les radjahs il est en même temps prêtre, el quand il eutre dans le temple des divinités protectrices du pays, c’est lui qui célèbre les sacrifices'. Le mariage des souverains secondaires avec ses filles constituait jadis le seul lien politique entre les différentes maisons royales, et jamais il ne daigna céder une princesse de sang royal aux empereurs musulmans de Delhi en échange de titres, de trésors ou de provinces. C’est lui qui préside dans les assemblées de souverains, et tous les Radjpoutes voient en lui un juge infaillible dans les questions d’étiquette, de rang, de point d'honneur, qui passionnent les e Fils de Roi » bien autrement que les points de doctrine ou de pratique religieuse. Convertis aux cultes brahmaniques, les Radjpoutes n'ont en général aucune ferveur pour les dieux hindous, mais ils vénèrent encore une divinité qui les mena jadis à la conquête de l’Inde. Cette déesse est l'Épée. Soldats avant tout, ils n’ont d'autre souci que de tenir en respect les races asservies; comme fils des conquérants, ils sont tous nobles, et parmi eux les pauvres savent maintenir une certaine égalité dans leurs rapports avec les riches. D'ailleurs, beaux pour la plupart, grands et bien faits, portant fièrement la tête, que pare une chevelure soyeuse et bouclée contrastant avec la blancheur mate de la peau, ils ont vraiment l'aspect de dominateurs au milieu des représentants d’autres races ; ils dédaignent de combattre, si ce n’est à cheval, précédés de bannières et de tambours. Fort coquettes, les femmes radjpoutes se chargent de bijoux. Les tribus guerrières des Radjpoutes, fières de leur sang royal, ont gardé mainte coutume qui rappelle les âges féodaux de l'Occident. Dans la plupart des États du plateau, la terre se divise en fiefs, et les possesseurs, disposant librement de la récolte, ne doivent au suzerain que l'hommage ou quelques « fruits de vénération » en temps de paix, le service personnel en temps de guerre. Aux grands jours de fête, les vassaux, portant les armoiries du seigneur, avec les emblèmes traditionnels, le paon, le lion ou tel autre animal, se pressent autour de leur maître; à côté de lui se tient le poète domestique, chantant la gloire des aïeux, les combats, les amours, la ri-

chesse de ses maîtres ; c’est lui aussi qui consulte les astres, jette les sorts,

va porter les défis ou les messages d'amitié. Très chevaleresques, les Radjpoutes égalèrent certainement les paladins de l'Occident par leur dévouement héroïque aux dames de leurs pensées : « Aux hommes de faire les grandes choses, aux femmes de les inspirer, » pensaient-ils comme

Tod, ouvrage cité.

CM AV dre neo RP e » PPT TS | ESS AT Me 42

td. <

ent ee LOS ER EE

988 NOUYELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

les chevaliers des cours d'amour. Eux aussi bravaient la mort pour recevoir une fleur, une frange d'écharpe; des tournois, des batailles même avaient pour prix la conquête d’un bracelet; une dame persécutée n'avait qu'à faire parvenir une bague ou tel autre objet symbolique au champion choisi par elle pour déchainer aussitôt la guerre entre les tribus ; maintenant encore, le mariage ne se conclut point sans que la fiancée ait envoyé au fiancé une noix de coco, emblème de son choix, et qu'elle lui ait passé au cou une guirlande de fleurs ; devenue femme, elle reçoit le titre de « divine » et le mari n'entreprend rien sans la consulter. Les devoirs réeiproques sont ceux d'une fidélité mutuelle jusqu’à la mort; cependant les chefs ne se brûlaient point sur les tombes de leurs épouses, comme les femmes sur le bûcher du mari. L'histoire du Radjpoutana n’est qu'une longue succession de guerres livrées pour des Hélènes de l'Inde; la dernière grande guerre du Radjpoutana, avant la conquête anglaise, se termina par l'empoisonnement de la princesse que se disputaient les grands feudataires".

Le mariage devait toujours commencer par un enlèvement. Strictement exogames, les Radjpoutes ne pouvaient se marier dans leur propre clan; c'est dans une autre tribu qu'ils prenaient et qu’ils prennent encore leurs femmes, soit de force, soit par un simulacre de rapt. Mais, dans leur fol orgueil de race, les Radjpoutes ne voulaient à aucun prix s’exposer à voir leurs filles devenir les épouses d'hommes inférieurs en noblesse; d'autre part, ils se croyaient tenus, lors du mariage, à faire un tel étalage de faste, que leur fortune s’y dépensait tout entière, et, pour éviter ce double danger, ils n'avaient imaginé d’autre moyen que l’infanticide. L’abominable pratique du meurtre des filles était générale avant que les Anglais ne devinssent, par leurs résidents, les véritables maîtres du pays. D'après un rapport publié en 1818 par une société littéraire de Bombay, huit mille familles d’un distriet radjpoute n'avaient pour résidu qu’une soixantaine de filles encore vivantes. Telle était l’aberration d'esprit causée par cette affreuse coutume, que certains parents, après avoir laissé vivre leurs filles jusqu’à l’âge de la puberté, les tuaient alors, afin de ne pas avoir le prétendu déshonneur de les mésallier. Une seule tribu des Radjpoutes du désert, les Soda musulmans, était restée fidèle aux mœurs humaines des ancêtres en s’abstenant du meurtre des filles. Aussi les Soda ont-ils depuis des âges une sorte de monopole pour fournir d’épouses les nobles du Catch et du Radjpoutana. Les filles de race soda, ayant une grande réputation de

! Tod, Annals of Rajasthan.

" ww

RADJPOUTES. 289

beauté, de grâce et d'intelligence, les chefs de tribus fort éloignées tiennent à honneur d'aller chercher femme dans ce pays, et même il n'est pas rare qu'ils offrent 25 009 franes pour leur fiancée. Tandis que dans les autres parties de l'Inde les pères se vantent seulement de leurs fils, les Soda sont d'autant plus fiers qu'ils possèdent un plus grand nombre de filles".

Le manque presque complet de femmes dans les tribus radjpoutes du plateau avait eu pour conséqüener de faire surgir un grand nombre de tribus métissées, radjpoutes par les pères, bhil, mhaïr ou mina par les mères. Chez ces tribus « demi-sang », les mœurs et les institutions étaient les mêmes que chez les Radjpoutes d'origine pure, et l'infanticide, même les sacrifices humains, s'y pratiquaient encore récemment. Jusqu'en 1855, on avait l'habitude d’égorger un métis radjpoute et bhil toutes les fois que le rana d'Oudaïpour se préparait à passer une rivière : le sang de la victime, en se mêlant aux eaux, devait satisfaire les dieux méchants et détourner leur colère de la tête du souverain”. Parmi les tribus, quelques-unes sont nominalement de foi musulmane, mais leur vie se règle moins par les lois de l'Islam que par les anciennes coutumes. L'opium, l’une des principales récoltes du plateau de Malwa, est le fléau de toutes les populations de la contrée. « Avez-vous pris votre opium ? » telle est la première question qu'on s'adresse en s’abordant*.

Outre les Radjpoutes et les aborigènes, des représentants de toutes les races hindoues se pressent dans le pays. Les brahmines ÿ sont nombreux, et c'est une de leurs familles qui tient les archives de la noblesse radjpoute. Le grand commerce est entre les mains des Sarawak ou Djaïna. Dans les campagnes du nord, les Djat et les Goudjar cultivent le sol; à l'est, les laboureurs sont aussi des immigrants hindous de diverses castes; au sud, les Koumbi, les Soudia et les Koli ou Kouli ont colonisé le pays, venant des basses terres du Goudzerat. La caste des Grassia, qui s’arrogeait le droit de rançonner tousles voyageurs, est représentée dans le Malwa comme dans le Goudzerat par quelques tribus; mais des Tcharoun y vivent aussi, descendants de ces guides et patrons inviolés qui garantissaient la vie et l'avoir à tous ceux qui leur étaient confiés. Avant la construction des routes et des chemins de fer, tout le trafic du Radjpoutana et du Malwa se faisait par l'entremise des Bandjari, nomades dans lesquels un grand nombre d'ethnologistes anglais voient les frères des Tsiganes d'Europe. Les Bandjari, qui se distinguent parmi tous les Hindous par la beauté, la force et

{ Bartle Frere, Journal of the Geographical Society of London, 1810. + Malleson, Native states 2{ India.

5 Tod, ouvrage cité.

Page 1