‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 133 sur 471 · PLATEAU DU MALWA, BHIL · texte numérisé non relu

PLATEAU DU MALWA, BHIL

région supérieure du plateau pour en descendre par une série de cascades dans les gorges de Mokindoura. Uni au Banas, le Tehambal devient un large fleuve que ne peuvent plus même traverser les éléphants, et qui, pendant la saison des crues, roule plus d'eau que la Djamna : son cours développé n’a pas moins de 920 kilomètres de long. Une autre rivière considérable, le Sindh, entre dans la Djamna immédiatement en aval du confluent du Tehambal ; le triple confluent ou Triveni est un des lieux les plus vénérés de l'Inde. Plus bas, la Betwa, le Ken, le Tons, descendent aussi des plateaux vers la Djamna et le Gange, mais aucun de ces cours d'eau n’a d'importance pour la navigation; ils ne sont utilisés que pour l'arrosement des campagnes.

Les groupes ethniques constituant des tribus ou des castes sont très nombreux dans le Radjpoutana et dans les autres régions du plateau et des collines bordières : dans ce pays tourmenté, découpé en lant de vallées disünctes, la diversité des populations correspond aux inégalités du sol. 1] reste mème dans la contrée des tribus qui se sont à peine mélangées avec les envahisseurs hindous ou musulmans et que l’on peut désigner sous le nom d’aborigènes, puisque aucun document historique, aucune tradition ne parlent de leur venue. Ainsi les Bhil ou Bhilla savent qu’ils possédaient autrefois les fertiles vallées et les plaines entourant leurs forteresses de montagnes et qu’ils ont été refoulés peu à peu dans les districts les plus sauvages de leur patrie : leur nom même aurait le sens de « proscrit » ; mais sont-ils Dravidiens, comme les populations de l’Inde méridionale", ou Kohlariens, comme la plupart des tribus du plateau ? Les ethnologistes de l'Inde ne sont pas d’accord sur cette question. Diverses cérémonies rappellent encore l’ancienne prééminence des Bhil : c’est ainsi que, lors du couronnement des princes radjpoutes, un Bhil, représentant des dominateurs d'autrefois, marque le front du souverain de gouttes de sang qu'il retive de son pouce et de son orteil; il le sacre ainsi comm: un indigène et lui transmet le droit de posséder la contrée. La plupart des tribus bhil, privées du sol qui les nourrissait jadis, déchues de leur antique civilisation, n’eurent longtemps d’autre ressource que le brigandage. Les « Voleurs du Grand Dieu » établissaient leurs repaires sur des hauteurs fortifiées, d’où ils descendaient à l’improviste sur les villages hindous ou sur les caravanes de commerce : quand des armées se présentaient pour

t Dalton, Ethnology of Bengal.

CÈze i 3 sa Eh PS SE Es =

nee mers

th { : fi

les châtier, ils savaient se dérober aux poursuites en fuyant de montagne en montagne; mais ils résistaient vaillamment aux petites expéditions commandées par les seigneurs radjpoutes; par la ruse et la vaillance, ils ont réussi à se maintenir en tribus presque indépendantes. Une partie des monts Aravali, le Baghour ou la région de montagnes qui limite au sudouest le plateau de Malwa, le pays de Kandech, au sud de la Narbadah, enfin presque toutes les hautes vallées des Vindhya sont encore occupées par des tribus de Bhil qui se gouvernent elles-mêmes, mais auxquelles il est désormais interdit par les Anglais de ravager les territoires voisins; les sauvages ne peuvent obéir à leurs instincts batailleurs qu’en s’enrôlant comme mercenaires dans les armées anglaises.

Le nombre des Bhil non mélangés est évalué à plus d’un million. Ils sont en général d’une taille moyenne, beaucoup moins élégants et moins beaux que les Hindous, mais plus robustes et plus agiles. Presque noirs, ils ont le nez très aplati, les yeux étroits, sans aucune obliquité dans la tension des paupières, les pommettes peu saillantes: leurs cheveux, retenus par une simple cordelette, sont longs et lisses, mais ils n’ont qu'une barbe rare, croissant en petites touffes autour du menton. Dédaignant les vèlements des civilisés, ils ne portent d'ordinaire qu’un pagne pour tout costume, et les armes dont ils se servent sont encore celles des sauvages, l'are, le javelot, l’épieu. Ils eultivent le sol, mais leurs occupations favorites sont la pêche et la chasse; ils parcourent les montagnes à la poursuite du gibier, avec l’ardeur qu'ils apportaient jadis dans leurs chasses à l’homme; ils sont fort habiles à imiter les cris des animaux et se communiquent ainsi des avis sans éveiller l'attention des voyageurs. Les Bhil n’ont point de castes, mais ils reconnaissent l'autorité de chefs nommés par les vieillards de la tribu. Leurs cérémonies religieuses datent pour la plupart d’une époque antérieure aux invasions aryennes : ils sacrifient des animaux aux arbres sacrés, aspergent de sang des autels rustiques élevés au bord des sentiers, les badigeonnent d’ocre rouge, autre symbole de la vie; reconnaissants envers le fer qui leur a fourni les armes et les instruments de travail, ils suspendent aux branches des pointes de lances et de charrues et leur portent des offrandes. Enfin, parmi les dieux du panthéon brahmanique, celui qu’ils vénèrent le plus est le dieu-singe Hanouman, comme s'ils voyaient en lui le représentant des anciennes races dépossédées', Récemment, quelques tribus se ré-

4 Malcolm, Memoir of Central India; — Malleson, Native Slates of India; — Graham, His-

torical Sketch of the Bheel tribes; — Tod, Annals of Rajasthan ; — L, Rousselet, L'Inde des Ragahs; Bulletin de la Société d’Anthropologie, 1874.

BHIL, MHAÏR, MINA. 285

voltèrent contre des officiers anglais qui parcouraient leur territoire sans autorisation. En vertu du traité de paix conclu après la bataille, les Anglais se sont engagés à ne recenser la population ni mesurer les terres, à supprimer la moitié des taxes, à n’instituer aucun poste de police, à défendre aux mahométans l'entrée de certains villages sacrés. Une clause du traité porte que les Anglais ne demanderont à aucune femme bhil de se faire peser.

Les Bhil se sont diversement mélangés avec les populations environnantes et forment ainsi divers groupes se rapprochant plus ou moins des habitants civilisés de la plaine : tandis que les uns sont restés purs ou « blancs », les autres sont devenus « noirs », c'est-à-dire impurs. Les Mhaïr ou Mougri, qui peuplent les vallées septentrionales des monts Aravali, au nombre de trois ou quatre cent mille, sont d'ordinaire considérés comme constituant une nationalité distincte et le pays qu'ils habitent est connu d’après eux sous le nom de Mhaïrwara; mais la plupart présentent le même type que les Bhil, et leurs anciennes coutumes, abandonnées peu à peu pour celles des Hindous, étaient celles de leurs voisins du sud. On les désignait jadis, comme tous les autres sauvages des régions montueuses, par l’appellation méprisante de palita ou « gens des pal », enceintes fortifiées au milieu desquelles leurs demeures étaient parsemées, à plusieurs centaines de mètres les unes des autres : c'est ainsi qu’en Europe les termes de « païens », de « manants », de « rustres » furent donnés aux habitants des lieux écartés. Soumis directement aux Anglais depuis plus d'un demi-siècle, les Mhaïr sont maintenant, parmi les populations de l'Inde, une de celles qui se sont le plus rapidement transformées. Presque tous ont abandonné leurs pal pour descendre dans les vallées; des bassins de retenue pour l’arrosement des terres ont été construits par eux dans les endroits favorables, des routes se ramifient dans tout le Mhaïrwara. Les Mhair se disent Hindous et pratiquent les cérémonies brahmaniques, mais sans beaucoup de zèle; même ceux qui appartiennent à la caste supérieure mangent de la viande et boivent des liqueurs fermentées. Les Mina, autres palita, se sont encore plus éloignés que les Mhaïir de l’ancien type aborigène. Épars dans le royaume de Djaïpour, entre les Aravali et la Djamna, surtout dans la vallée du Banas, ils se sont mélés aux cultivateurs djat, en parlent le dialecte hindou et en pratiquent les coutumes. On évalue leur nombre à plus de deux cent mille,

Les Radjpoutes, qui ont donné leur roma à l’une des contrées du plateau

1 Weekly Times, june 5, 1881.

Cd

Page 1