‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 149 sur 471 · DELTA DU GANGE · texte numérisé non relu

DELTA DU GANGE

Mais le sol de Calcutta, quoique supérieur au niveau des flots depuis une époque si reculée, n'a cessé de s'abaisser, puisque les anciennes couches de végétation s'y succèdent dans les profondeurs bien au-dessous du niveau actuel de la mer, Ce phénomène d'affaissement, d'autant plus remarquable que des deux côtés du golfe du Bengale, à l'ouest sur les rivages d'Orissa, à l'est sur le littoral d'Arrakan, on constate un mouvement en sens inverse, se continue probablement au sud du delta vers la fosse centrale de la baie. Peut-être l'énorme entonnoir connu par les marins anglais sous le nom de swatch of no ground serait-il le centre d'effondrement de la région, C'est un gouffre marin qui s'ouvre à 150 kilomètres au sud-est de la bouche du Hougli, mais à proximité immédiate des banes qui obstruent l'entrée de la Matlah et des estuaires voisins. Les fonds qui l'entourent ont seulement de 40 à 75 mètres, tandis que dans l’intérieur de la cavité on jette la sonde à 400, même à 500 mètres sans trouver le fond : on dirait un ceratère immense. Les berges sous-marines du swatch sont tellement accores, que les marins peuvent reconnaître par l’inclinaison du lit l'endroit précis où ils se trouvent, D'après Fergusson!, l'existence de cet entonnoir devrait être attribuée seulement au mouvement lournoyant des marées et des houles qui se rencontrent à l'extrémité septentrionale du golfe.

La région méridionale du delta est une terre indécise entre le continent et la mer; elle appartient aux côtes par la végétation qui la recouvre, à l'Océan par l'eau qui la pénètre dans tous les sens et l’inonde même en entier lors du retour offensif des malines et des tempêtes. L'ensemble de cette contrée estconnu sous le nom de Sanderban (Sounderban, Sounderband), expliqué de diverses manières par les étymologistes : ce serait le Sindourban ou la « Forèt Rouge », le Souderban ou la « Forèt Superbe », le Chandabhanda où « Pays des Sauniers », le Sounderband ou la « Bonne Levée », où bien encore la « Forêt des soundri », appellation locale de l'arbre (heritiera littoralis) le plus commun de ces terrains à demi noyés : c'est aussi à une plante des Sanderban, la hougla (typha elephantica), que la rivière de Calcutta, le Hougli, devrait son nom*. La superficie de cette région neutre entre la terre et la mer est d'environ 20000 kilomètres carrés ; de l’ouest à l’est, les Sanderban ont plus de 200 kilomètres. L'immense labyrinthe, découpé au milieu d'îles et d'îlots par quatorze grandes rivières et des centaines de coulées se ramifiant à l'infini, n’est accessible qu'au batelier, glissant entre les roseaux ou sous les voûtes de feuillage,

1 Quarterly Journal of the Geological Society, aug. 1865.

2 De Grandpré, Voyage dans l'Inde et au Bengale; — WMermann von Schlagintweit, Reisen in Indien und Hochasien.

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dans sa barque construite du bois rouge de soundri, De nombreuses iles des Nanderban, bien protégées par des dunes de sable que dressent les vents . de la mousson, sont recouvertes de forêts épaisses dont le gouvernement

CCR s'est réservé la propriété et qu'il fait aménager avec soin; d'autres n'ont pour végétation que des palmiers-nains (phænix palulosa) où des brousnn le: sailles, sous lesquelles gitent les bêtes fauves, Des ruines retrouvées ci Li PE et là prouvent que les Sanderban n'étaient point inhabités à l'arrivée des RSUURE Européens dans la contrée et qu'il s'y éleva même de grandes eités; les a, ie premiers écrivains portugais s'accordent tous à dire que les terres des Sanss EOUAR derban étaient fort peuplées de leur temps!'; mais la limite entre la région des cultures et la zone inhabitée du littoral semble s'être maintenue LE: : FRS presque sans changement pendant des siècles, Depuis une centaine d'an- | X ORTR nées, les empièlements des agriculteurs sur ces terres vierges sont consi- (1 NEUTRE dérables, principalement du côté de la Meghna, où le sol est en moyenne [54 | à AE 1 plus élevé : en 1872, la surface du territoire mis en culture dans les San- !, 2 AUD | derban s'étendait sur un espace de 280 000 hectares, mais la plupart des

il, | champs sont exposés aux inondations et l'on a dû les entourer de digues. Souvent les marées changent toute la région des cultures en d’innombrables îlots de forme polygonale, C'est dans ces estuaires changeants

des Sanderban, où l'eau de mer et l'eau douce <e rencontrent avec leurs flores et leurs faunes diverses, et dans les bhil, djhil où djoulla, dé-

6 ANCMNT pressions marécageuses des campagnes voisines, que nait la « fièvre du

11 : Bengale » ou fièvre des jongles, l'une des plus redoutables maladies de

l'Inde, attaquant indistinetement les hommes de toute race, indigènes [a]

Ru aussi bien qu'étrangers, À Caleutta, la fièvre choisit le plus souvent ceux

GEL qui vivent en partie sur la rivière, les bateliers, les marins, les portefaix,

les douaniers; les chasseurs, les hommes qui travaillent dans les planta-

DCR tions basses sont aussi très menacés, Au mois de septembre principalement,

quand les marais commencent à baisser et laissent à découvert des plages

6 PAT vaseuses, les cas de fièvre sont particulièrement redoutables*, Le choléra os aussi l'une des maladies endémiques du Bas-Bengale, ete 4 de lt qu'il

se répandit dans la première moitié du siècle sur e l'Hindoustun et dans le monde entier; il'existe probablement de antiquité sui

bords du Gange inférieur, quoique le fléau, lors ce son irruption soudaine dans l'Europe occidentale, fût considéré comme une maladie nou-

d velle. L'humidité surabondante de la contrée et la putréfaction des matières

x RETER ' { J, Long, Proceedings of the Asiatic Society, 1868.

#5 BA NOR 2 Viguier, Progrès médical, 12 mai 1877. Fe

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