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COURANT ET DELTA DU GANGE

bassin fluvial’. Un autre phénomène remarquable de la faune gangétique est l'isolement de l'espèce de crocodile, bombifrons, qui ne se rencontre que dans les doun en amont des portes de l'Himalaya, tandis que le gavial vit dans les eaux inférieures du fleuve*.

La portée moyenne du Gange a certainement diminué depuis le milieu du siècle, les canaux d'irrigation tracés dans les campagnes riveraines ne lui rendant qu'une faible partie des eaux empruntées; mais si forte que soit la déperdition du courant, le Gange n'en reste pas moins l’un des fleuves abondants de la Terre, quoique bien inférieur en masse liquide à des cours d'eau tels que le fleuve des Amazones et le Congo : en période extrème de crue, il roule au pied des collines de Radjmahal plus de 50 000 mètres cubes d'eau par seconde”; il est vrai que, lors des plus fortes sécheresses, le débit aurait été réduit parfois à 607 mètres‘, écart étonnant qui s’explique par l'alternance des moussons; la moyenne de la portée est évaluée de 12 000 à 15 000 mètres cubes par seconde, ce qui représente au plus la moitié de l’eau tombée pendant l'année dans le bassin. Lors des inondations, le fleuve dépasse presque partout ses rives et s'étend au loin dans les campagnes jusqu’à une grande distance du lit majeur. Au lieu de violenter la nature, les riverains du Gange ont préféré accommoder leur existence à ses lois; si ce n’est dans le voisinage de grandes villes, ils n’ont point bordé leur fleuve de ces levées coûteuses qu'il faut exhausser de décade en décade, à mesure que s'élève le fond du lit obstrué d’alluvions, et que l'on doit fréquemment consolider, fortifier de contre-digues ou mème refaire entièrement, lorsque des crues exceptionnelles ont bouleversé tous les travaux de défense. Ne s’abritant point derrière un rempart de levées, comme les riverains du Fleuve Jaune, du P6, de la Loire, du Mississippi, les eultivateurs du Bengale ne peuvent done labourer leurs champs en vue de récoltes éloignées; ils ont deux espèces de cultures, les unes pour la période des eaux basses, les autres qui succèdent immédiatement à la période d'inondation. quand le sol est encore vaseux. En revanche, l'immense danger des crevasses et des inondations soudaines leur est épargné, les catastrophes sont évitées, la terre est débarrassée des fourmis blanches qui l’infestent et renouvelle incessamment sa fertilité. Quant aux villes et aux villages pour lesquels on n’a pu utiliser des tertres naturels, on a construit des terrasses artificielles s'élevant au-dessus

1 Mediicott and Blanford, Manual of the Geology of India.

? Falconer. Proceedings of the Geological Society, march 22, 1865. 5 Jackson, Hydraulic Manual and Statistics.

4 Prinsep, Observations on the Ganges as a navigable river.

du niveau des crues, qui est de 43 à 14 mètres à Bénarès et qui diminue graduellement vers l'aval: les groupes d'habitations se trouvent ainsi temporairement transformés en îlots. Malheureusement ces travaux de terrassement sont faits sans méthode; pour avoir des matériaux de remblai, on creuse de grandes excavations qui se remplissent d'eau et où pourrissent les débris de toute espèce, répandant au loin leur puanteur; de longues années se passent avant que les boues alluviales aient comblé ces mares insalubres.

Les troubles que renferment les eaux du Gange, — en proportion d'autant plus considérable que le courant est plus rapide, — ne sont pas tous emportés vers le large : la plus forte part de ces alluvions se dépose sur les rives basses et sur les tchar ou « teys » des Sanderban. I est done tout naturel que de nouvelles îles se forment dans la mer et que des banes de sable fassent leur apparition au devant des côtes; les cartes marines sont à refaire à chaque nouvelle exploration du littoral et les directions des pilotes se modifient incessamment. A l'est, aux bouches de la Meghna, les terres gagnent rapidement sur le golfe de Djittagong, mais à l’ouest, où la ligne des côtes est d’ailleurs beaucoup plus avancée en dehors du littoral primiüif, il ne parait pas que dans les temps modernes le della se soit accru. Lors des ouragans, la mer démolit une partie des terres nouvellement formées et en emporte au loin les débris; en outre, un mouvement général paraît abaisser peu à peu le plan du delta moyen; de même que les basses terres du Pô, de l'Amazone et de plusieurs autres grands fleuves, celles qui bordent le Gange se trouvent dans une aire de dépression. Dans aucune partie du delta gangétique on n'a reconnu au-dessous de la couche superficielle des alluvions fluviales la moindre trace des formations marines qui devraient s’y trouver si la mer avait occupé à une époque récente les parages où s'étendent de nos jours les campagnes du Bengale inférieur. A Calcutta, un sondage poussé jusqu'à la profondeur de 147 mètres ne ramena au jour que des restes végétaux de terre ferme, des tourbes, des coquillages fluviatiles, des strates déposées par les eaux douces ; la sonde traversa même un banc de gravier cristallin qui devait provenir, soit des collines de Radjmahal, soit de massifs de hauteurs qui s’élevaient alors dans la région du delta et que les érosions ont fait disparaître'. Ainsi pendant la période géologique moderne, le delta gangétique a toujours été terre émergée : les formations marines les plus récentes, trouvées au nord, à la base des montagnes de Garro, appartiennent aux âges tertiaires.

1 Mac Clelland, Topography of Bengal; — Calcutta Review, 1816.

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