‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 151 sur 471 · DELTA DU GANGE · texte numérisé non relu

DELTA DU GANGE

mélées à l’eau, qui se rencontre partout à quelques centimètres de la surface, sont la cause de cette terrible endémie du Bengale.

On sait que des milliers, et même des millions de cadavres rejetés jadis chaque année sur ses bords par le courant du Gange contribuaient à l'insalubrité de l'atmosphère. Depuis que les Anglais sont devenus les maitres du pays et que leur police intervient dans les questions d'hygiène publique, le Gange n’emporte plus dans ses flots les corps de tous les adorateurs qui vivaient sur ses rives; mais combien souvent la piété filiale sait éluder les prescriptions sanitaires en assurant aux morts le lieu de repos le plus sacré! Que de fois on aperçoit la nuit, sur l’eau du fleuve, pareilles à des lucioles égarées, de petites lumières que le courant entraine avec lenteur! La lueur vacillante éclaire la planche sur laquelle est posé le cadavre; les amis se pressent au bord de l’eau, suivant anxieusement du regard le voyage suprème de celui qu'ils pleurent, jusqu'à ce qu’un bateau, un banc de sable, un tournant de la rivière ou l'éloignement fasse disparaître le point lumi.eux que leur regard disputait aux ténèbres. Les Hindous voient plus qu’une déesse dans la rivière qui arrose leurs champs et fait naître leurs moissons : ils voient en elle une mère. D'après la légende, elle ne consentit à descendre sur la Terre que pour baigner et purifier les restes des aïeux du roi Bhagirati; mais sa source est toujours aux cieux et son flot pur est celui dans lequel se jouent les immortels. Lorsque son courant s'épancha du ciel, un dieu, le robuste Siva, qui a pour tête et pour épaules les rochers de l'Himalaya, put seul soutenir le poids de la rivière, « tombant de son front comme un collier de perles dont le fil s’est brisé ‘».

Il n'est pas un endroit sur les bords du Gange qui ne soil sacré, et le nom même de la rivière, prononcé avec révérence, serait-ce à cent lieues de son courant, suffit à effacer les péchés commis pendant une ou plusieurs existences antérieures. Des pèlerins emplissent de l’eau divine de petites fioles qu'ils placent ensuite en deux paniers, ornés de plumes de paon et réunis par un bambou; chargés de ce fardeau, à la manière des porteurs auvergnats, ils parcourent l'Inde entière pour revendre à grand prix l'onde sacrée”, Les riches Hindous peuvent donc jouir du privilège inestimable de se purifier d'eau sainte; en outre, dans toutes les parties de la Péninsule, la superstition populaire a désigné comme des bras souterains du Gange les fontaines jaillissant de la roche. Mais la sainteté parfaite ne peut s'acquérir que par un pèlerinage au bord de la € mère Ganga »,

{ Ramayana, chant f.

# G, Roberts, De Delhi à Bombay.

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surtout par pradakchina, qui consiste à cheminer pendant six années sur la rive du Gange, de la source à l'embouchure et de l'embouchure à la source. Dans ce voyage, les endroits saints par excellence sont tout naturellement indiqués par les confluents, les roches isolées, les brusques détours, les défilés : c'est là que les bains ont toute leur vertu purifiante. Les pèlerins y séjournent, les marchands s’y établissent et des villes se bàtissent autour des temples. En aucun pays, la religion n’a contribué comme dans l’Inde à la fondation des cités.

Après le Yangtze kiang, la sainte Ganga est certainement le cours d’eau qui à la plus grande importance au point de vue économique. Le sol que cultivent les cent millions d'habitants de son bassin est des plus féconds et produit en abondance des denrées d'espèces diverses; leurs cités sont riches et industrieuses ; les bateaux se pressent par milliers aux abords des marchés. Jusqu'à une époque récente, la voie du fleuve et les canaux de son delta étaient les seules voies de commerce dans le Bengale, et quoique les chemins de fer aient maintenant enlevé au Gange use part considérable de son trafic, ce cours d’eau n’en reste pas moins l’un des plus fréquentés du monde entier. La seule ville de Calcutta reçoit des ports de l'intérieur pour une valeur de plus de 400 millions de francs importée par bateaux : tel bourg voit passer devant ses quais plusieurs centaines d'embareations par jour; c’est par millions de tonnes qu’il faut évaluer le mouvement annuel dans les ports du delta gangétique. Sans doute le Gange ne saurait se comparer au Hudson, au Mississippi, à la Tamise, pour la navigation à vapeur, mais nulle part, si ce n’est dans les fleuves de la Chine, les petites embarcations ne sont plus nombreuses.

À l'ouest du bas Gange, la rivière la plus importante est la Damoudah, très redoutée des riverains à cause de ses fréquentes inondations, mais d'autant plus vénérée par les populations sauvages des collines environnantes. Dans une de ses crues, en 1757, la Damoudah, s'ouvrant un nouveau lit vers le sud, descendit directement vers l'estuaire du Gange; l’ancien lit, qui l’unissait au Hougli, à l'endroit où ce cours d’eau a gardé son caractère fluvial, est complètement abandonné depuis 1762", C’est dans la région de la haute Damoudah et de ses affluents que s'élèvent les seuls massifs de hauteurs du Bengale proprement dit, qui continuent sous divers noms le système des Vindhya, mais en diffèrent par les formations géologiques. Les grès, qui terminent à lorient les plateaux du Baghalkand, sont remplacés par des roches métamorphiques et carbonifères ; seulement quel-

1 Fergusson, Proceedings of the Geological Society, april 486$.

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