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GANGE, DAMOUDAH, MONTS DE RADJMAHAL. 525

ques groupes isolés, même de simples blocs, témoignent de l’ancienne extension des rangées du Vindhya. Au-dessus du grand coude du Gange, les monts de Radjmahal sont formés de trapps basaltiques d’origine beaucoup plus récente que les laves du Dekkan, et l’on montre, à 55 kilomètres au sud-est de Colgong, de petits cônes de trachyte et de porphyre qui furent probablement le noyau des anciennes montagnes ignivomes'. Quoique très rapprochées des régions les plus populeuses de l'Inde, les collines situées à l'occident de la ligne du chemin de fer de Bardwan à Patna sont parmi les moins connues de la Péninsule et celles où les villes et les bourgades sont le plus clairsemées. Les bêtes féroces, telles que les tigres et les éléphants sauvages, en ont rendu certains districts presque inhabitables ; dans les clairières des jongles qui entourent le mont Parasnath, les paysans ne peuvent aller faire leurs semailles et leurs récoltes qu’en groupes nombreux, au son du tambour*. Cependant les indigènes de ces pays montueux contribuent pour leur part à l'accroissement des richesses du Bengale; ce sont eux qui préparent le cachou en traitant le bois de l'acacia catechu, qui recueillent la cire blanche végétale et ramassent sur les branches de certains arbres la laque, secrétée par un insecte (coccus lacca).

Presque toutes les populations qui vivent dans les plaines du Gange et que la voie fluviale met en relations constantes de commerce les unes avec les autres peuvent être classées dans leur ensemble comme appartenant à l’humanité policée, quelle que soit d’ailleurs la diversité de leurs origines, aryenne, dravidienne, kohlarienne, indo-chinoise. Cependant il existe encore dans le bassin gangétique un certain nombre de tribus et de castes, les unes asservies, les autres relativement indépendantes, qui ont gardé leurs caractères distinctifs de race, sans accepter les dehors de la civilisation hindoue ou mahométane. Parmi ces peuplades, il en est que l'on peut qualifier de barbares: refoulées par les invasions qui se sont succédé dans la région des plaines, elles se sont réfugiées soit dans les forêts marécageuses qui longent la base de l'Himalaya, soit dans les massifs de collines que contourne le Gange dans son cours inférieur. Encore d'autres tribus, pareilles aux Tsiganes d'Europe, évitent le danger par une vie nomade, c'est-à-dire par une fuite incessante. Les Nat, Kandjar, Badya, Bazigar, ainsi qu'on nomme ces bohémiens de l'Inde gangétique, ont pour

{ Ball, Jungle Life in India; — Medlicott and Blanford, À Manual of the Geology of India. ® Records of the Government of Bengal, XXXNHL, 4861 ; — Ball, Jungle Life in India.

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villages temporaires des groupes de huttes en bois, couvertes de nattes et de feuillages ; les bords de la route servent de pâtis à leurs animaux; euxmêmes se nourrissent d’impurs débris, même de charognes, quand leurs mille métiers, de prestidigitateurs, de montreurs d'ours et de singes, de maquignons, de diseurs de bonne aventure, ne suffisent pas à leur procurer l'abondance. Comme leurs frères d'Europe, ils savent toujours assurer leur sécurité en se tenant prudemment à l'écart de tout mouvement politique ou religieux. Les souverains du pays n'ont pas de sujets plus fidèles que ces étrangers errants, dont la religion est toujours la foi dominante de la contrée : mahométans pour la plupart parce que les maitres étaient mahométans jusqu'à une époque récente, ils semblent n'avoir en réalité d'autre religion que la recherche du bien-être commun de la tribu.

Dans l’Aoudh, et plus à l'est, le long des frontières du Nepal, les Bhar, les Tharou, qui se disent d’origine radjpoute, et d’autres peuplades vivent en groupes épars qui n'ont aucune communication avec les habitants eivilisés de la plaine et que leurs marais protègent contre loute attaque. Mais d'autres tribus, qui n’ont pu fuir les conquérants, ont élé réduites par eux à la dure condition de serfs ou bien rejetées en dehors de toute caste. Ainsi les Kori et les Tehamar, auxquels on permet dans les villes d'exercer quelques industries, de tisser des étoffes et de travailler le cuir, sont restés esclaves dans les campagnes; ils cultivent toujours le sol pour les maîtres brahmanes ou radjpoutes, quoique les lois aient officiellement proclamé

leur liberté. Mais que leur servirait de faire appel aux tribunaux? Méprisés

comme ils le sont, ils ne pourraient s'enfuir des tanières qu’ils occupent, à côté des pores, dans un quartier séparé du village, sans être repoussés de partout comme des bêles immondes. Une autre peuplade, celle des Pasi, que l’on croit descendre également des anciens maitres du pays, occupe un ang plus élevé parmi les habitants de l’Aoudh; elle s’est à demi indianisée, et c'est elle qui fournit la plupart des individus employés par le gouvernement pour la police rurale. Dans l’Aoudh, un million d'hommes sont classés parmi les aborigènes.

Ceux-ci sont plus nombreux encore dans les provinces du Bengale; on les évalue à plus de trois millions, sans compter les individus de basses castes qui représentent les anciennes races du pays diversement mélanuées avec les envahisseurs hindous. Grâce aux massifs de collines, entourés de jongles et de forêts, qui s'élèvent au sud de la Sone et du Gange, plusieurs tribus ont trouvé un asile et se sont maintenues jusqu'à nos jours, sinon libres, du moins respectées par leurs voisins. Ainsi les Maler ou Pahariah, les Hillmen des Anglais, qui peuplent, au nombre d'environ 400000,

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