‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 191 sur 471 · MONTAGNARDS DE L'ASSAM · texte numérisé non relu

MONTAGNARDS DE L'ASSAM

sur le pourtour des montagnes, sont plus où moins indianisés; la transition de race à race se fait graduellement des campagnes du Brahmapoutra aux forèts des monts, Les Garro d'origine pure sont ordinairement de taille moyenne, adroits et forts; presque noirs de peau, ils ont la figure large, le nez plat et retroussé, les veux légèrement obliques, le front droit, les pommettes saillantes, les lèvres fortes: ils rappellent le type dit mongol. Hs n'ont que peu de barbe et S'épilent soigneusement afin d'avoir le menton complètement glabre, mais ils ne coupent jamais leurs cheveux. La plupart sont presque nus: quelques-uns portent des vêtements importés de la plaine, consistant Simplement en pagnes et en couvertures, auxquels s'ajoute parfois une sorte de manteau, pan d'écoree que l'on à fait macérer dans l'eau pour n'en laisser que la fibre. Hommes et femmes sont, comme la plupart des sauvages, amateurs d'ornements, colliers, pendants d'oreilles, bracelets, mais le diadème, composé de plaques de cuivre, n'appartient qu'aux hommes ayant tué un ennemi, Quoiqu'ils aient eu à les combattre longtemps, les Anglais dépeignent les Garro comme prévenants, bons, hospitaliers, véridiques, d'une droiture parfaite : leur caractère con traste de la manière la plus heureuse avec celui des Bengali, caressants et pertides. Ils sont bons agriculteurs, bien que leur unique instrument soit un simple couteau, avec lequel ils coupent les herbes et les branches et font des trous dans le sol. Le premier objet que remarque étranger quand il approche d'un village est la maison de guet, bâtie au sommet d'un échafaudage dominant les autres cabanes : de cette guérite aérienne, le Garro surveille les champs de cotonniers, de céréales, de patates douces. Après deux ou trois années de récoltes, la terre est laissée en jachère et se repose pendant sept où huit ans. Un rien décide les habitants à chaner de place. Pendant la durée d'une génération, il leur arrive de fonder successivement jusqu'à huit ou dix hameaux; partout on rencontre dans la forêt des restes de masures, dont les herbes et les broussailles se sont emparées après le départ de la population.

Quelle est l'origine de ces tribus qui se déplacent st facilement? La langue qu'elles parlent et dont on possède plusieur: vocabulaires les ratlache aux Metch du terai et à d'autres peuplades de souche tibétaine. Euxmêmes se disent les frères de race des Anglais, ce qui n’a pour eux d'autre sens que d'établir leur droit à l'indépendance, Par les mœurs et les coutumes, les Garro, quoique presque isolés, représentent de nombreuses peuplades appartenant à la mème période de culture dans la Chine méridionale, dans l’Indo-Chine et le Dekkan; ils peuvent même être considérés comme offrant un type de société antique se maintenant contre toutes les

LAS enlarge À Pi art

mn LE pa >

FF Feel

Vo dans ta Bison men

caen hate Le te

1 pee ar

sorcerst

2 «cr PER AU Re

CNE th ce A ‘ SNS

PLATE di MAT RE ne) +

eme

Cr ge ré

Meme ol

ei

CE et le

TT

FUN dre

ae

sit

£ ès.

aadée te rerer Mb

306 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UXIVERSELLE,

influences extérieures qui Fassiégent; chez aucune nation les institutions du matriareat ne se sont mieux conservées, Les clans ont gardé leur nom de mahart où « maternité +. et Va femme est tenue pour le chef de fumille, La jeune fille fait les premières avances au jeune homme, toujours choisi dans une mahari différente de la sienne, et le demande en mariage à la mère; lorsque le garcon se permet de parler | ier, sa mahari est condamnée à une forte amende, Chez a plupart des tribus encore à demi sauvages, la cérémonie des épousailles est précédée d'un simulacre d'enlèvement de la jeune fille: mais chez les Garro les amis de la lancée procèdent au rapt du futur époux et lemmènent de force dans la € maternité » dont il fera désormais partie. Toutefois, quand il s'agit du mariage d'héritières, on ne leur laisse pas libre choix, et ce sont les deux € maternités » interessées qui cherchent le mari et dressent le contrat. Le lils n'hévite pas de la propriété paternelle : celle-ci passe au fils de la sœur ; mais ce neveu hérite en même temps de la veuve et doit la prendre pour épouse, fût-elle la mère de sa propre femme; chez d'autres tribus de l'Inde se retrouvent des traces de eetle coutume primitive.

Les femmes sont toujours consultées dans les assemblées €: mahari, cependant elles ne gouvernent plus. Le chef où laskar, qui leurs ne doit son pouvoir qu'à la confiance de la maternité ou du grou, mater-

nités qu'il représente, est toujours un homme et réside dans le « palais » du village, la grande maison réservée, suivant la mode indo-chinoise, à tous les célibataires de la communauté. C'est en général le plus riche des habitants qui est choisi pour chef; parmi ces laskar, il en est qui possèdent plus de cinquante esclaves, descendants d'une race asservie, qui comprend peut-être les deux tiers de Ta population totale et qui du reste s'est à peu près assimilée aux autres barre; seulement ils n'ont point le droit d'entrer par mariage dans les familles de classe noble, quoiqu'ils soient plus forts et plus beaux que leurs maîtres". Parmi les hommes libres il n'y a point de eastes. L'influence exercée par les gens de la plaine n’a pas été assez puissante pour faire accepter aux montagnards les pratiques hindoues. Les Garro ne croient point commettre de crime en mangeant la chair de vache; sauf le lait, qui les dégoûte, ils ne repoussent aucune nourri- Lure; ils mangent mème des rats, des grenouilles, des serpents; les chiens engraissés sont un de leurs mets favoris. Leurs cérémonies religieuses, dirigées par ceux qui se rappellent les anciennes prières, se rapprochent des pratiques du sivaisme hindou, mais 1ls n'ont point d'images dans leurs

! Buchanan Hamilton; — Dalton, Etkmology of Bengal.

UARRO, NHASINA, DIAINTIA, oN7

sanctuaires; ils vénèrent comme les représentants des esprits des fochos de coton où de soie qu'ils attachent à des bambous et que balance le vent, Is brûlent les morts et remplissent de leurs cendres des espèces de cages en bambou ornées de figures grotesques. Jadis, quand ils voulaient honorer la mémoire d'un mort, ils envoyaient des guerriers dans la plaine pour y capturer des Bengali, que l'on saerifiait solennellement devant le bûcher funéraire, en barbouillant des poteaux du sang des victimes, Encore en 1866 une de ces cérémonies sanglantes fut célébrée dans les montagnes,

Les Khasia où Kosiya, voisins orientaux des Garro et de la tribu peu considérable des Migam, se donnent le nom de Khyi, Soumis à li dominalion anglaise depuis plus d'un demi-siècle et se trouvant en relations conslantes de commerce avec les gens des plaines, au nord et au sud de leurs montagnes, les Khasia sont plus policés que les Garro et plusieurs de leurs clans sont partiellement indianisés. Avant d'avoir été trahis par un de leurs princes et vendus à l'Angleterre, ils formaient une confédération de petites républiques, composée chacune d'un certain nombre de vil lages régis par une aristocratie locale, Ce régime politique s’est partiellement maintenu, malgré l'ingérence toujours plus effective des administrateurs anglais. Les Khasia et les Djaïntia où Saïnteng, qui vivent à l'orient dans Je mème massif montagneux, se distinguent de tous les autres habitants de l'Inde Cisgangétique par une langue monosyllabique, mais offrant déjà quelques indices de transition vers la forme agglutinante. De mème que le basque, le Khasia, qui d'ailleurs manque de toute littérature écrite, constitue une enclave glossologique ; on ne sait à quels frères de langue rattacher les cent mille montagnards qui parlent cet idiome, Quant à l'aspeet physique, les Khasia et les Djaïntia ne diffèrent que faiblement des Garro et des autres peuplades appartenant à la souche tibétaine; seulement ils sont plus forts et se distinguent par la puissance des mollets : à cet égard, peu d'Européens pourraient leur être comparés; les fermes khasia portent gaillardement les voyageurs dans une hotte disposée en forme de chaise. D'après Hooker, quelques tribus des Khasia auraient conservé la pratique du tatouage, el presque tous mâchent des feuilles qui rougissent les dents. «Les chiens et les Bengali ont les dents blanches, » disent-ils souvent pour excuser leur habitude. Bons et honnêtes, ils apportent dans leurs travaux et leurs jeux une gaieté extraordinaire; on les entend presque toujours chanter, et, presque seuls parmi les Asiatiques”, ils

? Hermann von Schlagintweit, Reisen in Indien und Hochasien. # 11. Yule, Journal of the Asiatic Society. 1944.

PP ÉNRRRCRRRR RE

398 NOUVELLE GÉOGRAPINE UNIVERSELLE, 4 poin sifflent des airs avee une étonnante précision. Très braves, 1ls sont aussi lent, très serupuleux observateurs du droit des gens tel qu'ils le comprennent. défe , Quoique les Anglais les aient combattus avec des armes à feu, jamais ils mins ne leur ont répondu par des flèches empoisonnées, armes qu'ils emploient cher

“eulement contre les bêtes fauves! Quant aux cérémonies du mariage, sorte elles sont à peu près les mêmes que chez les Garro et témoignent aussi de une

la persistance des institutions matriareales. Quelques restes de polyandrie céc :

se sont également maintenus dans les tribus khasia. Le divorce est très sang

commun : il suffit que la femme jette dans Fair einq coquillages caouris dont

pour que la séparation soit prononcée et que le mart s'en retourne dans pieu

son clan maternel; mais les enfants restent avec la mère; généralement, intel

ils ne connaissent qu'elle, ignorant même le nom du père. Dans le tom- d'ar]

beau, l'homme est séparé de l'épouse; ses cendres sont déposées dans le conc

cimelière de sa tribu, tandis que celles des enfants sont placées à côté de cipa

l'urne maternelle, Tous les cadavres sont brûlés; mais, la combustion des tribu

corps se faisant très difficilement pendant là saison des pluies, on les \

+ conserve jusqu'à la saison sèche en les recouvrant de miel?. L'âge des dol- tagn a 2 mens se perpélue dans le pays khasia; les abords de tous les villages sont mêt

encombrés de pierres tombales, les unes posées à plat sur des piliers, par

les autres dressées comme les pierres levées de l'Occident, où portant à sion

À leur cime un large disque. Des blocs de forme bizarre sont placés au bord dan: des routes en souvenir d'évènements mémorables”. 7 rent A l'est des Khasia et des Djaïntia, les tribus des Naga ou les « Nus » peu- l'an 4 plent les vallées et les plateaux; mais ce nom, qui <e rattache peut-être à raie Mie celui des anciens Naga ou € Serpents » dent parlent les traditions aryennes, port Eu est une appellation générale, appliquée à des peuplades très différentes fem 4 M par la langue, la parenté, les mœurs, les dessins du tatouage. Au nord-est, tout CECI ils se confondent avec les Singp'o de la Barmanie; au sud, ils s'unissent est | «| NT Ip aux Kouki par des peuplades intermédiaires. Une de leurs tribus, disent-ils, pou il a ART IE est née des roseaux; une autre est sortie d’un œuf; une troisième à surgi tri | Lil 2 US des eaux; enfr ilen est une qui s'engendra du néant, par sa propre vertu". ave A UE 1e Les Naga par excellence sont eeux qui se donnent le nom d’Angami ou « In- (ou: ARE vaineus », [ls sont en effet restés indépendants jusqu’à nos jours et sou- sal ARE vent les Anglais onteu à les combattre. Ts n'ont point de chef : « Voilà ets (u des notre maitre! » disent-ils en fichant leur javelot en terre, Is ne changent not é A AER À 1 Rowney, The wild Tribes of India. ; AL A 2 Hooker, Hinmalayan Journals,

| \ Là 13 5 Dalton; — Yule ; — George Campbell, ete. :

| 1 n'4E. 4 Ad. Bastian, Die Vôü!ker der üstlichen Asien,

KHASIA, NAGA, KOUKTI. 399

point facilement de résidence comme les Garro; au contraire, ils habitent, au sommet des collines, des villages permanents, sortes de forteresses défendues par des fossés, des chevaux de frise, des arbres épineux; les chemins d'accès sont tellement étroits, que deux hommes ne peuvent ÿ marcher de front, et en temps de guerre on les parsème d'obstacles de toute sorte, Naguère les Naga ne se tatouaient le visage qu'après avoir abattu une lêle, soit par ruse, soit en combat, et en avoir fait présent à leur fiancée; comme les pirates de Bornéo, ils allaient chasser l'homme. Ces hommes sanguinaires ont néanmoins de grandes qualités : ils respectent la parole donnée, se dévouent volontiers pour le salut de la commune, entretiennent pieusement les enelos où reposent leurs morts. IIS cultivent la terre avec intelligence et sont appréciés comme travailleurs dans les plantations d'arbustes à thé, qui remontent peu à peu les pentes et qui finiront par conquérir le territoire des Naga, plus sûrement que les expéditions des cipayes anglais. C'est à 70 000 individus que l'on évalue l'ensemble des tribus naga.

Voisins méridionaux des Naga, les Kouki occupent la région des montagnes jusque dans le Tipperah et dans le district de Djittagong. Euxmêmes ne se connaissent point sous ce nom générique, employé souvent par les gens de la plaine avec une intention d'insulle ; sans aueune eohésion nationale, ils n’ont d'appellations que pour les tribus et les elans épars dans les clairières de leurs forêts". Ts ont pour là plupart un air de parenté : on les reconnait à leur petite taille, à leurs membres museuleux et ramassés, à leur teint presque noir, à leur face aplatie; quelques-uns auraient, dit-on, les jambes très courtes et les bras d’une longueur disproportionnée, Un langouti pour les deux sexes, une écharpe pour les femmes, un turban pour les hommes, tel est, avec des ornements de métal, tout le costume des Kouki. Une peuplade, celle des Lounkta ou « Nus », est presque sans vêtements : une marâtre, dit la tradition, les à dépouillés pour donner leurs habits à des fils mieux aimés ”*. Dans la multitude des tribus Kouki, dont les unes sont en relations avec les Barmans, d’autres avec les Bengali, d’autres encore vivent complètement isolées, on rencontre tous les degrés de la sauvagerie et de la demi-civilisation, Tandis que des sauvages de cette race obtiendraient encore le feu par le frottement du bois et se serviraient de cendres de bambou au lieu de sel pour assaisonner leur nourrilure, des peuplades telles que les Tipperah prétendent au titre d'Hin-

* Woodthorpe, The Lushaï Expedition.

& Mac Rac, Asiatick Researches, vol, NII, 1805,

400 NOUVELLE GÉOGRAPIIE UNIVERSELLE,

dous et pratiquent des cérémonies d'origine brahmanique. De tous les

Kouki, les plus puissants et les plus redoutés des Anglais sont les Louchaï, sil

qui vivent au sud du pays de Manipour, dans les montagnes qui séparent re

le pays de Tipperah et la Barmanie. Maintes fois le gouvernement du Ben- : j

gale a dû envoyer des expéditions contre ces clans de pillards, qui ont un fe

talent remarquable pour les ouvrages de défense et combattent avec une je

rare intrépidité, insoucieux de la mort quand ils se trouvent face à face a

avec l'ennemi. Îl n’est pas de pays où la vendetta soit pratiquée avec plus ie

de rigueur que chez les Louchaï. Ils se vengent mème des animaux et des Le

arbres. Quant un tigre à dévoré un homme, le parent de la vietime le ci

poursuit jusqu’à ce qu'il l'ait abattu et qu'il en ait bu: sang ; quand un .

arbre est tombé sur un indigène, il faut l’abattre et le mutiler, en ré- si

pandre la sève, Les Louchaï tiennent peu aux ornements, mais ils pren- ; ie

nent un soin extraordinaire de leur chevelure. se

Les régions montagneuses de la frontière de l’Assam sont habitées par de

d’autres peuplades, de race indo-chinoise, telles que les Khamti, les Singp'o l°

ou Kakyen, mais ces tribus ne sont représentées sur le versant du Brahma- U.

poutra que par des clans peu nombreux; e’est dans le bassin de l’Irraouaddi +

que s'étend la plus grande partie de leur territoire. Toutefois les mon- o

lagnes ne sont pas les seules contrées de T'Assam où vivent des tribus se

tenant à l'écart des Hindous, Les régions forestières et marécageuses appar- %

tiennent encore aux populations primitives. Ainsi plus de 40 000 Mikir, se da

groupant pour la plupart en de grandes maisons, communes à plusieurs Ps

familles, habitent les elairières des bois qui séparent les montagnes des 18

Khasia et le cours du Brahmapoutra : ils forment un peuple de travailleurs l'

pacifiques, vivant en parfaite amitié. Une autre nation, beaucoup plus con- É

sidérable et composée probablement de plus de 200 000 individus, celle des :

Bodo, a ses clans parsemés dans toutes les parties de l'Assam, aussi bien Re

dans le bassin du Barak que dans celui du Brahmapoutra; même quelques- di

à) unes de ses familles se rencontrent jusque dans le haut Bengale et le u ue leraï népalais; enfin les Dhimal, au nombre d'environ 15000, peuplent, 4 à 1 |: à côté des Bodo, les forêts de sal qui longent la base des monts occidentaux : 1 du Bhoutan. p QUE RS La grande nation des Bodo, dont le domaine forme ainsi un vaste demi- ” : Fe cercle autour des monts de l'Assam, est généralement connue sous le nom ù A de Catehari, et c'est probablement d'après elle qu'est désigné le distriet de à

ÿ A Catehar, sur la frontière de la Barmanie et du pays de Manipour. Les Bodo : 4 | 1 se qualifient eux-mêmes de Rangtsa ou « Gélestes » ; la région où ils se sont }

groupés le plus nombreux est le Kamroup, c’est-à-dire la contrée péninsu-

Page 1