‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 192 sur 471 · EE EE · texte numérisé non relu

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laire comprise entre le Brahmapoutra et le Manas. Habitant un territoire aussi étendu et se trouvant en rapports commerciaux avec les populations les plus diverses, les Bodo ont dû naturelleraent changer en s’accommodant aux différents milieux. Plusieurs de leurs peuplades ont adopté certaines coutumes de leurs voisins hindous et prennent le nom de Soronia ou « Purifiés », parce qu'ils s'abstiennent des viandes défendues et pratiquent, sous la direction des gourou, les ablutions commandées, D'autres, vivant dans l'Assam oriental, près de populations bouddhistes, ont des lamas, au lieu de gourou, pour initiateurs religieux", Mais, sivaites, bouddhistes ou paiens, les Bodo ont gardé avec une fidélité remarquable leurs mœurs originaires, el presque partout ils se distinguent nettement des populations d'autre origine avec lesquelles ils se trouvent en contact. Leur type ne ressemble nullement à celui des Aryens : la saillie des pommettes donne à leurs figures la forme d'un losange; ils ont le nez aplali, percé de larges narines, de petits yeux et de grosses lèvres, au-dessus desquelles la moustache montre son léger duvet; par l’ensemble des traits et la nuance olivâtre de la peau, ils ressemblent aux Dravidiens de l'Inde méridionale. Leur langue à flexions, toute différente des idiomes d’origine sanserile, présente aussi, d’après Hodgson, les mêmes caractères que les idiomes dravidiens; les vocables de provenance aryenne y sont très peu nombreux, ce qui provient sans doute du soin avec lequel ils se sont maintenus à l'écart des maitres du pays. Mais les termes qu'ils ont empruntés prouvent qu'avant de connaître les Aryens ils n'avaient aucune idée de l'agriculture proprement dite, ne possédaient ni chevaux, ni charrues, n’employaient point de monnaies et n'avaient pas su préciser leurs abstractions.

Comme agriculteurs, les Bodo ne sont pas moins nomades que les Garro. Rarement ils eultivent le même sol pendant plus de deux années conséculives et restent plus de six ans dans un même village, S'ils reviennent dans le même pays après avoir laissé pendant quelques années les terrains en jachère, ils ne construisent point leurs cabanes sur l'emplacement des anciennes, par crainte des esprits. Jamais ils ne cherchent à devenir propriétaires du sol qu'ils cultivent; ils se présentent partout comme fermiers et payent leur rente soit en argent, soit en produits du sol ou en corvées, mais il est rare que cette redevance soit considérable, parce que des hommes d'autres races ne pourraient culliver sans danger les terres humides qu'ils prennent en location. Malgré l'insalubrité du lieu de séjour, ils sont plus forts et plus dispos que leurs voisins vivant sur des terrains

t Hodgson, The Aborigines of India ; — Dalton, Ethnology of Bengal. ù!

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asséchés, [ls se distinguent aussi par des qualités morales. Très réservés avec les étrangers, ils se montrent tels qu'ils sont dès qu'on à su obtenir leur confiance : d'après le témoignage de tous les voyageurs, ils sont à la fois doux et modestes, mais sans aucune bassesse, honnêtes, véridiques, laborieux, modérés, toujours maitres d'eux-mêmes, portés à une gaieté tranquille. Is ont pour la femme un respect singulier, la traitant avec déférence et la consultant dans toutes les occasions de la vie; mais, quoiqu'on les considère souvent comme étant de même race que les Garro, ils n'ont point d'institutions qui rappellent le matriareat : chez eux, ce ne sont point les jeunes filles qui demandent leur futur en mariage et simulent un enlèvement; au contraire, c'est contre elles que S'accomplit le simulacre du rapt, convenu d'avance. Parfaitement égaux les uns aux autres, ils ne se divisent ni en tribus, ni en castes, toutes les familles de Bodo, apparentées ou non, se considérant comme ayant les mêmes droits, IIS n'ont point, comme la plupart des nations indigènes, d'ouvriers de race étrangère qui Lavaillent chez eux pour tisser leurs étoffes, bâtir où décorer leurs demeures, ils font eux-mêmes tous les travaux nécessaires et s’entr'aident à l'occasion ; quant aux objets qu'ils ne sont pas assez habiles pour fabriquer, ils Les achètent aux Hindous. Il est bien rare que des disputes éelatent dans leurs villages, cependant il se présente des circonstances dans lesquelles le conseil des anciens doit intervenir; et dans ces cas le coupable est réprimandé publiquement, parfois même expulsé, lorsque sa présence dans lt communc constitue un danger public, [n’y a point de elasse héréditaire de prêtres; se fait qui veut € prieur » publie, mais sans obtenir aucun pouvoir en échange de ses services, D'ailleurs les cérémonies religieuses sont des plus simples : elles se bornent à l'invocation de « Farmée des étoiles », des forêts, des montagnes, de toutes les grandes choses de la nature, et surtout des rivières; de même que les Hindous, les Bodo adorent les gunga de leur pays. Comme leurs voisins les Dhimal, qui ne diffèrent d'eux que par la langue, ils vénèrent aussi certaines plantes, notamment une espèce d'euphorbe appelée id}, très riche en sue laiteux 11 ne manquent jamais de cultiver cette plante dans les jardinets de leurs cabanes, Pareille cou- Lume se retrouve chez les indigènes d'Orissa!,

La nation des Kotch où Kouteh, encore beaucoup plus nombreuse que celle des Bodo, serait représentée dans l'Inde nord-orientale par un million d'individus, Elle est répandue dans toute l'étendue du territoire compris entre le Gange, l'Himalaya et les monts de la frontière barmane: mais la

* Hodgson, Aborigines of India; Kotch, Bodo and Dhimal Tribes.

BODO, KOTCH, ASSAMAIS. CAL

région du Bengale où elle se présente en force est celle qui est désignée sous le nom de Koteh-Behar, c'est-à-dire < Moûtier » des Kotch, et qui a gardé son rang parmi les États de l'inde dits indépendants. Les Pani-Koteh, qui vivent à la base des montagnes des Garro, ressemblent à ces indigènes, ont les mêmes pratiques matriareales! et sont probablement de li même souche ethnique; mais les autres Kotch se distinguent nettement des diverses populations de linde septentrionale par leur peau presque noire, leurs grosses lèvres, leur mâchoire avancée, leur barbe floconneuse : on les range d'ordinaire parmi les Dravidiens; quelques anthropologistes les elassent au nombre des négritos, dont les plus purs représentants se trouvent dans les archipels de Asie sud-orientale. Ceux d'entre eux qui ne parlent pas de dialectes d'origine hindoue ont un langage qui se rapproche de celui des Meteh. Mais le mélange des Kotech avec les Hindous et les \ssamais de diverses provenances à eu pour résultat une si grande variété de types, qu'il est désormais impossible de les classer d'une manière certaine. Ceux qui appartiennent à de riches familles se croiraient insultés si on leur donnait le nom de Kotch: ils prétendent descendre de Kiva et ont pris Fappellation vaniteuse de Radjbansi ou « Fils de Rois ».

La population civilisée des plaines de F'Assam, à laquelle S'entremélent les groupes errants des Dhimal et des Bodo, ainsi que les tribus des Kotel et des Metch immigrés de l'ouest, appartient pour une forte part aux races de la péninsule indoæhinoise, Le bassin septentrional du Brahimapoutra communique par des seuils si peu élevés avee Ta vallée de Firraouaddi, que des envahisseurs de l'est purent fréquemment pénétrer dans l'Assam et se mèler aux populations aborigènes. Les Tehoutiva, qui dominaient dans FAssam oriental au commencement du quatorzième siècle, élaient peut-être les descendants de tribus siamoises, quoique le dialecte d'une de leurs tribus du haut Assam semble plutôt se rattacher à la langue des Bodo”. Presque complètement indianisés depuis des siècles et vivant sous la tutelle de prêtres brahmanes, ils se distinguent des autres eastes dites hindoues par la forme arrondie etles traits aplatis du visage. Quant aux Ahom, qui succédèrent aux Tehoutiya comme maitres de F'Assam, 1 sont incontestablement d'origine orientale : ce sont les frères des Chan de la frontière du Yuannan; mais depuis les premiers temps de leur immigration, qui date du treizième siècle, ils se sont bien modifiés par leurs alliances

avec les femmes indigènes et hindoues. Nous leur gouvernement, les

1 Dalton, Ethnology of Bengal,.

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