‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 20 sur 471 · N° 90. — TOURNOIEMENT DES RIVIÈRES SAINTES AUTOUR DE L'ANEOUT · texte numérisé non relu

N° 90. — TOURNOIEMENT DES RIVIÈRES SAINTES AUTOUR DE L'ANEOUT

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il cherchaient à retrouver partout une symétrie de formes qui n'est point

Eh NOUVELLE GEOGRAPINE UNIVERSELLE.

dans l'architecture des montagnes et létoilement des vallées, Toutefois 1 est certain que pour eux les prineipaux mass de FHimalaya n'étaient 0 pas ceux auxquels les explorateurs modernes donnent le premier rang. De même que les voyageurs du centre de l'Europe, suivant les cours des grandes rivières, Rhin, Rhône, Tessin, se voyaient, pour ainst dire, guidés vers le groupe centrai du Saint-Gothard, et le prenaient naturellement pour le faite du continent, de même les pèlerins de l'inde, remon ant le cours de leurs fleuves, Sindhou, Katledj, Djamna, Gange, el voyant se dresser des monts inaccessibles entre les sources de ces courants sacrés, S'imaginérent que Br Siégeaient les dieux éternels, contemplant les abimes du monde: c'est li que Sélèvent le Mérou, € montagne d'or », et le Nringavale revêtu de tous les métaux », le Kaïlas « formé de pierreries », le Nila «fit de lapislazuli »°, Les légendes relatives à cette contrée mystérieuse devinrent plus nombreuses de Sièele en siècle eUtoute réalité fit par disparaitre sous le tissu des fables, C'est ainsi qu'au septième siècle, lorsque le pèlerin chinois Hiouen-thsang parcourait FHindoustan, le mont Ancoutä où Noumilou, c'est-dire le mont « formé de quatre choses précieuses »,

et représenté comme S'appuyant sur une roue d'or el baigné par les

eaux d'une vaste mer. De ses flancs S'élance € limmortel Océan » divisé en quatre rhières saintes, qui lournotent en des vallées concentriques pour rester longtemps près de là montagne mère : ce sont les restes des Silons tracés par la charrue des dieux

Par un sentiment naturel de vénération pour tout ee qui n'a point d'égal, ceux qui contemplent Fimalaya sont disposés d'avance à frémir d'admira- Uon devant Fincomparable beauté des cimes éelatantes, par delà lesquelles S'étendent les mornes plateaux du Tibet. Mais, fussenteelles inférieures en altitude aux Andes où au Caucase, les montagnes du faite de Asie n'en offriraient pas moins un des tableaux les plus imposants de la Terre par la multitude et li forme Superbe des sommets, que Fon apercoit des plaines de lindonstan, vaporeux et doux comme S'ils étaient plutôt des jeux de lumière que d'énormes assises de rochers, Presque tous les lieux Bumeux où <e rendent les voyageurs pour jouir d'une vue d'ensemble sur une partie considérable de La chaine sont déjà fort élevés, au liers où même à la moitié de la hauteur des eimes que limite Fazur lointain: mais de profondes vallées S'ouvrent au pied de ces observatoires.

Des forêts de la zone subtropieale, qui se montrent comme dans un

2 Maha-Bharata, Bhisma-Parra, Uad. y p. Fauche,

2 Willord, Asatie Researches: — Siunislas Julien, Histoire de la vie de Ionen-thsandg.

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HIMALAYA, HINDOU-KOUCI, 59

abime, le regard peut remonter vers les pentes revètues de la végétation des zones lempérées, puis vers les päturages alpestres et les neiges qui ont valu ses noms divers à Himalaya, Himavat, Himadri, Himatchala, Himodava (Aemodus, Imaüs). Dans immense amphithétre des montagnes qui s déroule de Fun à Fautre côté de l'horizon, les pies ou les dômes de la hauteur du mont Blane d'Europe sont encore gris de débris ou verts de gazon pendant une partie de Fannées mais à une fuble distance audessus, la neige recouvre les pentes en tout temps. Sur l'énorme socle des alpes verdoyantes où rocheuses, se dressent. d'autres alpes toujours blanches, si ee n'est quand le soleil le ore où que ombre les bleuit, et, dominant tout cet amoncellement de pyramides neigeuses, apparaissent des pointes terminales, mviolées par l'homme, d'autant plus hautes en apparence qu'on les sail inaccessibles, Du sommet de ces pics, Sil les atteint jamais, le gravisseur pourra contempler à la fois les plateaux du Tibet et les plaines de l'inde, la vallée que S'est creusée le Tsangbo el les exmpagnes dans lesquelles serpentent le Gange et a Djamna. d

La limite de séparation entre Fimalaya, le Karakoroum et Findoukouch, qui forment ensemble ke Ceinture rocheuse de la Terre », est pue rement conventionnelle, En effet, la vaste région, d'environ 600 000 kKilomètres carrés, que linitent les plateaux du Pamir et du Tibet, les plaines de Yarkand et du Pandjab, est dans toute son étendue hérissée de monlignes élevées: à l'exception de quelques bassins lacustres, encore cmplis où déjà vidés, el des gorges profondes où coulent les rivières, tout le pass m'est qu'un labyrinthe de massifs et de chaïnons qui <e rattachent diversement aux arêtes prinéipales du pourtour; soit par la nature géolowique des roches, soit par la forme du relief où la direction moyenne des rangées, les trois systèmes orographiques 'entremélent et se pénètrent. Cependanton peut dire, d'une manière générale, que les monts Himalaya S'arrètent au sud de la vallée de Gilgitfs ils ne dépassent guère l'indus, et le détilé par lequel ce fleuve S'échappe des hautes vallées se trouve à peu près sur le même méridien que le nœud de montagnes où a chaine de l'Hindou-kouch se ramifie pour former les arêtes du Karakoroum et du Kouentun. Tandis qu'à l'ouest de lindus la direction normale des axes montagneux est celle du sud-ouest au nord-est, les crètes des monts situés à l'est du fleuve S'allongent précisément dans le sens opposé, e'est-èdire du nord-ouest au sud-est, parallèlement aux vallées Supérieures de Findus

el de ses affluents. Quant aux limites orientales du système himalayen, le

: Trelawnes SKaunders, Sieffield meeting of Ue British Association, ANT9.

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40) NOUVELLE GÉOGRAPITE UNIVERSELLE,

problème n'est pas encore résolu, La plupart des auteurs, acceptant lhypothèse de Rennell sur l'identité du Tsangbo et du Brahmapoutra, prolongent l'Himalaya jusqu'à li percée par laquelle ce fleuve s'enfuirait vers l'Hindoustan; mais ce n'est lt qu'une supposition ajoutée à d'autres suppositions, puisque les explorateurs n'ont pas encore visité ces contrées el qu'on ignore loujours ki marche des rivières qui les traversent et la direclion des rangées de montagnes qui les dominent, Ge qui est certain, c'est que dans le Bhoutan oriental les arêtes franchies par le voyageur Nain- Singh appartiennent bien au système de Fimalaya, et qu'à 900 kilomètres plus à l'est, sur les bords du Loutzé-kiang ou Salouen, les monts, se dirigeant du nord au sud, font partie d'un système orographique dits férent, Les explorations où même les conquêtes qui ne peuvent manquer de se faire prochainement dans ces espaces inconnus, nous diront comment les arètes de l'Himalaya et celles du Tibet oriental se raccordent par des massifs intermédiaires,

Dans son ensemble, la chaîne de monts qui borde extérieurement le plateau tibétain, se développe € en forme de cimeterre » au nord et an nord-est de l'Hindoustan, en tournant sa convexité vers les plaines. Ka lonsueur dépasse certainement 2200 kilomètres, et sa largeur moyenne, des avant-monts de la plaine du Gange à la fosse profonde du Tibet dans laquelle passe le Tsangho, est d'au moins 290 kilomètres. L'espace recouvert par ces montagnes est done bien plus considérable que celui de la France entière; répartie sur l'ensemble des continents, la masse de l'Himalaya, en évaluant sa hauteur moyenne à 4000 mètres seulement, représenterait plus de IS mètres d'épaisseur, Mais dans eette évaluation on ne lient aucun compte de la chaîne bordière proprement dite du haut plateau de Khatehi, Gette chaîne, on le sait, continue, parallèlement à imalaya, la rangée des monts Karakoroum, et sous divers noms se prolonge au nord des sources du Natledj et de la vallée du Tsangbo, puis, au sud du Tengri-nor, se confond avec le massif du Nindjin lang la: c'est la crôte que plusieurs géographes, depuis Klaproth, désignent sous le nom de Gang-dis-ri, Un des monts les plus fameux de Ta mythologie hindoue, la pyramide du Kaïlas, dont les neiges se reflètent dans les eaux du lac Mansaraour, est l'un des sommets de cette chaîne du Gang-dis-rt el se trouverait par conséquent en dehors de Fimalaya des géographes : 11 est pourtant, dans l'histoire poétique el religieuse des Indes, le mont le plus sacré, et son nom se confond avec celui du Ciel,

L'Himalaya, sans le Gang-dis-ri, se compose de deux chaînes parallèles,

l'Himalaya proprement dit, c'est-à-dire la rangée méridionale, qui se dresse

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immédiatement au-dessus des plaines de linde, et le Trans-Himalaya, que limite au nord la dépression où coule le Tsangbho, De ces deux chaines, c'est le Trans-Himalaya qui doit être considéré comme formant la ligne de faite, quoique ses principales eimes où langour nw'atteignent peut-être pas la hauteur des sommets de l'Himalaya du sud. Nur un espace de près de 800 kilomètres, les monts du Trans-Himalaya se succèdent régulièrement, sans laisser entre eux une seule brèche par laquelle puissent S'échapper les eaux de la dépression médiane située entre les deux chaines, La rangée du sud, au contraire, celle que dominent les colosses Tehamalari, Kintehindjinga, Gaourisankar, Davalaghiri, est pereée de vallées et de gorges profondes livrant passage à de nombreux affluents du Gange, la Kosi, le Gandak, ia Karnali, la Kali et les hauts tributaires, Maknanda et Baghi- «ali ganga. La chaine se trouve ainsi découpée en de nombreux fragments où massils, dont quelques-uns ont l'apparence de groupes complètement isolés et qui ne s'alignent pas avec la régularité des crêtes ordinaires !, Immédiatement à l'ouest des sources du Gange, une percée, plus prolonde que les précédentes, s'ouvre non seulement à travers l'Himalaya, mais aussi à travers la chaîne parallèle du nord; le rempart est coupé en entier par le cours du Satledj, qui, après avoir suivi, du sud-est au nordouest, la direction générale de l'axe himalayen, s'échappe par une succession de cluses pour aller rejoindre lindus vers le sud-ouest, Au delà, le Tehinab, moins puissant que le Satledj, nait entre les deux chaînes et n'a qu'à traverser la rangée méridionale de F'Himalayas en est de même du Djhilam, qui naît dans le bassin de Kachmir; mais l'Indus reçoit ses premières eaux sur le plateau mème du Tibet, au nord de tout le système himalayen. Comme le Satled}, il coule d'abord dans la direction du nordouest pour chercher une issue; toutefois 11 ne peut trouver de brèche qu'à l'endroit où ilse rapproche des contreforts méridionaux de l'Hindou-kouch, Le Chayok où «€ Indus femelle », qui rejoint l'Indus « mâle » à une grande distance en amont de la percée, appartient déjà par ses affluents du nord à la région du Karakoroum, la chaîne des « Eboulis Noirs ».

Les érosions ont ainsi découpé tout le versant occidental du Tibet en angées distinctes, généralement orientées dans le même sens que l'Himalaya et le Trans-Himalaya; mais les arêtes sont si nombreuses et leurs ramifications s'entremélent tellement, qu'il est difficile d'en reconnaitre partout avec certitude la direction normale. L'Himalaya proprement dit se continue au delà du Satledj par les monts que limitent au nord les éboulis

, ? Herbert: — Strachey; — Medlicott, Memoirs of the Geological Survey of Bdia, AR65.

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42 NOUVELLE GÉOGRAPIIE UNIVERSELLE,

et les talus de sable de la vallée du Spiti, puis au delà il forme Farète du Lahoul méridional et le Pandjal, qui domine au midi la plaine de Nachmir, C'est la chaine que Cunningham appelle dans son ensemble Pimalaya moyen et qu'accompagne au sud, dans une partie de son développement, la rangée du Dhaola-dhar où des € Monts Blanes ». Quant au Trans- Himalaya, il se prolonge par la crête de Bara-lateha où de Zanskar, puis, en dec des gorges de l'Indus, se redresse pour former la pyramide superbe du Nanga Parbat où Dijarmir, borne nord-occidentale de Findoustan, C'est au Trans-Himalaya qu'appartient, dans la partie occidentale du système, bn prééminence pour li hauteur des sommets, Au nord de cette chaine, une autre crête, que l'on pourrait nommer € montagnes de Leh », d'après la ville située à sa base méridionale, se développe en une longue saillie presque insulaire, limitée d'un côté par l'indus, de Fautre par le Ghayok, le Pangkong et un affluent de ee lae d'eau saumâtre, Enfin le Karakoroum luizmème, dont les chaines et les chainons ont été dégagés de la masse uniforme du plateau et sculptés, pour ainsi dire, par les érosions, ressemble aux rangées parallèles de l'Himalaya par la forme et orientation de son relief : seulement ses pies sont beaucoup plus élevés que ceux de FImalaya occidental, les neiges et les glaces qui lui ont valu le nom de Mouslagh où de € Monts Neigeux », couvrent une surface beaucoup plus étendue, et ses cols sont plus difficiles à franchir, Un mont du Karakoroum, le Dapsang, n'a de supérieur en altitude que le Gaourisankar et dépasse le Kintehindjinga; en moyenne, les seuils connus par lesquels on pénètre de la vailée de l'indus dans celle du Kara-kach où du Yarkand-daria, n'ont pas moins de 5700 mètres, tandis que les cols de l'Himalaya et du Trans- Himalaya s'ouvrent à 5425 mètres, hauteur qui dépasse de 600 mètres celle du mont Blanc d'Europe’. Faite des versants entre le bassin de l'Indus et celui du Tarim, le Karakoroum est devenu par cela même la véritable limite de l'Hindoustan, Toute la région de monts et de ravins qui continue au nord-ouest les mornes plateaux du Grand Tibet et dont une

partie est désignée parfois sou les n le & petit Tibet », de « Tibet des Abricots », de @ Tibet! en », est entrée dans le cerele d'attraction de l'histoire hindou trouve sous F lomination britannique par l'intermédiaire du rajah de Kachmir; l'Hindoustan, comme groupe d'Élats

politiques dépendants de FAngleterre, est ainsi devenu limitrophe du Turkestan chinois par les seuils du Karakoroum. Mais à lorient des provinces kachmiriennes, la frontière de Finde anglaise, ou Nepal et du Bhou-

1 Hésmann von Schlagintweit, Reisen in Indien und Hochasien.

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