‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 273 sur 471 · CINGHALAIS, MAURES ET TAMIL · texte numérisé non relu

CINGHALAIS, MAURES ET TAMIL

langues aryennes'. Sa littérature, conservée sur des feuilles de talipot, est riche en livres de morale, en chants religieux, en ballades populaires. La plupart des ouvrages, même les grammaires et les recueils de formules, sont écrits en vers; tel poème pali a plus d’un demi-million de stances. Le document le plus précieux, le Mahaiwranso, est un recueil de chroniques comprenant l'histoire de toutes les dynasties, entre le troisième siècle de l'ère vulgaire et le milieu du dix-huitième. Tandis que les Hindous de la terre ferme se détachaient de la religion bouddhique, qui dominait jadis sur la Péninsule, les Cinghalais restaient fidèles au culte que leur avaient apporté les missionnaires de la « Grande Doctrine », 11 y a bientôt vingtdeux siècles. Cependant leur bouddhisme n'est pas identique à celui des Barmans, des Siamois et des Tibétains: l'éloignement, le contact avec des populations différentes ont eu pour résultat de séparer graduellement les communautés religieuses. Certaines pratiques sivaïtes et vichnouïtes se sont maintenues ou ont pénétré dans les temples de Ceylan. Les emblèmes du sivaisme se retrouvent en nombre de sanctuaires, notamment à Matoura, sur la côte méridionale, et les adorateurs bouddhistes n’en sont nullement troublés dans leurs prières*. De mème des milliers de convertis au catholicisme sont restés sectateurs de Bouddha”.

Toute la partie septentrionale de File est habitée par des immigrants lamii venus à diverses époques et ne différant en rien de leurs frères de race qui vivent de l'autre côté du détroit. Lors des premières invasions, ils étaient en général désignés sous le nom de Malabares, quoique la côte de Coromandel fût leur principal lieu d'origine; leur nombre ne cesse de s'accroitre, grâce à l'immigration pacifique des travailleurs hindons, actuellement les seuls cultivateurs des campagnes que dévastèrent leurs ancèlres. La région dans laquelle ils s'établissent étant la plus fertile de Ceylan, quoique la plus négligée, il est probable qu'ils deviendront peu à peu l'élément dominant de la population. En IS74, ils ne représentaient guère plus du cinquième des habitants: actuellement ils en forment le quart, et lors de la récolte du café, 60 000 à 160 000 des leurs s'ajoutent

! Max Müller; — Caldwell; — Lassen; — Goldschmidt; — Cüildren; — R. Cust, Les religions et les langues de l'Inde.

* Geographische Gesellschaft in Bern, #** Jahresbericht, 1881-82.

3 Population de l'ile, classée approximativement par religions en 1881 :

Bouddhistes. . . . . . . . . . . 1 700 000 habitants. LE LL. AR EN or DA OU er 2 A 600 000 »

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à la population flottante". Les € Maures », nombreux non seulement dans les villes du littoral, mais aussi à l'intérieur, sont de mème origine que les Moplah du Malabar et les Labbaï du Coromandel : ils descendent d’Arabes croisés avec les indigènes. Quant aux Portugais et aux Holiandais, on ne les rencontre plus guère qu'à l'état de métis. Tandis que les pre- 1 miers sont pour la plupart domestiques et hommes de peine, les arrièrepetits-fils des Hollandais, connus sous le nom de Burghers, constituent là

classe moyenne dans les villes, où ils forment le meilleur appui de la do- & i mination anglaise *; c’est parmi eux surtout que sort choisis seribes, huissiers, avocats et juges. Ils ont oublié leur langue. tandis que les métis portugais parlent encore un patois corrompu de lusitanien. De: Cafres, des Nèyres, des Arabes, des Parsi, des Malais de Java et d’autres îles, des Chinois, sont aussi au nombre des résidents étrangers qu'appellent le commerce et la culture du cafier, de arbuste à thé, du einchona. La forme des bateaux à flotteurs latéraux (outriggers) qu'on emploie depuis un temps immémorial à Pointe de Galle comme dans les iles malaises, prouve que Ceylan et la Malaisie étaient en relations bien avant que Taprobane fût connue des Occidentaux.

Djaffna où Djaffnapatam, là « Ville du Joueur de Lyre », capitale du nord, est située en dehors de l'île, sur la terre de coraux et de sable qui s'avance entre le détroit de Palk et le golfe du Bengale. Défendue par une vaste citadelle pentagonale de construction hollandaise, Djaffna ressemble plutôt à un jardin qu'à une cité : seulement quelques maisons à vérandas et à terrasses se montrent au milieu des bosquets de cocotiers et de palmiers<éventails ; sept millions d'erbres de cette espèce croissent dans le territoire de Djaffna. Ville très active, peuplée depuis vingt-deux siècles par ces infatigables Tamil qui émigrent vers loutes les côtes de l'océan des Indes, elle commerce avec la grande terre de Ceylan, mais la mer est trop basse devant Djaffna pour que les navires viennent y mouiller: ils s'arrêtent

* Andrew Anderson, Notes manuscrites ; — Ferguson, Handbook for Ceylon. + Calcutta Review, 1876.

3 Population de l'ile, classée approximativement par races en ISSI : Cinghalais + . . . . rs te 1 S40 600 habitants

Hindous tamil, . . . , . . + . . +. ANR CSS L CL » PU PR TES TO EC UE PL 12 000 , k Hollandais, Burghers, Portugais métis, Eurasiens . . 15 500 ; Européens, dont un quart militaires. 4 « - - . 62% »

Malais, Javanais, Cafres, Nègres, Veddah et Rodiva . 15 000 »

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DJAFFNA, MANTOTTE, ARIPO. 601

de l’autre côté de l'ile, près de la pointe Pedro, ou bien à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest, près de l'ilot Leyden.

La ville de Mantotte, située au sud, sur la rive du chenal peu profond qui sépare Manaar de Ceylan, est un € jardin », ainsi qu'indique prebablement son nom : toutefois d'autres étymologistes donnent à cette appellation le sens de € Grand Bac > : un port aurait reçu en eet endroit les passagers venus par le pont de Rama. Près de là, Aripo est la principale station des pécheurs de perles, et pendant la saison elle se peuple d'une

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mullütude d'immigrants : la plage se couvre de tentes, là mer est parsemée de bateaux. Mais ce n'est pas chaque année que l'on peut se livrer à là récolte des huitres perlières. Après avoir exploité les banes à outrance, le gouvernement anglais, qui s’en est attribué le monopole, en interdit la pèche pendant un certain nombre d'années, jusqu'à ce que les fonds soient repeuplés. Ike 1835 à 1S54, les pècheurs se reposèrent, et la première campagne qui suivit donna 7 millions d'huitres. En 1865, la pèche fut interrompue de nouveau pour une période de dix ans, mais, après cet intervalle, on ne pècha que ? millions de mollusques. La saison de ISS0 est la meilleure que l'on ait eue * pour le nombre des perles, mais elles se * lèche de IS80 : 55 258 966 huitres perhèses. Valeur : 500 (000 francs. «Ferguson. Handbook for Ceÿlon.)

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| 602 NOCVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

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vendent dix fois moins cher qu'au commencement du siècle. Les couches coquillières, épaisses de plus d'un mètre, bordent le littoral sur de vastes

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étendues et permettent de juger des quantités énormes de perles que l'on

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a retirées de ces parages depuis les âges préhistoriques. Au sud de la eûte

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ÿ des Perles, la baie qui sépare la terre ferme de l'ile de Karativo et de la

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1 Es presqu'ile de Calpentyn, est d'une richesse extrême en poisson, et ses pe- 6 4° cheurs en expédient des quantités considérables à Colombo; ils capturent

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TE aussi des lortues et des requins, dont les aïlerons sont envoyés sur les marchés de Chine, ainsi que des holothuries et des algues comestibles, eon-

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nues sous le nom de « mousse de Calpentyn » (chondrus crispus)'. Néanmoins les pécheurs restent pour la plupart très pauvres ; ils ne possèdent ni les bateaux ni les filets qu'ils emploient et sont même obligés de payer un droit aux propriétaires de la grève sur laquelle ïls font sécher le pro- 5! duit de leur pêche; seulement le quart du bénéfice leur est attribué*, et x sur celte somme ils doivent encore prélever le salaire du «€ conjurateur des requins », appelé aussi € enchaïneur de la mer »°. Les coquillages recouvrent le sable de leurs fragments brisés, dont les riverains se servent

pour fabriquer de la chaux. La chapelle de Sainte-Anne, sur là presqu'ile

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de Calpentyn, est pour les catholiques de Ceylan le lieu principal de pèle-

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rinage. Jusqu'à 25 04N) personnes S'y trouvent réunies; les Hindous et les

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RE : mahométans eu:-mèmes ont une grande vénération pour la sainte, qu'ils nomment Hanna Bibi.

C'est à Fest de Calpentvn, au milieu des forêts, sur les rives des étangs

comblés ou changés en marécages, que se voient les débris des aneiennes

capitales de Ceylan, où les habitants se pressaient jadis par centaines de

* milliers. Anaradjapoura, antique Anouradha, qui fut choisie pour rési-

3 dence royale, 114 a plus de vingt-trois siècles, et que Ptolémée mentionn:

sous le nom d'Anurozrammen (Anouradhagrama), n'est plus qu'un village

: n'ayant pas mème un mullier d'habitants. D'après les chroniques, l'enceinte

> de la cité, qui enfermait aussi des champs et des pares, n'aurait pas eu

moins de 25 kilomètres de côté: la superficie d'Anaradjapoura aurait

+ done été deux fois plus grande que ne l'est actuellement celle de Londres.

Le sol est rouze de la poussière des briques; des statues, des tombeaux.

gL des restes informes d'édifices sont épars dans la jongle ; des stoupas ruinées,

; élevant encore leurs coupoles à 60 et 75 mètres de hauteur, se dre

sent au-dessus de la forët comme des pyramides de verdure; des colonnes

” à * Emerson Tennent, Clos.

$ # Geographische Gowilschaft in Bern, ° Jahresbericht, 1881-1882. 5 JE. Yule, The Bock of wr Marco Polo.

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CALPENTYN, ANARADJAPOURA, POLLANAROUA, 605

en pierre par centaines marquent l'emplacement de ce qui fut le fameux « temple d'airain ». Mais de tous les monuments d'Anaradjapoura le plus célebre est le € bo sacré, le Seigneur Victorieux ». l'arbre historique le plus âgé du monde, car il fut planté en Fan 288 de l'ère ancienne, et depuis celle époque les annales ne eessent de le mentionner, Une € voie sacrée », bordée de tombeaux et d'autres édifices, se dirige d'Anaradjapoura vers la montagne de Mihintala, qui <'élève à 12 kilomètres au sud-est. Ce roc désigne l'endroit où descendit le convertisseur des Cinghalais; un escalier de plus de mille marches monte de la base à la pagode du faite, couronnée jadis, dit la légende, d'une escarboucle couleur de feu ; parfois on tendit des étoffes précieuses en tapis continu des palais de la ville au temple du sommet. Du parvis de l'édifice, on voit à ses pieds plus de la moitié de l'ile et le regard s'étend jusqu'aux deux mers.

Au huitième siècle de l'ère vulgaire, Anaradjapoura perdit son rang de capitale et Pollanaroua lui succéda comme résidence, Moins vaste que sa devancière, cette ville s'étendait cependant sur une longueur de 50 kilomètres et une largeur moyenne de 6 kilomètres; maintenant ce n'est plus qu'un village, connu sous le nom de Toparé. Les groujes d'édifices de Pollanaroua sont les plus beaux que possède Ceylan et ceux auxquels la nature environnante prète le plus de charme : les arbres, envahissant les cours et les façades des palais, ont saisi statues et colonnades et les tordent dans les replis de leurs racines; de gigantesques Bouddhas apparaissent à l'extrémité des avenues, dressant leurs têtes au-dessus des rameaux croisés; cà et là des stoupas, presque entièrement cachées par la végétation, ne montrent que le< colonnades et les escaliers de leur base. Les constructions de Pollanaroua , comme celles d'Anaradjapoura, représentent une somme de travail qui n'est peut-être pas dépassée par les pyramides d'Égypte. Une seule des stoupas d'Anaradjapoura fournirait assez de briques pour élever huit mille maisons ordinaires de Londres ou pour construire une muraille épaisse d’un mètre, haute de 5, allant de Paris à la Manche. À Fouest de Pollanaroua, un autre monument témoigne dn prodigieux labeur des anciens Cinghalais : c'est le fort de Ngiri, bâti au sommet d'un roc en forme de pilier, que lon gravit par des marches taillées dans la pierre, à l'extérieur et à l'intérieur de la roche.

Au sud de la baie de Calpentyn. la route du littoral, non encore accompagnée d'un chemin de fer, traverse Patlam, Tehilao (Chilaw), puis Necombo, ville entourée de bosquets de cannelliers, où les métis hollandais et portugais sont proportionnellement plus nombreux que dans toute autre

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604 NOUVELLE GÉOGRAPIIE UNIVERSELLE.

cité de l'île, Au delà d’un grand marigot, la route pénètre dans la capitale actuelle de Ceylan, Colombo, l’ancien Kalan-totta ou & gué de la Kalani », ainsi nommé de la rivière qui s’y déverse dans une petite baie du littoral, abritée des vents du sud par une lin-

N° 138. — DE NEGOMDO À CALTOURA, gue de terre; jadis la Kalani se jetait dans la mer à 4 kilomètres au sud de la baie. Comme la plupart des cités de l'Orient, Colombo se divise en deux cités, la ville noire où vivent les indivènes, cinghalais, musulmans ct tamil, et le « fort » ou ville moderne, habité principalement par les fonctionnaires et les commerçants étrangers:

des allées d’hibiseus et d’autres arbres bordent les rues, et souvent la chaussée est parsemée de leurs fleurs jaunes et \ : | rouges. Des terres basses et sablonneuses, les eaux d’un marécage, le manque d’abri dans la rade constiluaient de grands désavantages pour une capilale. Il est vrai que jadis Colombo se trouvait au centre des jardins produisant la précieuse écorce de cannelle; mais le gouvernement dut abandonner en 1832 le monopole de ectte denrée, que la concurrence étrangère avait rendu peu rémunérateur :

les résidents remplacent graduellement

par des palmeraies leurs bosquets de

cannelliers. Les plantations de cafiers

établies dans le centre de l’île ont pris

D'apres | Amiraute anâlaise

ÈS = Lo Oa/Orn dela LOrn de 20 1: 659 009

dans le commerce local l'importance

SOmcsdaseos u'avait autrefois la cinnamome, et Co-

ia agEE ET ETR lombo, perdant un élément de trafic, en à conquis un autre d’une valeur décuple. Peu à peu tout le mouvement se concentre dans la capitale, et pour le retenir, on donne à la ville le port que lui avait refusé la nature : une jetée de 12N0 mètres partant de la pointe méridionale de la baie, dans la direction des rochers d'Isaure, enlève à la haute mer un espace con-

la capitale | Kalani », lu littoral, ‘une lani se jetail au sud de »s cités de en deux L les indiins et tamoderne, fonctiontrangors ; res arbres chaussée jaunes et L sabloncage, Je e consliges pour jadis Codes jarécorce de nent dut opole de ee étranérateur :

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COLOMBO, POINTE DE GALLE, 60ù

sidérable où mouillent les plus grands bateaux à vapeur, protégés contre la houle du sud-ouest. Une autre jetée limitera le havre du côté du nord’,

En prévision de la décadence prochaine de leur ville, que les paquebots abandonnent pour Colombo, de nombreux résidents de Pointe de Galle, — où plus brièvement Galle, — émigrent pour le chef-lieu, L'antique cité à

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