CHAINE SALINE, SOULAÏMAN-DAGH
la frontière géographique de l'Hindoustan sont, comme l'Himalaya, les
arêtes bordières d'un plateau et non des monts indépendants, à l'exception
toutefois des rangées qui continuent à l'est la chaine du Satid-koh ou des «monts Blanes » et qui séparent, perpendieulairement au cours de l'indus, ies deux bassins, jadis lacustres, du Pechaver et du Bannou. La principale chaîne du Trans-Indus, qui porte le nom ture de Soulaïiman-dagh (montagne de Salomon), ou de Koh-i-Sourkh où « Chaine Rouge », s'appuie à l'ouest sur les hautes terres du pays des Waziri; de distance en ‘distance elle est percée de brèches, d'où s'échappent en temps de pluie les eaux de rivières Lorrentielles, nées sur les pentes d'une chaîne parallèle, à laquelle on pourrait donner le nom de Soulaïman-dagb occidental, ou de Djadram, des tribus qui en habitent les vallées. Seul de tous les cours d'eau qui traversent le Soulaïiman oriental, le Kouram atteint lindus sans se perdre complètement en route dans les graviers; les autres torrents qui se dirigent vers le grand fleuve, quel que soit le versant d’origine, tarissent à la base de la montagne, dans leurs lits de cailloux qui se déplacent et s’'entremélent à chaque nouvelle inondation. Au nord, larète des montagnes de Salomon se rattache au massif élevé du Safid-koh, que la profonde vallée de la rivière de Caboul sépare des contreforts de lFHindou-kouch; à l'est, le Soulaïman s’unit aussi par des crêtes latérales aux massifs de hauteurs qui appartiennent au prolongement de la chaîne Saline; mais au sud du Kouram elle se dégage et forme une saillie régulière dans la direcüon du nord au sud. Vue de la plaine de l'indus, elle présente un aspect imposant : sa pointe la plus élevée, qui se dresse dans le pays des Waziri, est le Birgoul (5960 mètres); la plus fameuse, connue sous le nom, si fréquent dans les contrées musulmanes, de Takht-i-Soulaïman ou « Trône de Salomon », est un peu moins haute; elle atteint 5545 mètres, Toutes les roches des escarpements sont arides et nues : blanches le jour, elles paraissent transparentes dans Pair du soir.
S'abaissant graduellement vers le sud, la chaine des monts Soulaiman disparait après s'être développée sur une longueur d'environ 600 kilomètres, et l'Indus, qui vient de recevoir les eaux des & Cinq Rivières », contourne au sud les derniers rochers de l'arête pour aller se heurter contre la base d’une autre chaine bordière, limitant à l'est le plateau du Balou- Lehistan, habité par les Brahui, Cette chaine, désignée dans la plupart des cartes sous le nom de Hala, qui s'applique seulement à un eol, et généralement appelée Khirlar par les indigènes, suit, comme le Koulaïmandagh, la direction du méridien et se compose de plusieurs arêtes parallèles, consistant surtout, comme les rangées du Nind, en calcaire num-
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mulitique ; même à l'est de l'Indus, quelques saillies rocheuses, entourées soit par les alluvions du fleuve, soit par les sables du désert, appartiennent à la même formation et peuvent être considérées comme faisant partie du mème système orographique. Moins élevé que le Soulaïman, le Khirtar alleint seulement 2100 mètres par son point culminant, et la plupart de ses pics dépassent à peine 1800 mètres. Dans sa partie méridionale, il s'abaisse graduellement et n’est plus qu'une rangée de collines haute de 600 mètres, puis un simple renflement du sol au-dessus des plaines environnantes, Cependant la saillie se maintient jusqu'au cap Monze, limite yéographique et politique de l'Hindoustan, et même se continue jusqu'en mer par l'ile rocheuse de Tehourna. De même que le Souiaïman, le Khirtar est Lraversé par une rivière qui naît à l'ouest sur les plateaux et qui va se jeter dans l'Indus : c’est le Gadj, dont la vallée offre un passage facile pour remonter des plaines de l'Inde sur les hautes terres du Baloutchistan ‘. On croyait jadis que les chaines bordant à l'ouest la vallée de l'Indus opposaient un obstacle presque insurmontable au passage des caravanes et des armées et qu'un peut nombre de cols seulement pouvaient être franchis. Le Khaïber et le Païwar, au nord du Soulaïman-dagh, au milieu le Goumoul et le Sanghar, le Bholan au sud, telles étaient, disait-on, les seules brèches de ce rempart. Les explorations faites récemment par les géomètres anglais ont prouvé que les chaînes bordières sont au contraire percées d'un grand nombre de cols praticables : Markham en énumère plas d'une cinquantaine. Ge ne sont pas les difficultés de la marche, mais celles des approvisionnements, qui de lout temps ont limité à quelques chemins de montagnes les communications entre les deux pays limitrophes, Bien plus que les escarpements des rochers, les champs de cailloux, les sables, les espaces sans eau et sans culture constituent de ce côté la véritable frontière
défensive.
Les eaux courantes sont réparties d’une manière très inégale dans l'ilindoustan, suivant la marche des vents, la direction et labondance des pluies, Dans l'ensemble de Fhydrographie indienne, le versant du golfe du Bengale est arrosé par une quantité d'eau beaucoup plus considérable que le versant de la mer d'Arabie: il est mème certain que l'extré milé septentrionale du golfe reçoit plus de la moitié des eaux de la Pénin-
1 Medlicott and Blanford, À Manual of the Geology of India. # Proceedings of the Geographical Society of London, jan. 1879.
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SOULAÏMAN-DAGI ET KITIRTAR, RIVIÈRES DE L'INDE. 65
sule. Accourant en sens opposés, l'un de l'occident et l'autre de lorient, le Gange et le Brahmapoutra unissent dans leurs lits toutes les rivières nées dans l'Himalaya, sur une longueur de plus de 2000 kilomètres, et les versent à Ja mer par les cent canaux errants qu'ils se sont formés entre les collines de Radjmahal et les monts Garro. Par cette brèche s'écoule une masse liquide au moins quadruple de celle que la France entière donne à la Méditerranée et à l'Océan. La région du delta commune aux fleuves entremélés semble tenir des deux éléments à la fois, la terre et la mer : les rivages, les iles émergent à peine, et les banes de sable ou de vase viennent presque affleurer la surface de l'eau; les arbres appartiennent aux flots par leurs racines, tandis qu'un lit de boue, amassé autour des trones, indique déjà les empiètements prochains du continent. À l'autre angle de l'Hindoustan, le fleuve, dont le nom est devenu celui de l'Inde entière, correspond symétriquement au Gange et au Brahmapoutra ; il est alimenté par les neiges de l'Himalaya occidental, mélées à celles de l'Hindou-kouch, du Karakoroum, du Trans-[imalaya et mème du plateau tibétain; ja superficie de son bassin dépasse certainement un million de kilomètres carrés; mais coulant sous un climat beaucoup plus pauvre en humidité que le Pengale et l'Assam, il roule une quantité d'eau bien moindre que celle des fleuves orientaux, et même une partie considérable de sa région d'écoulement est un pays de sables arides; néanmoins ilest utilisé par les baieaux et complète avec le Gang + et la mer la ligne de navigation qui mérite à l'Hindouslan le nom de & Péninsule » par lequel ce pays est souvent désigné, À cerlains égards, lfndus, que l'on compare d'ordinaire au Gange comme son fleuve jumeau, présente avec lui un contraste frappant. Tandis que le Gange coule surtout de l’ouest à l’est, en longeant les contreforts méridionaux de l'Himalaya, l'Indus coule surtout du nord au sud, à la sortie de la région des montagnes. De même que son grand affluent, le Satledj, il naît sur le revers de l'Himalaya proprement dit, dans les régions tibétaæmes; enfin, dans son cours inférieur, il ne reçoit plus de tributaires : il est tout formé, bien différent du Gange qui s’'unit au puissant Brahmapoutra. Les ressemblances que les poètes hindons, et à leur suite maints géographes modernes, ont voulu établir entre les deux fleuves sacrés, comme s'il existait entre eux une sorte de parenté mystique, ne sont en grande partie qu'un
jeu d'imaginatier.
Les rivières qui parcourent l'Inde péninsulaire, au sud du diaphragme de monts et de collines formé par le Vindhya, offrent aussi, de l'un à l'autre versant, un remarquable contraste. D'un côté les deux rmières
jumelles, Narbadah et Fapti, nées vers le centre géographique de l'Hin-
TETET.
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