‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 290 sur 471 · HINDOUS ET LEUR NOURRITURE · texte numérisé non relu

HINDOUS ET LEUR NOURRITURE

sont trop nombreuses entre les deux peuples pour qu'il soit possible de fixer avec certitude les causes du contraste. D'abord, il serait inexact de voir dans les sectateurs des religions hindoues de striets végétariens. Presque tous mangent du lait et du beurre; ceux qui vivent sur le littoral marin et sur le bord des rivières se nourrissent de poisson. Une seule viande est défendue, celle du bœuf. Mais, à part cette loi respectée par lous, prévalent les pratiques d'hygiène les plus diverses. La plupart s'abstiennent de toucher au porc et à la volaille, mais ils peuvent manger la chair des brebis et des chèvres; à d’autres l’usage de presque toutes les viandes est permis. En certains districts, les femmes jouissent pour la nourriture des mèmes privilèges que les hommes, tandis qu'ailleurs la viande leur est interdite. Quant aux veuves, elles sont sans exception soumises aux règles d'abstinence. On a remarqué que, par un esprit d'opposition dont toutes les sectes offrent des exemples, les musulmans de l'Inde obéissent pour la nourriture et la vie extérieure à des lois qui sont absolument le contraire de celles des Hindous.

Les céréales qui servent à l’alimentation quotidienne varient suivant les pays : on mange surtout le riz, pur ou mêlé au maïs, dans la région du delta gangétique, dans le Behar et le long du littoral; sur les plateaux l'orge et diverses espèces de millet, le ragi, le djowari, le dadjri, qui croissent sur un sol peu humide; dans les provinces du nord, le froment"; enfin, dans le Cochin, le Travancore, le Madoura, il est des populations qui se nourrissent exclusivement des produits du palmier, pousses, fruits et sève, fraîche ou fermentée. La zone principale du froment, c'est-à-dire le Pandjab et le haut bassin du Gange et de la Djamna, est celle où la race est le plus vigoureuse el résistante, soit parce que sa nourriture est plus fortifiante, soit parce que le sang a été fréquemment renouvelé par les envahisseurs descendus de plateaux de l’ouest, ou plutôt parce que le sol, mieux cultivé et mieux défendu contre les zemindar, nourrit plus généreusement les « fraternités >» qui le possèdent. Le fait capital mis en lumière par les statistiques est que deux cents millions d'Hindous doivent tromper leur faim par une nourriture tout à fait insuffisante. Les vivres coûtent peu, mais les indigènes ont seulement quelques centimes par jour pour se procurer le nécessaire* : la faim règne en permanence. Com-

Mangeurs de riz. « . . . . . . . . . . . . . . . . 15000 000 » de froment, . . - . . es + « + «+ + 80 000 000 » d'orge et de millel. . . « . . . . . . . «+ .« 400 000 000

* Salaire moyen du cultivateur hindou : 60 centimes par jour. Extrèmes : 10 cent. et 2 fr, 50 c. (C1. Markham, East India Progress and Condilivn.)

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ment les hommes ne seraient-ils pas faibles de corps et de santé, en raison mème de la faiblesse des salaires”?

Les épidémies trouvent largement à moissonner dans ces populations épuisées. Le choléra, qui de l'inde s'est parfois élancé sur le reste du monde pour y faire de si terribles ravages, sévit toujours dans les villes de la Péninsule, et le gouvernement anglais doit établir un cordon sanitair. autour des lieux de foire et de pèlerinage pour empêcher le fléau de <: propager. L'éléphantiasis, sous diverses formes, est très commune; dans certaines provinces, le vingtième de Ja population est frappé de ce mal. Dans nul pays il n'y a plus de lépreux; en 1872, on en comptait plus de 102 000 dans les possessions directes de la Grande-Bretagne‘. Parmi les populations hindoues la mortalité moyenne est d'un tiers supérieure à celle des habitants de l'Europe occidentale*. Mais, quoique les maladies endémiques et epidémiques enlèvent chaque année des millions d'hommes qu'une nourriture suflisante eût fait vivre, l'imagination populaire est surtout frappée par les famines qui, dans une seule province, ont parfois fait périr en quelques mois un quart ou n:ême un liers de la population. « Les famines sont une institution de lie, » ont coutume de dire les administrateurs. Depuis 1774, année pendant laquelle dix millions d'individus succombèrent à la faim dans le Bengale et le Behar, vingt et une grandes famines se sont succédé et huit de ces calamités ont fait des victimes par millions. Dans les deux dernières décades, quatre famines ont ravagé diverses provinces de l'Inde. En 1866, le pays d'Orissa perdit plus d'un million d'habitants, le quart de sa population. En 1868, on évalue à 1200000 le nombre de ceux qui périrent dans le Pandjab, et au triple ceux qui succombèrent, en dehors du territoire anglais, dans le Radjpoutana et les États du plateau. En 1874, le désastre tomba sur Ja basse plaine du Gange, et trois années après, sur le Dekkan. À combien s'éleva le nombre des morts? À 1550 000, disent les documents anglais, mais aucune statistique ne tint compte des malheureux qui succombèrent dans le royaume de Haïdarabad et le Maïsour : c’est par dizaines qu’on ramassait les cadavres tombés journellement dans les rues: certains districts, notamment ceux qui environnent Bidjapour et Kaladgi, furent dépeuplés. L'amoindrissement total de la population, dans les deux présidences de Madras et de Bombay et dans le Maïsour, a été de 1 682 575 individus, de 1872 à 1881, et pourtant la ville de Bombay, tout le littoral voisin et

Mahé, Géographie, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. # Mortalité moyenne dans l'Inde, d'après Hunter : 32.57 par 4000.

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GROUPE D'AFFANES

Dessin de A, Sirouy, d'après une photographie de M. Lrauu

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