CASTES DE L'INDE
aucune parenté d'origine, s’adonnant à des travaux différents, et refusant en mainte circonstance d'entrer en relations les uns avec les autres. Ceux d’entre eux qui officient comme prêtres ne constituent qu’une très faible minorité de la classe, et ceux-là mêmes ne s’occupent que rarement de théologie : ils ne s'intéressent guère qu'aux subtilités du rituel et aux questions de preséance". Les nobles brahmanes de l’Aoudh refusent leurs filles à leurs soi-disant confrères du Bengale et ne consentent même pas à manver avec eux. Dans le Tchamba, une classe de bergers, adorant le soleil à son lever, revendique le droit de porter sur l’épaule le fil à quatre brins qui n'appartient qu'aux fils de Brahma; dans les montagnes de Simla, d’autres brahmanes sont laboureurs, portefaix, domestiques, et vendent même leurs filles en esclavage. Dans le pays d'Orissa, il en est que l’on nomme dédaigneusement « Planteurs de Pommes de terre », et dans cerlains districts des Provinces Centrales vivent des « brahmanes de jongles », pauvres colons défrichant péniblement le sol. Dans l'Inde méridionale, il en est qui descendent de pêcheurs, d’autres qui exercent le métier de forserons, d’autres encore qui ont l'emploi dégradant d'agents de police; comme la terre ferme, Ceylan a ses « brahmanes paysans ». Récemment, les représentants des « Cinq Métiers » réunis à Salem ont adressé un mémoire au gouvernement pour protester contre l’arrogance des métis de toute race, qui prétendent les gouverner avec le titre usurpé de brahmanes”. De nombreuses légendes relatives à l'apparition de dieux qui venaient transformer en « deux fois nés » des gens de castes inférieures, sont évidemment le lointain écho de faits historiques : en certains pays, des soudras ont été créés brahmanes pour les nécessités du culte; ailleurs, des aristocraties locales ont maintenu Jeur droit à la noblesse en face de purs brahmanes, immigrés en petit nombre, et ceux-ci ont prudemment acheté la complicité de plus forts qu’eux en leur concédant le fil sacré; enfin un long isolement au milieu de populations étrangères a donné à mainte colonie brahmane des mœurs toutes différentes de celles qui distinguent la caste dominante du nord* : telle classe de brahmanes est désignée avec mépris par ses confrères « brahmanes de viande ou de poisson », d'après les mets impurs dont ils ne craignent pas de se nourrir. Les radjahs de Travancore se sont faits brahmanes en « passant à travers le ventre d'une vache d'or », nouvel exemple de la toute-puissance de la fortune.
La diversité de race est bien plus grande encore pour les autres divisions
! Barth, Les Religions de l'Inde.
Graul, Reise nach Ostindien.
5 Ilunter, Orissa; — Eastwick, Handbook for Madras.
sociales. Les purs Kchatryas ne se rencontrent nulle part, quoique les Radjpoutes prétendent unanimement à celte origine : tous les chefs heureux, quelle que fût leur provenance, ne manquaient point de se donner des aïeux se raltachant à la race Lunaire ou à la race Solaire; cependant il en est qui se vantent en même temps de descendre des tribus aborigènes comme Nagbhansi ou « Fils de Serpents ». Les diverses corporations marchandes, Baniah, Marwari, Bandjari, sans parler des Djaïna, qui ne professent pas une religion brahmanique, se tiennent pour parfaitement distinctes les unes des autres, sans reconnaitre l'existence de la prétendue classe des Vaïsya. Quant au nom de Soudras, il n’a qu’une valeur généale, pour désigner les innombrables castes et sous-castes qui se partagent le peuple, en deors des classes nobles et des marchands. Il semble »chable que ce terme de Soudras, qui a le sens de « Purs », s’appliquait ‘is l'origine, non à des gens de caste inférieure, mais à la masse de la nalion aryenne; elle se distinguait par celte appellation de la foule « impure » des aborigènes Dasyou".
Dans les provinces dites du « Nord-Ouest », on ne compte pas moins de 907 castes distinctes, ayant chacune son nom précis; dans le Bengale, il en existe plus de mille, et si on voulait les suivre dans leurs divisions et subdivisions, le nombre s’élèverait à plusieurs milliers. Dans l’Inde méridionale, il serait également impossible d'arriver à dresser une liste complète de toutes les castes ; le recensement de Maïsour en énumère 415, celui de Madoura 94. Chaque métier, si petit qu'il soit, est devenu une caste parfaitement délimitée ; il en est qui comprennent seulement deux individus*. Les associations criminelles, les Badhak et les Sonoria du Pandjab et de l’Aoudh, les Moloungi du Bengale, les Ramosi de Bombay, les Karatchavandlou du Dekkan, les Korwah du Malabar, constituent aussi des castes reconnues par les indigènes ; chaque membre de la bande, orgueilleux de sa profession, se doit au vol et au pillage, à la fois par les traditions de race et les préceptes religieux. Le gouvernement a choisi parmi eux la plupart de ses agents de police, mais, ne pouvant utiliser ainsi des clans entiers, il a dû les interner dans quelques villages étroitement surveillés : lout en cessant de voler, les gens de la caste n’en sont pas moins fiers de leur titre de « voleurs »°. François Pyrard mentionne des uw < du Malabar qui, variant leurs occupations avec la saison de l'année, étaient alternaiivement « voleurs sur mer » et « par terre les meilleures
1 Tod, Annals of Rajasthan.
Nelson, Madura Country.
Criminal Tribes: Bill : — De Grois, Revue maritime ct coloniale, janvier 1882.