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CASTES HINDOUES

comme des êtres à jamais souillés. Si les missionnaires catholiques et protestants agissaient à la façon des convertisseurs musulmans et forçaient les Hindous à manger de la graisse de bœuf, leurs temples se rempliraient de prosélytes honteux, obligés par le mépris publie à se déclarer chrétiens. Écouter nn sermon, mème quand on n'en comprend pas les paroles, est déjà considéré comme une apostasie.

L'Hindou n'a d'autre tribu que sa caste : il ne peut se marier en dehors de ce monde fermé ; il se sent solidaire de tous ceux qui mangent avee lui et se réclament du mème nom. Pour eux, pour l'honneur commun, il bravera tous les dangers, il se dévouera mème à la mort, s’il le faut; chaque village se divise en autaut de petits groupes républicains qu'il y a de castes, et chacun de ces groupes a son administration et sa police‘; c'est avec les croupes correspondants des autres villages, non avec les voisins de caste différente, que l’on se sent frère. La caste, grande famille, constitue une corporation qui règle les fêtes, soutient les salaires et parfois les grèves : quand elle à décidé, tous obéissent comme au destin. Des luttes, quelquefois sanglantes, éclatent pour les moindres causes, à propos d’une guirlande de fleurs, d’une broderie de vêtement, de la fanfare d’une trompette ou d’un roulement de tambour, car tout est réglé, et chacun sait exactement à quelle limite doivent s'arrêter les privilèges de la caste rivale. Mille circonstances peuvent priver un malheureux de ses droits communautaires; mème les maladies, la lèpre par exemple, le font tomber dans une caste inférieure. Le crime le pius grave est de se laisser approcher par un homme de race impure, d'accepter de sa main un vase d'eau ou quelque nourriture défendue. Des adeptes du christianisme refusent de manger avec le prètre qui les a convertis; le père, dont le fils a voyagé en pays étranger, n’a plus le droit de le recevoir dans sa maison. Le pieux brahmane auquel, pour une cause ou pour une autre, ceux qui portent le fil sacré refusaient l'entrée de leurs demeures, n’avait jadis d'autre refuge que le suicide; encore au commencement du siècle, de riches Hindous ont dà faire pénitence pendant des années et dépenser des centaines de mille francs en offrandes aux prètres pour récupérer les privilèges de leur caste*. L'expiation ordinaire pour les gens du commun consiste à boire de l'urine de vache ou à se nourrir pendant un certain temps des grains qui se trouvent dans la bouse*. La nature elle-même doit se purifier de la souillure que lui inflige la présence d’un tehandala. L'eau profanée par l'ombre de cet

* Monier Williams, Modern India.

? Shib Chunder Bose, The Hindoos as they are. 5 Thévenot, Voyage aux Indes orientaies ; — Nelson, Madura Country

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672 NOUYELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

être immonde redevient nette sous les rayons du soleil et de la lune et sous ke souffle du vent; un vase touché par l’homme sans caste reste à jamais sali : il faut le briser.

Mais cette lourde institution des castes, qui pèse sur les Hindous et qui ne leur a jamais permis de s'unir contre une invasion étrangère, se transforme peu à peu et ses règles deviennent moins rigides. Dans les régions septentrionales, qui sont les plus riches et les plus populeuses, la conquête musulmane, abolissant les castes, a fortement remué la société hindoue, et les divisions sociales sont loin d'être aussi nettement tracées que dans le sud, resté sous l'autorité incontestée des anciennes lois. La grande révoluon morale qui s’accomplit lorsque Bouddha vint proclamer la fraternité des hommes, a laissé de profondes traces, et depuis, des mouvements analogues eurent souvent lieu dans les masses populaires : c'est ainsi qu'à la fin du quatorzième siècle, Kabir, réclamé par les musulmans comme un des leurs‘, essaya de réconeilier tous les habitants de l'Inde, pauvres et riches, dans une mème foi au « dieu intérieur », à la fois Allah et Rama, qui ne demande à ses fidèles que de s'aimer les uns les autres. Dans quelques districts, comme celui de Couddapah, en pays telougou, il n'y a point de castes; des sectes nombreuses, comme les Lingaïtes du Dekkan, les Satnami du Tchatisgarh, les Khoumboupattiya d'Orissa, les € Saints » du Radjpoutana. se sont dressées contre la société des brahmanes et des Radjpoutes pour proclamer leur droit à l'égalité; les sanctuaires où les pèlerins se porient en plus grande foule sont, comme le temple de Djagganath, ceux où la nourriture est distribuée également à tous, sans distinetion d'origine ou de mélier : il existe même des sociélés secrètes composées de gens de toute easte, qui gardent pendant le jour les distances prescrites par l'opinion, mais qui se réunissent la nuit pour banqueter ensemble, le brahmane à eûté du soudra*. Les traditions s’effacent et les gens de haute caste, qui ont le plus d'intérèt à maintenir les barrières sociales, acceptent des pâtisseries européennes, mangent le riz préparé par des mains musulmanes, reçoivent des parents ou des amis élevés en Europe”. Quant aux riches négociants, ils répètent que leur « caste est dans le coffre-fort », et la masse populaire se transforme sensiblement sous l'influence de l'instruction et des changements économiques.

L'action des Anglais est double. De même qu'ils ont protégé le développement de la grande propriété au détriment de la petite, de mème ils ont

3 W. W. Hunter, Orissa.

Aug. Glardon, Le Radjpsuiana.

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consolidé le pouvoir des brahmanes au-dessus de toutes les autres castes, mème dans les contrées, telles que le Maïsour, où la prééminence brahmanique élait contestée. À la façon de tous les gouvernants, ils ont cherché à classer méthodiquement, par séries, la hiérarchie de leurs sujets. En outre, ils forment eux-mêmes au-dessus de la nation une caste impitoyablement fermée aux basses classes hindoues. D'autre part, l'abolition de l'esclavage, celle de la vente des hommes avec le sol, ont eu pour conséquence de relever les plus misérables des Hindous et de les faire naître au sentiment du droit; les Anglais ruinent l'institution des castes par les idées nouvelles qu’apportent leurs livres, leurs journaux, les inventions, les mille déplacements causés par le commerce, les modifications introduites dans la vie quotidienne. Les pariah osent maintenant réclamer l'égalité des droits avec les brahmanes, ils demandent qu'on admette leurs enfants aux établissements d'instruction publique et qu'on cesse de leur appliquer des épithètes malsonnantes. Les Hindous instruits condamnent eux-mêmes la caste dans leurs publications; ils rappellent les temps antiques célébrés par les épopées, alors que € tous étaient brahmanes » et répèlent les vers de leurs poètes qui protestaient contre les inégalités sociales : « La supériorité et l'infériorité se manifestent par les mœurs. La pluie ne tombe-t-elle pas sur tous? Le vent ne soufle-t-il pas sur chacun de nous? La vaste terre dit-elle : « Je ne veux pas te porter? » « Sans la grandeur de la vertu, la naissance donne-t-elle du mérite aux sots?! »

Les religions, à l’exception toutefois de celles qui ont été importées du dehors, parsisme, judaïsme, mahométisme, christianisme, ne créent aucune barrière de séparation entre les habitants de l'Inde. Le plus souvent, mais non comme règle absolue, elles coïncident avec des castes et des groupes de castes et leur donnent des contours plus précis, un dogme, un rituel, tout un appareil d'évocations et de conjurations; mais par leur côté surnaturel elles ne sont nullement opposées les unes aux autres. L'Hindou est disposé à tout croire; aucun miracle ne l’étonne; encore immergé dans le panthéisme primitif, tout lui est dieu; en adorant ses divinités, il se garde de nier celles que d’autres invoquent. Toutes les formes religieuses sont représentées dans toutes les périodes imaginables de leur développement. Non seulement le pays des Védas possède les livres sacrés les plus anciens et les plus complets relatifs aux croyances naturalistes jadis com-

1 Agaval de Kapila, poème tamil traduit par J. Vinson. vnt 85

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