ARMÉE DES INDES
guère le tiers de l’armée entretenue en 1856, à une époque où la population était de 25 millions d'hommes moins élevée; alors l’ensemble des garni-
sons, sans les soldats anglais, comprenait 280 000 individus. Mais, grâce
aux chemins de fer, les forces actuelles, relativement si faibles, peuvent
ètre rapidement concentrées et dirigées sur les points dangereux : elles ont
plus que compensé la masse par la vitesse des mouvements.
Quoique les natifs soient plus nombreux que les Anglais dans l'armée péninsulaire, toutes les précautions ont été prises pour que la supériorité matérielle, provenant d'une organisation plus compacte, appartienne aux troupes européennes. D'abord les brahimanes de l'Aoudh, qui formaient, avant l'insurrection des cipaçes, l'un des éléments prineipaux de l'armée, ne sont plus admis qu'en petit nombre parmi les recrues; les volontaires que l’on accueille le plus volontiers sont les Sikh du Pandjab, les Pathans et les Rohilla de la haute plaine du Gange, les Radjpoutes, les Ghorka du Nepal. Les régiments indigènes, auxquels on n'a prudemment laissé qu’une faible artillerie, sont divisés en trois corps d'armée, différents par l’organisation, l'origine et mème la langue de la plupart des soldats : ces trois armées sont celles du Bengale, de Bombay et de Madras. Dans la première on parle surtout hindoustani et bengali, dans a seconde mahralti et goudzerati, dans la troisième telougou. Ainsi les trois corps n'ont entre eux aucun lien de nationalité, de langue, de patriotisme, et les casles qui les composent sout groupées de manière à s’équilibrer et à se neutraliser en cas de dissensions intestines. Les soldats indigènes ne sont rattachés en une même armée que par les officiers européens qui les commandent. Tous les officiers hindous où mahométans commencent par servir Jens les rangs des régiments anglais, afin de S'y rompre à a discipline et d'apporter à leurs compatriotes les mœurs de l'armée britannique. La plupart des soldats s'engagent pour une longue série d'années ou pour loute la force de l’âge, après laquelle ils ont droit à une pension. Un grand nombre, presque tous les hommes de l'armée de Madras, et la plupart de ceux de l'armée de Bombay, peuvent se marier, et leurs femmes, leurs enfants, leurs parents mème, les accompagnent au camp. Il en résulte que Îles cantonnements se transforment en villes militaires, où chaque maison d'officier est entourée de haraques occupées par une domesticité nombreuce : tel cantonnement, celui de Sikanderabad, par exemple, n'a pas moins de 90 kilomètres carrés. Depuis la guerre des cipayes, armée se recrute avee une difficulté de plus en plus grande; on ne trouve pas toujours un nombre suffisant de mercenaires offrant les conditions requises, ctles désertions sont fréquentes : on en compte de sept à huit mille par an.
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L'armée indienne, si réduite qu'elle soit, pourrait l'être bien plus encore si les gouvernants n'avaient besoin de surveiller les États indigènes el de faire équilibre à leurs forces militaires : il est vrai que celles-ci ne sont guère entretenues par les souverains que pour donner plus d'éclat à leurs fêtes el pour accroître leur prestige aux yeux de Ja foule, mais encore ne saurail-on en ignorer l'existence, et si elles n'étaient tenues en échec par des forces supérieures et mieux organisées, ceux qui les commandent pourraient être tentés de leur donner un rôle plus sérieux. Plus de 150 États médialisés, sans compter le Nepal, ayant ensemble une population de 60 millions d'habitants el un revenu de 400 millions de francs, disposent d'armées dont l'effectif nominal est de 3500 000 hommes avec 69 000 chevaux et 5250 bouches à feu. Un seul des princes indigènes, le nizam de Haïdarabad, à 97 000 fantassins, 8200 cavaliers, 725 canons”, Aussi le gouvernement anglais a-t-1l résolu de limiter désormais le nombre de soldats qu'entretiennent les princes vassaux, de leur interdire les armes perfectionnées et d'inspecter régulièrement leurs poudreries et leurs arsenaux. Il voudrait faire de ces descendants de souverains une grande aristoeratie terrienne comme celle des lords anghuis et ne néglige avcun im pour élever les jeunes seigneurs, gérer leuss biens et faire leur education po-
htique conformément aux imtérèts de FAngleterre *.
Comparée à la situation financière de la plupart des États d'Europe, celle de l'Inde est relativement bonne. Un quinzième du revenu suffit pour acquiller les intérêts annuels de Ta dette publique, alors que l'Angleterie et la France ont à payer chacune le tiers de leurs recettes; mais en proporion les habitants sont beaucoup plus pauvres : oun penny de taxe, dit l'économiste Faweett, pèse aussi lourdement sur l'Hindou qu'une livre sterling sur l'Anglais. » Réparti par tête d’indigène, l'ensemble de l'impôt représente seulement 8 franes et la dette est de 19 franes; mais ces sommes si faibles ne peuvent être gagnées qu'après des semaines et des mois de travail par des millions d'Hindous, car la valeur annuelle de Ta production de l'Inde, évaluée à $ où 10 milliards de franes”, n'atteindrait pas 40 franes par tête, Dans la dette indienne, le prix de la répression des cipayes pendant la grande guerre est évalué à près d’un milliard, La dernière invasion de Afghanistan a coûté 540 millions de francs.
U Times, sept. 2, 1878.
? Richard Temple, fndra as il is.
5 Hyndman, Bankruptey of India, Nineteenth Century, 1878
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