POPULATIONS DE L'ARRAKAN. 727 : FOR
deltas, offrant à la navigation intérieure un réseau considérable de canaux. MAIS S rs Mais au large les côtes sont basses et semées de récifs; ceux qui obstruent EE
partiellement l'entrée de la baie de Combermere ont mérité le nom de « Terribles ».
Les Toungtha ou les « Enfants des Montagnes », qui peuplent les hautes vallées et les terrasses des monts de Djittagong et d’Arrakan, comprennent un grand nombre de tribus, dont quelques-unes, telles que les Louchaï et 5 les Chendou, sont indépendantes; d’autres, les Bangi et les Pankho, ne - 4
payent pas d'impôts aux Anglais, mais reconnaissent leur suzeraineté; la 15
plupart, Tipperah, Mroung, Koumi, Mro, sont tributaires du gouverne-
ment britannique. Les chefs doivent acquitter une taxe de capitation pour les
membres de la tribu; aussi s’opposent-ils à ce que les officiers anglais
procèdent au recensement de leurs villages; ils s’en chargent et l'on en PORT |
conclut que le nombre réel des montagnards est notablement supérieur à he
celui qui se trouve inscrit sur les documents officiels. Très casaniers, ne ’
descendant guère de leurs campements fortifiés, les Toungtha ont gardé
leurs anciennes mœurs et continuent d'adorer les forces de la nature, les
arbres, les torrents, les montagnes. Environnés de populations bouddhistes
depuis deux mille années, ils n'ont emprunté à leurs voisins que des pra-
tiques de magie. La plupart rendent un eulle à un bambou sacré, planté
devant leur village, et lui offrent des sacrifices sanglants : il est probable
que cel acte religieux est de même origine que les cérémonies célébrées par
les Kohl devant le sal (shorea) ; les uns et les autres ont à demander le par- NE: don de la plante qu’ils ont arrachée et livrée aux flammes pour mettre leurs CET LE champs en culture’. C’est parmi les Tipperah que les sacrifices humains . Lei en l'honneur de Kiva se sont le plus longtemps maintenus; les traditions à
parlent de mille victimes par an. L'une des tribus, celle des Kou, avait CENT IE : de
l'habitude de torturer ses prisonniers.
Quant aux Magh ou Kioungtha, — c'est-à-dire « Enfants du Fleuve », — HD
qui vivent dans les diverses vallées tributaires de la Karnapouli et du Kou- , EUR ladan et constituent la masse de la population d’Arrakan, ils sont depuis Lai
longiemps convertis au bouddhisme, parlent le dialeete arrakanais et ceux
d'entre eux qui savent écrire se servent de l'alphabet barman, légèrement
modifié ; eux-mêmes se disent Miam-ma, c'est-à-dire « Barmans », et ne se » E désignent point d’après l'épithète de Magh, d'origine étrangère. Droits, cou-
! Dalton, Ethnology of Bengal.
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rageux, probes, ils se distinguent très heureusement par leurs qualités viriles de leurs voisins les Bengali', La plupart sont agriculteurs et défrichent le sol en livrant les forêts à l'incendie. Un grand nombre s'adonnent au commerce et voyagent hardiment en pleine mer et sur l'estuaire de la Meghna en des bateaux dont les membrures sont rattachées par des lianes de rotin. Leurs voisins, les Tehakma, Tsak où Thak de Djitlagong, sont aussi sectateurs de Bouddha ; mais, se trouvant en relations constantes de commerce avec les Hindous, ils s'indianisent peu à peu*.
Les Khami, c'est-à-dire les € Hommes », désignés d'ordinaire par les Barmans sous le nom insultant de Kwe myi ou « Queues de Chien », à cause de leur costume, peuplent, au nombre de vingt-sept clans, les hautes vallées du Kouladan. De même race que les Barmans et parlant une langue de mème origine, ils n'ont pas adopté la religion de leurs voisins des plaines, mais ils adorent les ancètres, les génies des monts et des rivières, leur apportent des offrandes ; les deux grandes ecrémonies propiliatoires de l'année se font à l'époque des semailles et avant la moisson. Les Khami ont un ensemble de coutumes légales très compliqué, d'après lequel chaque crime, chaque délit peut se racneler, soil par des amendes, soit par l'esclavage temporaire où permanent: d'après ce code, la femme, considérée comme n'ayant aucun droit, ne paye point de dommages-intérêts et ne peut en recevoir; Simple propriété comme le bétail, elle ne possède rien que par le bon vouloir du père, du frère où du mari. Les cabanes, construites en bambous, sont disposées en cercle autour d'une place, le forum villageois, dont le centre est occupé par un hangar qui sert en mème lemps de forge et d'auberge pour les voyageurs. Les Khami sont habiles agriculteurs et commercent activement avec Les populations de la plaine; le marché d'Akyab exporte chaque année pour quelques centaines de mille franes en tabac, coton, sésame el autres denrées provenant de leur pays
Les tribus des Khyeng (Khyen, Tehing), qui vivent à l'est des Khami, dans les montagnes de lArrakan-yoma, principalement sur le versant méridional, sont beaucoup moins civilisées et se tiennent à l'écart; elles parlent un idiome particulier, de souche barmane, que ne comprennent pas leurs voisins, bien qu'il contienne beaucoup de mots khami. Ils ne sont bouddhistes que dans les villes; dans leurs villages, ils adorent les génies des arbres, des fontaines, et surtout l'esprit de la tempête. Des traces du
Laws; — Holdigh; — Dalton # Lewin, Hill tracts of Chittagong and the Dwellers therein.
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MAG, KHAMI, KHYENG, MRO. 729
matriarcat se sont maintenues : le mari va toujours demeurer chez sa femme et ne quitte la maison du beau-père pour fonder un ménage à part L ot qu'après la naissance du premier ou du deuxième enfant. Le divorce est “. très facile; la simple volonté de l'un des époux suffit; parfois la séparation F2 ER s'achète par la remise d'un bœuf de somme. Toutes les femmes khyeng 6 De e 2: étaient latouées au point d’en être défigurées. On distinguait à peine les RE ON | traits sous le réseau de lignes qui recouvrait la figure; au milieu d'un A DE À masque noir se montrait le rouge vif des lèvres et des gencives attaquées M par le bétel : d’après la légende, les pères et les maris les enlaidissaient à caler ainsi pour mettre un lerme aux enlèvements, qui jadis privaient la nation AS de presque toutes ses jeunes filles, au profit d'une tribu de ravisseurs'. A. ‘ pe Mais cette coutume disparait rapidement, les Khyeng étant maintenant en | “ei JE 14 “ relations fréquentes avec les civilisés de la plaine, auxquels ils apportent 20: A % les produits de leur chasse, de leur agriculture et de leur industrie, du , minerai de fer, du miel, des défenses d'éléphant et des étoffes. Chez les Fe autres peuplades des chaines faîtières du Djittagong et de l'Arrakan, le ta- + tri M touage est une pratique exceptionnelle. De toutes ces tribus, la moins Des 4 civilisée est celle des Mro, qui vivent au sud des Khami, dans les vallées les
plus difficiles d’accès. Effarés et peureux, toujours aux aguets, les Mro de- 3 Rate] F meuraient naguère en de véritables nids dans les grands arbres. Les Khami 4 ARE et les autres montagnards, n'ayant à se défendre que des bêtes fauves, RE A: se bornent à élever leurs cabanes sur des pieux à un ou deux mètres du sol; les Mro, qui avaient à craindre les chasseurs d'hommes, ne se sentaient rassurés qu’au haut des arbres; dès qu'ils avraient grimpé à leur ‘abane aérienne, ils retiraient l'échelle de bambou. RE LPS Les traditions rattachent les habitants du littoral aux populations de ed à l'Inde Antérieure. Même avant la période bouddhique, l'influence hindoue MERDE était prépondérante sur les côtes orientales du golfe. Les riverains se convertirent au bouddhisme, puis un certain nombre revinrent au brahmanisme, et dès le neuvième siècle les mahométans, pénètrant dans la contrée, y propagèrent leurs doctrines; cependant la plupart des sectateurs de l'Islam, dans le Djittagong et l’Arrakan, sont les descendants d'esclaves que MURALE : les souverains importèrent dans le pays. De même que les autres résidents, Qi ils parlent l'arrakanais. Au siècle dernier, les Barmans, franchissant les PE 2° 24 cols du Yoma, s’'emparèrent de la contrée, mais pour y introduire un régime DUAL d’oppression et de rapine; lorsqu'ils furent obligés, en 1826, de repasser QUE LUS à la montagne et d'abandonner le pays aux Anglais, les campagnes du littoral
Dalton, Ethnology of Bengal : — Ch. Alexander Gordon, Our Trip to Burmah.
vu,
étaient presque désertes. Actuellement la population s’accroit rapidement ; des immigrants de l’Inde viennent en foule et des Chinois s’établissent dans les villes en petites colonies. C’est même parmi les Hindous que se recrutent les servants des temples bouddhiques, les Arrakanais et les Barmans employant de préférence des gens exclus de toute caste, comme les Dom, pour leur confier le service des pagodes. Le croisement des races se fait principalement par les mahométans, qui prennent volontiers pour femmes des Arrakanaises ou des filles de tribus indigènes, tandis que les Hindous, retenus par les liens de la caste, cherchent à garder la pureté de leur sang. Dans son ensemble, la population, à la fois barmane et indienne par l'origine, par l'histoire et par la civilisation, offre un mélange des deux types dans les traits et la physionomie; les figures n'ont ni la finesse hindoue, ni la bonhomie barmane.
Djittagong où Saptagram, l'Islamabad des musulmans, qui forment l: majorité de la population, n'est pas située au bord de la mer; c’est un
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ensemble de villages, de chantiers, de bazars, de bosquets et de jardins se développant sur une longueur de plusieurs kilomètres le long de la rive droite de la Karnapouli, ombragée d'arbres; les maisons européennes sont éparses sur les coteaux au nord de la ville. Au temps des Portugais, Djit-
lagong, désignée sous le nom de Porto Grande, eut un commerce considérable, qu'elle perdit au profit des ports du Hougli; mais depuis le milieu du siècle elle reprend rang parmi les cités de grand trafic : quoique située en dehors de lestuaire du Brahmapoutra, elle est devenue le prin-
cipal entrepôt du commerce extérieur pour le bassin de ce fleuve, auquel le rattache un canal de navigation; prochainement un chemin de fer doit
relier Djillagong au réseau des voies ferrées du Bengale’. Des milliers d'immigrants sont toujours occupés dans les chantiers et les entrepôts: malheureusement la ville, entourée de marais, est l’une des plus insalabres de la côte et son port est obstrué par une barre que les gros navires ne peuvent franchir qu'à l'heure du flux, Sur les pentes des monlignes qui s'élèvent à l’est, notamment dans le voisinage de Bandarban, s'étendent de vastes plantations d’arbustes à thé. On a trouvé récemment dans celle contrée une nouvelle espèce de rhinocéros à deux cornes, le lasio- Lis, ainsi nommé des longs poils qui bordent ses oreilles.
1 Mouvement de la navigation étrangère dans le port de Djittagong pendant l'année fiscale 1874-75 : 455 navires, Jjaugeant 170 164 tonneaux.
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POPULATIONS DE L'ARRAKAN, DJITTAGONG, AKYAB. 151
Au sud de Djittagong, un autre port, qui porte le nom anglais de Cox's Bazar, est situé à l'entrée méridionale de l'estuaire qui sépare l'ile Mascal du continent. À l'embouchure de chaque rivière se sont bâties des escales de trafic et la cité la plus commerçante du littoral, Akyab, occupe l'endroit vers lequel viennent converger de l'intérieur les plus nombreuses voies de navigation. Non seulement elle se trouve à la bouche de la grande rivière