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dans les limites du royaume de Siam, sur la haute Menam et dans le bassin du Mekong : on les rencontre en tribus éparses jusqu'aux frontières du Tongking. Les Toungthou (Laou, Paou), qui vivent dans la plaine du Kittang et que l’on considère généralement comme des Karen, paraissent être des Chan!. Les populations assamaises des Naga, des Kouki, des Louchaï se retrouvent aussi en Barmanie sur le versant oriental des monts de l'Assam, principalement dans le pays de Manipour, dont le gonvernement anglais s'est emparé et qu'il a rattaché à la présidence du Bengale, quoique ce terriloire appartienne géographiquement à l'Indo-Chine, Il est peu de contrées où l’on puisse observer une plus grande diversité de langages que dans celte partie de l'empire indien : en plusieurs vallées, les gens de villages rapprochés ne se comprennent pas mutuellement?.
Les Mon, Talaïng ou « Riverains », qui vivent en grand nombre sur tout le littoral de la Barmanie anglaise, sont considérés comme formant une population distinete des Barmans où Mramma; leur idiome primitif ressemble beaucoup à celui des Mounda, les Kholariens de Singbhoum et de Tehota-Nagpore*, Descendants des anciens dominateurs du Pevou, ils ont été vaineus à leur tour, au milieu du siècle dernier, et pendant longtemps ils furent durement opprimés. Aussi changèrent-ils volontiers de maîtres, lorsque les Anglais s'emparèrent de Tenasserim et des Pegou. Ils se fondent peu à peu avec les Barmans; dans certaines villes, comme Moulmeïn, où presque toute la population est d’origine talaïng, l'idiome dominant est la langue barmane. On reconnait les maisons de Talaïng à la noix de coco et aux banderoles rouges ou jaunes suspendues à l'un des côtés de Ta demeure : c’est là que séjourne l'esprit protecteur. Acriculteurs pour la plupart, les Talaïng subissent l'influence des prêtres, des commerçants, des fonetionnaires barmans : € peuple du livre » comme les bouddhistes de Mandalé, ils reconnaissent la supériorité de ceux qui leur ont donné avec ce « livre » la civilisation correspondante. Les Yaou et les Arrakanais de la côte occidentale sont aussi des « peuples du livre », et quoique sous la domination anglaise, c’est à leurs coreligionnaires de l'Irraouaddi qu'ils s'associent le plus volontiers. Le « livre » trace la dé-
marealion entre les eivilisés et les populations dites sauvages, quel que
soit d’ailleurs l'état réel de leur culture.
Les Barmans, qui composent la plus forte part de la population civilisée
Adolf Bastian, Die Vôlker des Oestlichen Asien.
Mason, Journal of the Asiatie Society of Bengal, A8GG, n° L. Logan; — Phayvre; — Dalton, Ethnology of Bengal. Shway Yoe, The Burman.
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BARMANS. 775
de l'Aché Payi ou « Pays Oriental», se donnent le nom de Myama ou Bama, dérivé d'une ancienne appellation Mramma, dans laquelle la plupart des étymologistes retrouvent le nom de Brahma lui-même‘. Ainsi les Barmans font remonter leur généalogie jusqu'au dieu suprême des premiers Hindous, Ils se donnent comme descendants d’immigrants indiens venus d'Ayodhya sur les bords du Gange, et leur roi, qui prétend avoir pour ancêtres les souverains de la race Solaire et de la race Lunaire, porte leurs insignes sur son trône et dans les ornements de son palais’. Les noms de villes, Ratnapoura, Amarapoura, Mangalapoura, Singapoura, rappellent par leur étymologie sanserite l'influence des brahmes qui accompagnaient les fondateurs. Certainement la tradition est justifiée dans une certaine mesure : des colonies de civilisateurs hindous s’établirent sur les bords de lIraouaddi; mais il est probable qu'ils n’amenèrent avee eux qu'un petit nombre de femmes, et peu à peu les Mramma, mélangés avec les tribus indigènes, finirent par leur ressembler physiquement, Il est rare de rencontrer dans la Barmanie le type fin de l'Hindou d'origine aryenne; on ne voit guère que des faces plates, avec de petits yeux bridés et un large nez, mais la physionomie est plus ouverte, plus gaie que celle des Chinois. Quant à la langue, elle porte la trace du croisement qui s’est opéré dans la contrée entre deux races. Le dialecte originaire, monosyllabique comme le chinois, et disposant de trois tons pour différencier les termes homonymes, s'est enrichi d’une multitude de mots hindous empruntés à la langue sacrée; ils sont d'ailleurs généralement prononcés d'une manière indistinete : l'usage du bétel a fait des Barmans un peuple de bredouilleurs®. I est impossible de transcrire exactement la prononciation barmane au moyen des alphabets européens. Tous les mots sont adoueis dans la prononcialion; c'est ainsi que le nom même du peuple mramma est devenu myama et que l'appellation du fleuve Aïravati (Irraouaddi) à été changée en celle d'Aï-ya-oua-di. L'alphabet est dérivé de celui du sanserit, tandis que la langue religieuse est restée le pali, qui se parlait dans la province gangétique du Behar, le « Moûtier » bouddhique.
La plupart des Barmans sont petits, mais agiles et forts; les infirmes sont très rares, et la proportion des malades est inférieure à celle que l’on voit en Europe. La toute-puissante coutume à rendu les accouchements très périlleux : on allume un feu violent dans l'appartement des femmes en couche, peut-être pour écarter les esprits malfaisants; mais les malheu-
4 \'ae Mahon, Karens of the Golden Chersonese. 2 Phayre, Journal of the Asiatie Society of Bengal, 1864. 5 Max Müllers — Vivien de Saint-Martin, Nouveau Dictionnaire de Géographie; — Shwayÿ Yoe,
774 NOUVELLE GÉOGRAPIIE UNIVERSELLE,
reuses ont tellement à souffrir de cette chaleur aceablante, que «chaque
couche coûte à la mère quinze années de vie »', Les femmes auxquelles
JS leurs parents ont épargné cette torture sortent de leur chambre à peine
à accouchées et se remettent au travail. Les enfants sont nombreux, Ni la
population totale des deux Barmanies est peu considérable, la cause en
est aux guerres qui ont fréquemment dévasté la contrée, car pendant les
périodes de paix l'accroissement des habitants est rapide : en quelques
années, on voit de simples bourgades se transformer en eités considérables,
Les facilités de la vie sont si grandes dans cette fertile contrée, que, sans
travail excessif, presque toute la population jouit d’une certaine aisance :
on ne rencontre guère de pauvres qu'autour des pagodes?, l'exercice obli-
gatoire de la charité monacale ayant fini par créer une caste de mendiants.
Strictement observée, la religion défendrait aux Barmans de manger de la
viande, mais ils emploient des musulmans comme bouchers, méprisant fort
4 ceux qui tuent les animaux pour l'alimentation; l'un des peuples les plus
a omnivores de la Terre, ils ne dédaignent pas même les serpents, les iguanes
F1 a et les lézards; mais ils sont presque tous d’une grande sobriété : un peu de to riz, quelques bananes leur suffisent.
Les Barmans sont en général assez richement vêtus, et les étoffes de couun leurs éclatantes qu'ils roulent autour du corps sont toujours élégamment EU RRTERS drapées; celles que portent les femmes retombent aux genoux, mais en
R'3iRS s’ouvrant latéralement pour dégager la jambe. Encore presque tous les hommes ont l'habitude de se tatouer les cuisses, de la hanche au genou:
A PRESS L pendant les années de l'adolescence, is travaillent ainsi à l'embellissenu ment de leur personne au moyen de figures d'animaux, d'images symbo- 111 ITR liques, de mots sacrés, traits rouges et bleus, s’entrecroisant dans un Ai AE ordre magique, afin «de s'imprégner le corps de médecine » et de lui assu-
rer linvulnérabilité®, Naguère, des disques d'or, des monnaies d'argent introduites sous la peau, devaient également préserver de malheur ceux 2: qui les portaient* : c’est ainsi que les muletiers du Yunnan glissent sous la peau du cou et de la poitrine jusqu'à dix ou quinze pièces d'or et pierres précieuses, à la fois pour les mettre à l'abri des voleurs et pour assurer leur vie contre le mauvais sort. Un tatouage spécial tracé sur le cou et les poignets de l'eselave où du criminel figurait des chaînes et des menottes :
c'était la marque de propriété ou la flétrissure de la justice. Les « pierres
Shway Yoe, The Burman.
Au Sie # Albert Fytche, Burma, past and present.
FR Bastian, Siam; — Shway Yoe, The Burman; — Snodgrass, Burmese War. Me 4 Yule, The Book of Marco Polo, 3; —- Anderson, From Mandalay to Momien.
que «chaque es auxquelles mbhre à peine ibreux, Si ]:
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