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TYPES ET COSTUMES

- En

Dessin de E.

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de tonnerre », c'est-à-dire les haches et les flèches de silex que ramène la charrue, sont considérées comme ayant une grande vertu, et, trempées dans une liqueur magique, elles sont placées dans les chambres des femmes en couche.

De même qu'en Chine et dans l'Inde, toutes les filles se marient en pays barman, mais les unions ne se font pas au sortir de l'enfance, comme dans la péninsule Cisgangétique. Considérées dans la vie ordinaire comme les égales de l'homme, les femmes prennent part aux affaires de la famille et nulle décision n'est définitive sans qu'on les ait consultées. Le mariage n'est ni un sacrement ni une cérémonie civile, et la femme est libre de se retirer du ménage lorsqu'elle réprouve la conduite de son mari; mais le divorce est un évènement fort rare, surtout après la naissance d'enfants. La séparation se fait alors à l'amiable : chacun des époux allume une chandelle, et celle qui s'éteint la première donne à maitre ou à maitresse le droit de sortir en emportant de la maison es objets les plus précieux. Mème pendant la durée du mariage tous les € acquêts » de la femme lui appartiennent strictement". Cependant quelques coutumes témoignent d'une certaine infériorité de droits pour la femme : devant les les tribunaux, elle ne dépasse pas le seuil de la salle, et l’homme se eroirail déshonoré si la femme marchait à un niveau supérieur; pour éviter ce malheur, les maisons n'ont qu'un rez-de-chaussée. Pour les cérémonies lunéraires ainsi que pour les rites nuptiaux, les Barmans en agissent à leur gré, sans intervention de la loi. On brûle où on enterre le corps, suivant les vœux exprimés par le défunt. Les coutumes de la famille royale différent à maints égards de celles qu’on observe dans le reste de la nation. Ainsi les princes épousent leurs demi-sœurs, et la fille ainée du roi est condamnée au célibat*,

Dans les grandes villes de la Barmanie royale, la plüpart des indigènes, dépravés par l'oppression de la cour, sont faux el rampants; mais ce n'est pas d'après l'entourage de la royauté qu'il faut juger le peuple. Dans les campagnes dont les habitants ont pu fuir dans les forèts le passage des armées ou des avides collecteurs d'impôts, on peut mieux observer les Barmans el apprécier leur heureux naturel. Ils sont vifs et intelligents, gais, spirituels, généreux, portés aux jeux, à la musique et aux plaisirs : on a vu les habitants d'un quartier incendié le matin dresser le soir, au milieu des ruines, les tréteaux d'un théâtre pour se consoler par quelques

‘ Ch, A. Gordon, ouvrage cité: — llelfer, mémoires cités.

? Mondière, Dictionnaire des sciences anthropologiques.

3 Phayre, Journal of the Asiatic Society of Bengal, 1864, n° 4; — Yale ; — Bastian ; — Shway Yoe. QI 98

heures joyeuses de la perte de tout leur avoir!, Très mobiles d'esprit, ils sont néanmoins constants dans leurs affections; 11 est rare que les chefs de famille fassent la moindre différence dans le traitement des enfants, quand mème l'un d'eux serait manifestement d'origine européenne, Les Barmans accueillent bien l'étranger et préviennent ses désirs; le long des routes, les voyageurs trouvent des hangars pour se reposer et des vases d'eau pure pour élancher leur soif. La politesse est une vertu nationale : à cet égard, Mramma et Talaïng ressemblent aux Japonais et l'emportent sur la grande majorité des Européens, Très mobiles d'impressions, ils n'apportent pas dans leurs actes celle passion qui rend leurs voisins les Malais parfois si redoutables: ils sont peu vindicatifs et pardonnent facile. ment; ils n'obéissent que trop bien, se laissant opprimer sans résistance et se bornant à implorer Bouddha qu'il les protège contre les € cinq ennemis : le feu, l'eau, les brigands, les malveillants et les gouverneurs”, » Les Barmans se distinguent très heureusement des Hindous, dont ils se disent les frères; ils ne reconnaissent point la division des castes, où du moins ne la pratiquent pas avec rigueur; l'homme de la plus basse classe peut devenir l'égal des plus grands; il ne rencontre aucune de ces barrières infranchissables qui font de l'Hindou un esclave de la destinée, L'histoire récente de la Barmanie anglaise prouve que les indigènes savent profiter de cette liberté refusée à la plupart des habitants de l'Inde Cisgangétique. Toutefois les esclaves des pagodes, les brûleurs de cadavres, les lépreux, les gcôliers et les bourreaux, tenus pour des êtres coupables de quelque erime dans une existence antérieure, restent en dehors de toute société : ils n'ont

pas mème le droit de s'instruire: le pauvre refuse leur aumône, le passant

alléré ne veut pas recevoir une goutte d'eau de leur main.

En réalité la religion de la Barmanie, celle qui règle presque tous les actes de l'existence, est la démonolâtrie; mais le culte officiel est le bouddhisme*. Gautama est lincarnation de Bouddha qu'adorent les Barmans: dans toutes les cités, dans tous les villages, de hautes pagodes ou d'humbles sancluaires sont élevés en son honneur, et la statue du Nage, à la figure douce et presque féminine, s'élève à l'extrémité de la nef, Jadis 11 était d'usage chez les gens riches de consacrer le surplus de leur fortune à construire de ces édifices religieux, et mainte ville abandonnée, dont les habitations ont été brûlées par les conquérants ou détruites par le temps, ue se compose plus que de temples en briques, en marbre ou en bois de tek

1 Swhay Yoe, The Burman.

2 Shway Yoc, ouvrage cité, 8 Shway Yoe, ouvrage cité; — Adolf Bastian, Reisen in Birma.

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élégamment sculpté, De nos jours, l'architecture religieuse n'est plus en honneur comme autrefois et les largesses des riches Barmans, qui s'appliquaient à la construction des pagodes, sont employées plus fréquemment à l'entretien des théâtres; mais les prêtres, d'ailleurs d'une extrême tolérance à l'égard des religions étrangères, sont restés fort nombreux. Ils ne forment point de classe distincte, car ils ne prononcent point de vœux; quand ils le désirent, les pomgy peuvent rentrer dans la vie civile, D'autre part, se fait prêtre qui veut; il est même obligatoire pour les jeunes gens de la société bourgeoise d'entrer comme novices dans les ordres pendant quelques années où quelques semaines, et là tous sont égaux, le fils du roi n'est pas plus considéré que le fils du mendiant!. Les cadavres des prêtres sont brûlés, soit an moyen de fusées que l'on tire de loin pour allumer le bûcher, soit par la friction de deux morceaux de bois; quand il s'agit d'un homme du peuple, de vulgaires allumettes suffisent,

Le nom de « talapoins » que les Européens donnent aux prêtres serait dérivé de talapat où « talipot » (corypha ombraculifera), palmier dont la feuille sert d'éventail aux officiants des temples et sur laquelle sont gravées les écritures saintes’, Leur principale fonction est d'enseigner la lecture et l'écriture aux garçons des alentours; chaque monastère est une école, À peu d'exceptions près, tous les Barmans savent déchiffrer leurs livres sacrés, et, bien supérieurs à la majorité des Oceidentaux, ils portent des tablettes afin de pouvoir au besoin soutenir leur conversation par des explications écrites, des signes où des caleuls. Mais les rudiments enseignés par les pomgey sont mêlés de tant de formules et de cérémonies vaines, que les écoles de fondation anglaise, même celles que dirigent des missionnaires s'exprimant avec difficulté dans l'idiome local, reçoivent d'année en année un plus grand nombre d'élèves; en outre, les filles, qui ne pouvaient entrer dans les monastères, reçoivent maintenant une instruction primaire dans les établissements laïques. Dans la Barmanie anglaise, près des deux tiers des écoles attachées aux monastères se trouvent sous la surveillance du gouvernement anglais”.

Une moitié de la population barmane, et de beaucoup la plus instruite, la plus riche et la plus prospère, sinon la plus nombreuse, est assujettie à l'Angleterre; cependant les Barmans de Pegou voient toujours dans le roi

1 Shway Yoe, The Burman.

2 Pallegoix, Description du royaume Thaï ou Siam.

5 Monastères de la Barmanie anglaise en 1880 : 4279 avec 6498 moines, non compris les novices et les acolytes. Monastères surveillés : 2678,

Écoles primaires laïques : 473. Écoles moyennes : 56, École européenne à Rangoun,

Done le

qui réside à Mandalé, sinon un souverain, du moins un personnage sacré, représentant de Gautama. Malgré la frontière politique, indiquée par la ligne 19° 50° de latitude septentrionale, les Barmans du royaume d'Ava et ceux du territoire anglais ont parfaite conscience de leur nationalité et se considèrent comme ne formant qu'un seul peuple, divisé pour un temps, mais destiné à se réunir un jour, Tandis que les Barmans émigrent rarement vers le pays de Siam, l'Inde ou la Malaisie, ils se déplacent volontiers pour aller retrouver leurs frères de langue. Naturellement le mouvement de migration se porte maintenant au sud, du royaume d’Ava vers la Barmanie anglaise, Le pouvoir despotique du roi, le système arbitraire des impôts, le désordre et les caprices de l'administration, le manque de facilités commerciales poussent les sujets du maître absolu à fuir, par delà les fronlières, dans un pays qui, tout en étant dominé par des étrangers, n'en est pas moins peuplé de Barmans et où chacun peut jouir en paix du produit de son travail, Ainsi que le disait le plénipotentiare anglais qui, sans traité el par le pur droit de la force, traçait la frontière, er 1855, en prenant à La Barmanie royale la provinee de Pegou, le royaume d'Ava tenait dans sa main € comme le noyau d'un fruit »". Le pays est séparé du Bengale et de FAssan par des montagnes sans chemins dont un versant et même, — dans le Manipour, — les deux pentes opposées appartiennent à l'empire anglo-indien; coupé de toutes communications avec la mer, privé mème de territoire dans les trois deltas de lIrraouaddi, du Nitlang, de la Salouen, n'ayant de relations avec la Chine et le pays de Siam que par des plateaux et des montagnes qu'habitent des populations à demi sauvages el souvent hostiles, il se trouve comme emprisonné; il est à la merci des Anglais. La désorganisation dans laquelle il se trouve depuis quelques années doit être attribuée en grande partie aux contours informes et contre nature que lui imposent ces puissants voisins, Il est impossible qu'une pareille situation, si funeste pour les contrées de l'Irraouaddi moyen, puisse durer longtemps; le moment viendra où le commerce anelais du bas fleuve aura besoin d'établir des communications directes avec l'Empire Chinois par la haute Barmanie. Le conflit créé par les intérêts économiques deviendra done inévitable, et dans les circonstances actuelles il est facile de prévoir à laquelle des deux puissances restera lavantige : grâce à la vapeur, l'Irraouaddi, artère centrale de la Barmanie dite € indépendante », est déjà, pour ainsi dire, au pouvoir de l'Angleterre, La flotte à vapeur du bas léraouaddi, remorquant des chalands, pourrait en einq

# Albert Fytche, Burman Past and Present: — Fortnightly Review, april 1879,

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