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LE DANS AN TAN

l'État chan de Xieng-mai, le fleuve porte déjà des barques, et dans tout le pays de Siam proprement dit il est navigable pour de faibles embarcations ;

Superficie et population du royaume de Siam, d'après Éelum et Wagner :

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des bateaux à vapeur le remontent dans son cours inférieur, vivifié par le flot de marée. La végétation est tellement touffue sur les bords de la Menam, qu'en maints endroits l’eau n’a pas de berges apparentes : les fourrés de lianes et de feuilles semblent jaillir du courant, surmontés par les fûts des palmiers, les tiges des bambous et du gabbi gabbé. Avant de se déverser dans le golfe, le fleuve projette des ramifications latérales et s’unit à diverses rivières qui lui ressemblent par le régime de leurs eaux. Pendant la période annuelle des crues, c’est-à-dire de juin en novembre, les courants débordés transforment en une vaste, mais peu profonde mer, la plus grande partie des campagnes inférieures. Le riz croît dans le sol immergé sur lequel les rivières répandent leurs troubles fertilisants et de toutes parts les barques parcourent le pays, passant au-dessus des fosses creusées à travers l’immense damier des rizières. Quelques-uns des cours d’eau de la région basse ne rentrent pas en entier dans leur lit et des marais permanents, cachés par de hautes herbes, s'étendent au loin. La rivière Khorayok, qui se relie à la Menam, près de son embouchure, par un canal artificie’, &:t un de ces courants paresseux bordés de « flachères ». Les éléphants errent par bandes au bord du fleuve, allongeant leurs trompes pour flairer de loin les barques au passage, mais on n’a point à les craindre, grâce à la profondeur de l’eau.

Les diverses rivières de la plaine dont Bangkok occupe le centre ne s'unissent pas en un seul courant pour se jeter dans la mer; mais toute la partie septentrionale du golfe dans laquelle entrent les eaux douces est séparée du large par un croissant de sable immergé qui s'étend sur une lonsueur d’une centaine de kilomètres entre la côte orientale et la côte occidentale de la baie. Les grands navires ne peuvent franchir le seuil et s'arrêtent à une quinzaine de kilomètres de l'embouchure : à marée basse, les barques seules ont assez d’eau pour s’aventurer sur la barre; les bâtiments de cent à cinq cents tonneaux ne se risquent entre les brisants qu’à marée haute, C’est dans le bassin limité par les sables où viennent se briser les flots du large que se déposent les vases apportées par les rivières. Toute la plaine basse, dans le voisinage de la mer, est formée de minces couches de sable et d'argile reposant sur une assise inférieure dans laquelle sont contenus des coquillages marins’. Un puits creusé dans la ville de Bangkok, à la profondeur de 6 mètres seulement, traverse cette strate déposée par la mer. La nature géologique du sol offre donc la preuve évidente de l'empiètement graduel des terres sur l'Océan.

! Schmitt, Annales de la Propagation de la Foi, 1871. # Pallegoix, Description du royaume Thaï; — Thomson, Dix ans de voyages dans la Ghine ct l'Indo-Chine; — Fr. Garuier, Bulletin de la Société de Géographie, 1874.

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Le pays de Siam n'a d’autres fleuves abondants que la Menam et les cours d’eau voisins; partout ailleurs, soit à l’est vers le Cambodge, soit au sud dans la péninsule Malaise, le versant maritime est trop étroit pour donner naissance à des rivières considérables. Toute la région orientale du royaume de Siam verse ses eaux dans le vaste bassin du Mekong, le fleuve de Cochinchine. Les chaînes faitières, presque toutes couvertes de forêts, n'ont été traversées que sur un petit nombre de points par des explorateurs européens, tels que Schomburgk, Mac Leod, Sprye, O'Riley, Baslian, Mouhot. La route de Maulmein à Bangkok par Raheïn, celles de Maulmeïn à Xieng-maï, de Tongou à Moné et à Xieng Tong ont été explorées; mais certaines régions, notamment vers les sources de la Menam, sont à peine connues. À l’est, entre la Menam et le Mekong, le pays des Laoliens est montueux : le voyageur Mouhot, qui le traversa du sud au nord entre Ayuthia sur la Menam et Luang-Prabang sur le Mekong, parle du majestueux aspect de la chaîne qui domine à l’orient le val de la Menam et dont l'extrémité méridionale se reploie vers l’est jusqu'aux frontières du Cambodge. De la butte isolée de Patavi, qui s'élève à 60 kilomètres environ au nord-est d’Ayuthia, l'immense amphithéâtre de ces montagnes, occupant tout l’horizon du nord et de l’est, présente un speclacle grandiose.

Au devant de cette chaîne, en face de Patavi, se dresse le P’rabat, le mont sacré des Siamois, où ils viennent adorer la trace laissée par le pied de Samona-Kodom, le « saint Pasteur ». Autour de la divine empreinte, les roches empilées en désordre portent d’autres marques qui ressemblent à des pas de tigres, d’éléphants et autres animaux : d’après la légende siamoise, Bouddha traversa la montagne suivi du cortège infini des bêtes de la forêt'; ces traces de pieds d'animaux, que nul géologue n’a encore étudiées, sont profondes, bien modelées et nettes, comme si elles eussent été faites dans une argile molle*. A l’est, près des montagnes que recouvre la vaste « forêt du Roi du Feu », le Dong P'aya P’aï, la surface des rochers est couverte, sur une largeur d'environ 15 kilomètres, de minerai de fer, épars en blocs semblables à des aérolithes. Des troncs d'arbres pétrifiés, appartenant aux essences qui croissent actuellement dans le pays, se voient aussi dans les terrains qui entourent la butte de Patavi, et le monticule lui-même est rayé aar les sources thermales de bandes diversement colorées, représentant aux yeux des indigènes les « ombres et les

‘ Henri Mouhot, Travels in the Central Parts of Indo-China . # Pallegoix, Description du royaume Thaï.

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La région de Siam et du Cambodge que le lac Tanlé et le prolongement de son bassin séparent du reste de l’Indo-Chine est montucuse dans une partie de son étendue : des massifs de forme insulaire, qu'un abaissement peu considérable du sol transformerait en iles véritables, s'élèvent au-dessus des plaines; une montagne, au nord de Chantaboun, atteint même la hauteur de 1912 mètres. Un sommet de moindre altitude, le Koh- Sabap (657 mètres), situé immédiatement à l’est de Chantaboun, est le « mont des Pierres Précieuses »; les torrents temporaires qui rayent ses flancs entraînent dans les terres environnantes des rubis, des saphirs et autres cristaux de prix que les planteurs vendent aux brocanteurs chinois.

Le climat de Siam ne diffère physiquement de celui de la Barmanie et de l'Inde Cisgangétique, sous les mèmes latitudes, que par des phénomènes locaux, provenant de l'exposition des versants et de la forme des rivages. En son entier, le Muang-Thaï, sur les 2000 kilomètres de dislance qu'on lui attribue du nord au sud, se trouve dans la zone des moussons alternantes, celle du sud-ouest qui apporte les orages et les pluies, celle du nord-est qui ramène le temps sec. Dans la plaine de Bangkok, centre géographique du pays, le circuit annuel des vents reproduit en grand les phénomènes de rotation que présente la brise journalière. La mousson pluvieuse du sud-ouest, qui commence en général au mois de mai, tourne graduellement à l’ouest, pour être remplacée à la fin de septembre par les vents du nord et du nord-est, qui dévient eux-mêmes peu à peu vers le sud-est et le sud avant que les airs ne reprennent leur mouvement circulaire sur le cadran des cieux. Les oscillations ordinaires du thermomètre pendant le jour, à Bangkok, sont de 27 à 50 degrés centigrades ; dans les journées les plus chaudes, la température ne dépasse pas 59 deurés ; mais pendant la saison sèche, qui est l'hiver, on a vu la colonne thermométrique descendre à 12 degrés pendant les nuits. La chaleur n'est vraiment pénible qu'avant la saison des pluies, en mars et en avril, quand le vent du nord-est a cessé de souffler, et que la mousson pluvieuse n'est pas encore établie. Les pluies qui tombent sur le pays de Siam doivent être moins abondantes en moyenne que celles de la Barmanie, puisqu'une cor-

1 Ducat, Annales de la Propagation de la Foi, 1859.

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