ROYAUME DE SIAM
la couronne est transmise au fils aîné. Tous les fonctionnaires de l'État doivent lui jurer fidélité en buvant l'eau du serment, dans laquelle baigne le glaive du roi et qui doit se faire poison pour celui qui manque à la foi promise. Des fêtes nombreuses, dont toutes les cérémonies symbolisent la prise de possession de la terre, de l'air et des eaux par le souverain, succèdent au couronnement; la procession par eau offre k spectacle le plus merveilleux : le cortège royal se compose d'au moins cinquante mille Lommes montés sur des barques de toutes formes et couleurs, représentant des animaux réels ou fantastiques. Mais tout maitre absolu qu'il est, quoique s’entourant, à l'égal des dieux, d'une « armée d'anges », le souverain a son pouvoir limité par le livre du cérémonial. De mème que l'empereur de Chine, qui servait d'exemple à tous les monarques de l’Extrème Orient et auquel Siam payait autrefois le tribut, le roi du Muang-Thaï doit régler sa vie d’après un livre qui trace d'avance toute sa conduite, indique l'instant de ses actes journaliers, lui dicte les paroles qu'il prononcera dans les grandes fêtes, comme celles de l’agriculture. Sans se laisser éblouir par la splendeur de ce qui l'entoure, le potentat doit comprendre la vanité de son pouvoir. Lorsque ses ministres Jui ont suecessivement remis les insignes de la puissance, il se lève et prononce un sermon sur la mort et le néant des choses humaines.
Un deuxième roi, toujours proche parent du premier, jouit du titre et de quelques attributs de la royauté, mais non du pouvoir, et ses courtisans sont désignés par le véritable souverain; son principal rôle dans l’orvanisme gouvernemental est d’être le père de la reine, car le « maitre de la Terre » ne saurait se mésallier avec des femmes qui ne seraieñt pas de sang royal. Naguère un troisième personnage portait également le titre de roi. Cette double ou triple royauté n’est point une institution exelusivement siamoise; en plusieurs autres États de l’Indo-Chine, des rois se parlageaient le pouvoir et prétendaient commander aux éléments : le premier avait l'empire du feu, le second celui de l'eau". L'existence simultanée de deux rois en titre pourrait faire croire à la fréquence de révolutions de palais, mais la force de la tradition est si bien établie, que depuis des siècles la paix n’a pas été troublée entre les deux princes. Des précautions sont prises pour que le premier roi n'ait rien à craindre d’un gendre : il est interdit à ses filles de se marier; elles sont enfermées dans une enceinte dont les jardins sont un « paradis terrestre » représentant toutes les curiosités de la nature extérieure; mais dans ce paradis la vie n’en est pas
1 Käümpfor; — Pallegoix; — Bastian ; — Gréhan,
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