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GOLFE DU TONGKING, FRONTIÈRE DE LA CHINE

La région montueuse du Kouangsi se prolonge par des arêtes secondaires sur les côtes du Tongking septentrional et même un de ces rameaux se termine près de la mer par un massif dont le point culminant atteint 1400 mètres. Une partie du littoral est bordée de falaises abruptes et se découpe en îles et en îlots rocheux, auquel on donne un nom encore trop justifié, « Archipel des Pirates » ; parfois cette appellation est spécialement réservée aux deux îles Kaolao, situées plus au large que les autres terres du groupe. Ces massifs insulaires sont presque tous coupés extérieurement de falaises abruptes. Dans l’intérieur s'ouvrent des cirques : on dirait des cratères de volcans, mais ces entonnoirs se sont formés par effondrement, car la roche est calcaire. Quelques-uns des cirques sont en communication avec la mer et donnent accès aux barques; sur le pourtour des baies s'ouvrent des grottes, qui parfois ont abrité des corsaires. Les terrasses qui dominent les bassins circulaires sont couvertes de cultures. Au commencement du siècle, une flotte chinoise débarqua des troupes, qui rasèrent les maisons et les arbres et emmenèrent tous les habitants pour mettre un terme à la piraterie; bientôt après cet acte de vigueur, les mers voisines étaient aussi peu sûres qu’auparavant'.

Le pays élevé de la marche chinoise est nettement limité au sud par l'étendue de terres alluviales où serpentent les bras du fleuve Rouge et des rivières affluentes. Seulement quelques buttes rocheuses, restes de terres plus vastes que rongea la mer, apparaissent comme des îles au milieu d’un océan de verdure. Les hauteurs reprennent à l’ouest de la vallée du fleuve Rouge. Une chaîne, engagée par son extrémité septentrionale dans le plateau du Yunnan, à la hauteur moyenne de 1500 mètres, se développe dans la direction du sud-est, servant probablement de ligne faitière entre les eaux qui descendent d’un côté vers le Song-koï, de l’autre vers le Mekong ; mais on ne la connaît que pour en avoir vu les contreforts, riches eu assises carbonifères et en gisements miniers de fer, d’étain, de cuivre, d'argent et d'or : au sud de l'itinéraire de l'expédition française commandée par Doudart de Lagrée, jusqu'aux monts de l’Annam proprement dit, aucun explorateur moderne ne l’a traversée. Des rangées de collines appartenant à ce faîte de partage s'élèvent immédiatement à l’ouest du Song-koï, séparées les unes des autres par des vallées tributaires, dont l’une, se continuant au sud du delta, constitue une limite naturelle entre les deux moitiés de l'empire annamite. Les ramifications de la chaîne maitresse viennent à des intervalles peu éloignés baigner leurs roches termi-

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nales dans les flots, laissant entre leurs pointes des criques semi-circulaires, des baies et même en plusieurs endroits des havres profonds qu'entoure un amphithéâtre de collines. Malgré d'innombrables découpures, la côte présente dans son ensemble une courbe des plus régulières, tournant sa convexité vers la haute mer, comme pour balancer la courbe concave du golfe de Tongking. Cette rondeur du littoral correspond exactement à celle que forme l’arête faitière de l’Annam : le parallélisme des rivages et des montagnes n’est pas moins frappant dans cette région de l’Indo-Chine que dans l'Inde Cisgangétique, le long du Konkan et du Malabar. Par delà les montagnes, le Mekong suit aussi, d'une manière générale, une direction parallèle à la côte et aux monts. La zone de vallées basses et de collines peu élevées qui sépare la mer et le faite des montagnes n'a qu'une faible largeur, de 15 à 50 kilomètres, et les saillies transversales partagent cetle zone côlière en autant de vallées distinctes ne communiquant les unes avec les autres que par le rivage ou des brèches latérales. Les rivières qui descendent sur le versant annamite coulent perpendiculairement à la côte, et c’est aussi dans le même sens que fut construile, au seizième siècle, la muraille qui séparait autrefois les deux royaumes : au nord, le Tongking, « Capitale de l'Orient », ou Dang Ngoai, « Route Extérieure », au sud, le Dang Trong ou « Route Intérieure ». Le nom d'Annam, sous lequel on connaît plus spécialement la zone du littoral, n'est autre que le mot de Ngannan appliqué au fleuve de la frontière : c’est le « Sud Pacifique » ou la « Paix du Midi ». D’autres noms indiquent également la position de la contrée relativement à la Chine, le pays des civilisateurs : telles sont les appellations de Nam Viet (Midi à passer), Vict Nam (au delà du Midi), Nhat Nam (Soleil du Midi)‘.

Vues de la mer, quelques-unes des crètes de l’intérieur apparaissent couvertes de forêts, mais la plupart, surtout vers l'extrémité méridionale de la chaîne, sont des masses granitiques sans végétation : des incendies périodiques, allumés pour éloigner les bêtes féroces ou pour ajouter des terres au domaine de la culture, ont dévoré les forêts. Des missionnaires français ont fréquemment traversé le faite, soit pour aller convertir les sauvages du versant occidental, soit pour échapper aux persécutions des mandarins cochinchinois, et l’on sait qu’en maints endroits des passages faciles s'ouvrent de l’une à l’autre pente. Toutefois aucun document ne justifie l’assertion souvent répétée que des rivières navigables se bifurquent pour s'épancher de chaque côté d’un seuil de partage. Un seul des explora-

# Villard, Excursions et Reconnaissances, XII, 1882.

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