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pour la précipitation des pluies. Tandis que l'une des pentes est inondée par les averses qu’apporte la mousson du sud-ouest, la pente orientale baigne dans l'air sec, sous un ciel bleu : l'opposition soudaine est d'autant plus frappante que d'un côté s'étend une contrée sauvage sans villes et sans villages, partout revêtue de bois, et que de l’autre se mont :s plaines déboisées et couvertes de cultures.
Sur la côte de l'Annam, au sud de Hué, la découpure de la côte la mieux connue des marins, la plus souvent mentionnée dans les documents politiques, est la baie de Kua han, désignée par les Français sous le nom de baie de Tourane (Touron). Elle est entourée au nord et à l'ouest par un hémicycle de collines, tandis qu'au sud-est une roche insulaire, rattachée au continent par une flèche de sable, se recourbe au devant de la baie et la transforme en une sorte de mer intérieure; en outre, un canal de navigation tracé dans les terres basses fait communiquer la baie avec une autre découpure du littoral, Hoï an, l’ancien port de Faïfo, situé au sud du promontoire. Un grand nombre d'autres baies qui s'ouvrent sur la côte méridionale de l’Annam, qui regarde au sud-est, ont une formatio: 1nalogue à celle de Tourane : ce sont aussi des bassins séparés de la m r des îles que des levées de sable ou des terres basses unissent au con... . Le port de Koui ñon ou Biñh diñh, ceux de Coumong, de Souan-daï, de Hon khoï, de Biñh hoa, de Kam rañ, se succèdent sur cette côte, malheureusement dépourvue de communications faciles avec l'intérieur et trop rapprochée d’une frontière que borde un cordon de douanes. La plupart des îles du littoral sont de simples rochers; quelques îlots, s’élevant sur le prolongement de la côte d’Annam, mais à 100 et 150 kilomètres au large, appartiennent à la même formation : l’un est le Poulo Cecir de Mar, appelé ainsi par les premiers navigateurs portugais pour le distinguer du Poulo Cecir de Terra, très rapproché du rivage. Le Poulo Cecir de Mar, — en annamite Koulao (ile) Thou, — est jalousement surveillé par le gouvernement d’Annam, qui s’est attribué le monopole des nids de salangane recueillis sur ses rochers et des holothuries pêchées dans les eaux environnantes.
A l'est de l’arête faitière, jusqu’au Mekong, s'élèvent quelques massifs indépendants et se ramifient des chaînes dont quelques-unes dépassent 2000 mètres. Tel est le P’ou soung, dont les contreforts, dominant le Mekong, le forcent à de brusques détours. Au sud du P’ou soung, un vaste plateau de 950 à 1000 mètres de hauteur occupe l’espace circulaire que limite à l’ouest le cours du Mekong et qu’entourent, au nord le Don (Se Don), à l’est etau sud-est le Cong (Se Cong). Ces hautes terres, que M. Thorel appelle pla-
MONTAGNES DE L'ANNAM, 815 | inondée par teau de Saravan, d'après une ville du pays et auxquelles M. Harmand donne M .. M ntale baigne le nom de « plateau des Boloven », d'après les sauvages qui l'habitent', il l'autant plus sont en partie recouvertes de forêts magnifiques, où les conifères, les char- l% illes et sans mes, les chènes et les châtaigniers se mêlent aux bambous, aux palmiers, HA Là :s plaines aux fougères arborescentes ; ailleurs s'étendent des bassins marécageux, rap- RIT fe pelant les prairies de la France par leur végétation herbeuse. Le sol du pla- HE ôte la mieux teau consiste en argile ferrugineuse reposant sur des grés ; mais les torrents, el) ie iments poli- A he s le nom de N° 187. — POULO CONDON. pre de.
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pelle pla- 1 Bulletin de la Société de Géographie de Paris, sept. 1877.
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région, où le socle de hautes terres de la Cochinchine, dominé par des chaînes ou des pics isolés, a sa plus grande largeur, l’arête principale se prolonge dans la direction du méridien, puis se reploie vers le sud-ouest, parallèlement au littoral et se termine sur les frontières de la Cochinchine française par des promontoires escarpés. Un de ces derniers massifs ou gnom, vers les sources du Donnaï, est le Tionlaï, dont le sommet granitique atteint 1000 mètres de hauteur'. Au delà, il ne reste plus que des buttes insulaires, rattachées à la terre ferme par des alluvions fluviales. La colline boisée du cap Saint-Jacques, limitant à l’est l'entrée de la rivière de Saïgon, est une de ces roches n'appartenant au continent que depuis une période géologique récente. Des iles situées à une grande distance en mer sont les saillies d’une arète sous-marine prolongeant l'axe des montagnes de l’Annam. Tel est l'archipel de Poulo-Condor, « ile des Calebasses » ou « Ile des Reptiles » : on y rencontre en effet des serpents de plusieurs espèces, ainsi que des tortues.
À l'ouest du delta cochinchinois, dans le Cambodge méridional, des massifs irréguliers, en partie volcaniques, et découpés dans tous les sens par des rivières, se rattachent par l’arète de Pursat et le Prabat aux montagnes de Chantaboun et se projettent dans la mer en cap hardis, continués par des îles rocheuses. La chaîne de l'Éléphant, à l'ouest de Kampot, se termine par un sommet de près de 1000 mètres ; en novembre, il en descend parfois un vent formidable, sorte de mistral, si violent que dans les campagnes les plus exposées à son action il ne croit pas un seul arbre. Les habitants de la plaine dévastée attendent la fin de la saison pour reconstruire leurs paillotes emportées par le vent?.
Sur la côte orientale du pays d'Annam, un seul grand fleuve vient se déverser dans la mer : c’est le Hong-kiang (Hoti kiang) des Chinois, le Song-koï (Song-cai, Song-ka, Song-tha) des Annamites, le fleuve « Rouge » des navigateurs français qui, les premiers des Européens, en ont exploré le cours. À la sortie du Yunnan, soit à 600 kilomètres de la mer par les détours de la rivière, le Song-koï, déjà large de 100 mètres en moyenne, porte des barques, et même le négociant Dupuis l'a remonté en 1871 jusqu'à Manhao, à 100 kilomètres en amont. Il coule directement au sud-est dans une étroite vallée, puis il reçoit à droite une autre rivière, presque
1 Neïs et Sceplans, Excursions el Reconnaissances, X, 1881, 2 Pavie, Excursions et Reconnaïssances, n° X, 1881,
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POULO-CONDOR, BASSIN DU SONG -KOi, 847
aussi considérable, le Song bôü (Kim-tu-ha), dont les affluents supérieurs se trouvent également en Chine et que des bateaux peuvent remonter jusque dans le pays des Laos ; c’est la « rivière Noire » des négociants français : elle est noire, en effet, du moins dans toute la partie inférieure de son cours. Les cluses ouvertes dans le granit ont en certains endroits jusqu'à 500 mètres de profondeur; ce sont des fissures du sol dont les parois se correspondent exactement d'une rive à l’autre, offrant la mème contexture géologique et des bandes de carbonate de fer à des hauteurs égales. De distance en distance des blocs tombés des parois surplombantes forment des rapides où l’eau sombre se brode d'écume blanche‘. Presque doublé en volume par celte rivière et devenu fleuve imposant, mais coupé çà et là de rapides difficiles à franchir lors de la baisse des eaux, le grand cours d'eau, connu en cet endroit sous le nom de Thao, ne prend son appellation de Song-koï (ou plutôt Chong caï, Grand Fleuve) qu’en aval du confluent de la rivière appelée Kham, Bodé, Liéou, Ca, en diverses parties de sa vallée*; de l’un de ses affluents, elle est souvent désignée comme la rivière « Eau Claire » par les explorateurs étrangers; grâce à la fertilité de ses bords, elle a pris une grande importance historique, et des écrivains y ont vu la rivière maîtresse. L'aspect même des eaux, en aval de la jonction, prouve que le Song-koï l'emporte par la force du courant; l’onde pure du Bodé se perd dans le flot trouble du confluent, rougi, dit la légende, par le sang d'un dragon foudroyé *.
Le « tronc » du fleuve, entre les branches tributaires et la fourche supérieure du delta, n’est que d’une faible longueur. À 150 kilomètres de la mer, les eaux se divisent : les deux bras principaux, le Song-koï au nord, le Song-hat ou Daï au midi, se ramifient à leur tour en de nombreux bayous et par des canaux naturels et artificiels transforment tout le delta en un labyrinthe d'îles, changeant suivant les inondations fluviales et les érosions marines. Deux bras latéraux du Song-koi, à « rivière des Mûriers » ou canal des Rapides, en partie creusé de main d'homme, et le Kaou-lu, vont rejoindre au nord un autre delta encore plus ramifié, celui que forment les bras du Thaï Biñh, descendu, sous le nom de Songkao, du lac Babé, dans une région inexplorée de la frontière. Le front du double delta, qui comprend les bouches du Song-koï et celles du Thaï-biñh au nord, développe son demi-cercle irrégulier bien en dehors de la ligne
* Courtin et Villeroi d'Augis, Excursions et Reconnaissances, XI, 1882.
* Carte de Dutreuil de Rhins,
$ Romanet du Caillaud, Bulletin de la Société de Géographie de Paris, février 1880. * Kergaradec, Excursions el Reconnaissances, X, 1881.
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normale des côtes, et cette courbe de 150 kilomètres est concentrique à une autre courbe beaucoup plus étendue, formée par les apports qui se déposent en mer le long du rivage.
Le grand fleuve de l’Indo-Chine orientale, plus connu autrefois sous l'appellation de Cambodge, est généralement désigné de nos jours par le terme