TRIBUS SAUVAGES DE L'ANNAN
située près de la frontière du Tongking et de la Cochinchine méridionale", avait pour nom Teheng Tehing. Mais les inscriptions cham, qui révèleront peut-être l'histoire de la nation, sont encore très peu connues”. D'après l'opinion commune, les Cham sont de parenté malaise; distincts des autres habitants de l'Indo-Chine, si ce n'est peut-être des Tchangraï, ils vivent à l'écart dans les forêts, et se construisent, derrière des bambous en rideau, des cases sur pilotis fort élevées, ne communiquant avec le sol qu'au moyen d'échelles, retirées le soir. Les Cham sont en moyenne un peu plus grands que les Annamites, plus solides et plus forts ; leurs pommettes sont moins saillantes, leurs figures moins plates, leurs yeux plus ouverts; ils se distinguent entre tous les Asiatiques par la proéminence de la eroupe : à cet égard, leurs femmes ressemblent presque à des Hottentotes. La langue cham se compose, pour un tiers environ, de mots malais, auxquels se sont mêlés quelques termes annamites et eambodgiens; plus de la moitié du vocabulaire n'a aucune analogie avec les idiomes de la population environnante”, Quoique peu nombreux, les Cham se divisent en deux classes et suivent deux religions différentes. Ceux qui gardent leur nom ethnique ne mangent point la chair de la vache et tiennent cet animal en dégoût. Ils brûlent leurs morts, après les avoir gardés et « nourris » pendant deux ou trois mois, suivant leurs ressources; puis ils recueillent les cendres dans un vase qu'ils enterrent, les pauvres au pied d'un arbre, les riches dans un mausolée. La classe des Cham appelés Bah-ni, c'est-à-dire les « Gens de Ja Religion », descend de prosélytes du mahométisme; les Bah-ni pratiquent la circoncision, ne boivent point de liqueurs fortes et repoussent avec horreur la chair du porc, qui est la principale nourriture animale des Chinois et des Annamites. Mais plusieurs de leurs cérémonies, l’adoration du soleil et de la lune, l'usage du bâton magique, les sacrifices sanglants, sont probablement d'une origine antérieure à la conversion mahométane. Les femmes des Bah-ni sont d'une vertu farouche : aussi la race reste sans mélange ; ces Cham gardent la fierté, la bravoure, la franchise parfaite qui les distinguent si nettement de leurs voisins les Annamites”', D’autres Cham, en maintes régions des monlagnes, vivent en bonne intelligence avec les sauvages else sont partiellement mélangés avec eux. MM. Neïs et Septans ont visité des villages dont les
1 Dutreuil de Rhins, Notes manuscriles,
% Aymonier, Académie des Inscriptions et Belles-Letlres, 9 dée, 1881,
5 Morice, Bulletin de la Société d'Anthropologie, 1815.
4 Tabard, Annales de la Propagation de la Foi. 1830; — Morice, mémoire cité; — Bastian, Die Vôülker des Oestlichen Asien.
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habitants, Cham et Trao, parlaient indifféremment les deux langues et pratiquaient les mêmes coutumes", Des Cham vivent près du Tonlé sap, à côté des Malais, peut-être leurs frères d'origine, La cabane malaise ou cham abrite toute la famille, depuis le père et la mère jusqu'aux arrière-petitsenfants ; parfois vingt personnes sont ainsi réunies dans une seule demeure, °
Les montagnes du Cambodge, au nord et au sud du Grand Lac, sont peuplées de sauvages comme les hauteurs de l'Annam. Les Samré, qui vivent dans les régions montueuses situées entre le Tonlé sap et le golfe de Siam, élèvent leurs cabanes sur des trones d'arbres coupés à 2 ou 3 mètres audessus du sol, et n'ont guère d'autre industrie que la chasse et la cueillette des fruits ; ils payent leurs redevances en gommes et en bois précieux. Les Koui du Cambodge septentrional sont forgerons comme les Sedang : ils transforment l'hématite de fer, qu'ils trouvent en grande quantité dans le pays, en une fonte de fer d'excellente qualité, bien supérieure au métal importé d'Europe, et beaucoup plus appréciée par les Cambodgiens et les Annamites?, Les Prak, qui parcourent aussi les forêts du Cambodge, assurés qu'en échange d’un tribut de cire et de gomme on ne les réduira pas en esclavage, se distinguent des nations voisines par le maintien des mœurs malriareales, À la mort des parents, les biens sont partagés également entre les filles; les garçons n'héritent pas. Les Prak sont en général grands et bien faits, mais ils se défigurent en se coupant les dents supérieures de devant au niveau des gencives et en affilant en pointes aiguës celles de la mâchoire inférieure® : la raison qu'ils donuent de cette coutume est qu'ils ne veulent pas € ressembler à des singes ». Is portent aussi de pesants brassards en laiton, enroulés du coude au poignet.
Les Cambodgiens ou Khimer sont, comme les Cham, une race déchue. De nos jours, ce qui reste de là nation est partagé entre deux royaumes : à l'ouest, les districts dont les ruisseaux et les rivières descendent vers le Tonlé sap sont annexés au pays de Siam; à l'est, un petit État, compris entre la mer de Siam et le cours du Mekong, entre le Grand Lac et la Cochinchine française, est sous la « protection » de la France. Au plus un million et demi d'individus se réclament du nom de Cambodgiens et des étrangers vivent en grand nombre au milieu d'eux. Mais les traditions, les documents historiques, les édifices témoignent également de la puissance politique de l'ancien État. Le Cambodge eut sa période de prépondérance dans
1 Excursions et Reconnaissances, X, ISST.
* Boulangier, Excursions el Reconnaissances, X, 1881, 5 Bouillevaux, L'Annam et le Cambodge ; — Havmand, Bulletin de la Société d'Anthropologie
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Anthropologie
SAMRÉ, PRAK, CAMBODGIENS, #73
CP . . bits , l'Indo-Chine et, pendant sa prospérité, entretint des relations suivies, d’un côté avec la péninsule Gangétique, de l'autre avec l'ile de Java. Près des bords du Grand Lac se trouvait un foyer de la civilisation hindoue, Les noms