‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 404 sur 471 · TRIBUS SAUVAGES DE L'ANNAM · texte numérisé non relu

TRIBUS SAUVAGES DE L'ANNAM

Chaque village forme une petite république, dont les vieillards sont les conseillers naturels, mais l’assentiment général est nécessaire avant qu'une décision soit exécutoire. Le chef des familles est en même temps grand prêtre, « celui qui présente l'eau au démon », mais seul, il n’est pas assez puissant pour conjurer les mauvais esprits el doit s'associer des magiciennes, qui savent interpréter le vol et le chant des oiseaux, et surtout dévoiler les machinations des sorcières où deng qui, même dans leur sommeil, peuvent attirer des fléaux sur la tribu‘; on s'en débarrasse d'ordinaire en les vendant comme esclaves aux Laotiens, La pratique des ordalies, surtout par le goudron bouillant, l'étain fondu, le séjour prolongé sous l’eau, est encore très usitée chez les Banar. Comme beaucoup d'autres sauvages, ils brûlent autour des cadavres tous les objets dont se servaient les défunts, afin que le mort ne revienne pas inquiéter les vivants en Jeur réclamant sa propriété. Ne possédant pas les bestiaux de labour qui leur permettraient de retourner profondément la terre, les Banar quittent leurs campements chaque troisième année pour chercher un autre sol cultivable, qu'ils débarrassent par le feu du fourré de broussailles. La semence de riz qu'ils apportent des anciens champs aux nouveaux, est gardée avec un soin religieux et celui qui la vendrait serait immédiatement frappé de mort par les démons. Le premier riz de la récolte est mangé en silence, et c’est avec eflroi que, pendant cette grave opération, les Banar verraient un étranger pénétrer dans leur demeure. Ils ne comptent dans l'année, comme ayant une existence réelle, que les huit mois de culture : la période de décembre en avril, qui est celle du repos des champs, est considérée comme n'existant pas : ce sont les « mois flottants »*.

La race la plus nombreuse de la région comprise entre le Mekong et le versant oriental de l’Annam est celle des Tehangraï, dont les villages fortifiés sont épars sur un espace de plus de 400 kilomètres au nord de la Cochinchine française. Ils parlent un dialecte rapproché des idiomes malais, ce qui s'explique par les relations séculaires du commerce que les indigènes de l’intérieur avaient autrefois avec de littoral du sud-est, très fréquenté par les Malais. Les Radeh (Rdë), qui habitent la même région de montagnes que les Tchangraï, à l’est et au nord, se distinguent de leurs voisins par la blancheur de leurs visages : leurs traits rappellent, dit-on, ceux des Européens; mais, comme la plupart des aborigènes de la Chine et de l’Indo- Chine, ils ont l'habitude d’étirer leurs oreilles, de manière à faire pendre le

t Combes, Annales de la Propagation de la Foi, 1855; — Bastian, Geographische und Fihno-

logische Bilder.

2 Ad, Bastian, ouvrage cité; — Zeilschrift für Ethnologie, 1.

lobe inférieur au-dessus de l'épaule, Ils vivent en de vastes maisons, où chaque famille possède un réduit où un curré. Toute la population d'un village est réunie dans une même construction, sans porte extérieure, accessible seulement par de hautes échelles appliquées contre la muraille : c'est ainsi qu'on retrouve à l'extrémité de l'Asie des édifices comparables à ceux des Zuñi et autres peuplades du Nouveau-Mexique et de l'Arizona. De même que les Banar, les Radeh changent de campement après quelques années de séjour, afin de mettre de nouvelles terres en culture; mais leurs cérémonies religieuses se distinguent de celles des autres tribus : ils offrent des sacrifices aux mânes des ancêtres, aux fleuves, à des arbres sacrés, et surtout à des pierres de formes diverses, érigées dans leurs maisons. Parfois quelques Radeh descendent des montagnes jusqu'aux marchés du Mekong, où ils viennent échanger de la cire, de l'ivoire et des vases grossiers. Toutes ces tribus sont habiles à tisser des étoffes, à seulpter le bois, à former des poteries; les moins habiles sont les Stieng. Ceux-ci n'ont point d'industrie proprement dite et n’apportent sur les marchés annamites on cambodgiens, pour les échanger contre des ustensiles chinois, des étolfes el du riz, que les produits de la chasse ou de la cueillette’. Quant aux Trao, qui vivent à l'est de Bienhos et de Baria, dans la Cochinchine française, ils semblent menacés de disparaître bientôt par les maladies et la diminu- Lion des enfants. Au nombre des plus petits parmi les hommes, ils viennent à peine pour la taille avant les Lapons”*.

Il est des tribus qui paraissent ètre les fragments dispersés de nations jadis policées. Ainsi les Cham (Khiam, Tsiam ou Hoï), parsemés dans la région sud-orientale de la péninsule indo-chinoise, principalement dans le Cambodge et sur les hauts plateaux de la grande chaîne, entre les provinces de Biñh Thouan et de Nha Tran, sont considérés par tous les auteurs comme les descendants des Tsiampois ou gens de Tsiampa, graduellement refoulés par les Annamites et les Chinois. Le Tsiampa paraît avoir été jadis l'empire le plus puissant de la péninsule Transgangétique : d’après le missionnaire Gagelin, toute l'étendue continentale comprise entre le cours de Ta Menam et le golfe du Tongking lui aurait appartenu; le souvenir de la puissance des Tsiampois survivrait encore dans le nom de Cochinchine, dans lequel se retrouvent les caractères chinois Co Tcheng Tching, c'est-à-dire «ancien Tsiampa » *. Une des premières capitales du Tsiampa,

? Morice, Builetin de la Société d'Anthropologie, 1875.

? Taille des hommes : 1,555, Taille des femmes : 1",462, Moyenne : 1", 508, (Neïs, Eveursions el Reconnaissances, n° NI, 1880.) 5 Luro, Le pays d'Annam.

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