‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 408 sur 471 · TYPE ET COSFUXE DU CAMNODGES — LE FILS AINE DE NOHOBOM · texte numérisé non relu

TYPE ET COSFUXE DU CAMNODGES — LE FILS AINE DE NOHOBOM

Dessin de E. Ronjat, d'après une photographie de M. Gsell,

Cochinehine et le Siam, on craint leur esprit vindicatif et même on leur attribue souvent le mauvais ail, Leurs pratiques religieuses ne sont pas de pures formalités comme celles de la plupart des Indo-Chinois; le marage est plus respecté que chez les Annamites : lopimon publique con- ! Bouillevaux, Silvestre, ete,

? Morice, Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris, IST; -

Lemire, Cochinchine française ei royaume de Cambodge.

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878 NOUVELLE GÉOGRAPIHE UNIVERSELLE.

damne tout homme qui, arrivé à un certain âge, n'est ni bonze n1 marié. Les femmes sont fidèles, mais fières et jalouses. Quoique les Annamites, en leur qualité de conquérants, affectent de mépriser les Khmer, ceux-ci, qui parlent encore avec orgueil du Maha nocor ou € Grand royaume » de leurs ancêtres, considèrent les Cochinchinois comme appartenant à une race inférieure, et rarement Cambodgienne prend un Annamite pour mari; presque tous les métis sont d'origine cambodgienne par le père, annamites par la mère', Les Khmer ont la prédilection de la musique, du chant, de la poésie : en voguant sur le fleuve, les matelots chantent d'une voix sonore; sur les barques des mandarins résonnent les tambourins, l'harmonica, le flageolet. Les Cambodgiens ont beaucoup plus de goût qu: les Annamites pour la construction des maisons et des bateaux. Sur ie Tonlé sap, on reconnait immédiatement la nationalité des bateliers à 1'aspect de leurs barques *.

De même que dans le pays de Siam, les fils des riches sont élevés dans les pagodes sous la direction des talapoins : ils doivent se préparer à Ja vie par la récitation des prières et des sentences pieuses : ils sont moines avant de devenir hommes. La polygamie n'existe que chez les grands; eux seuls ont maintenu l’ancienne coutume d’épouser leurs demi-sœurs. Les riches ont aussi la coutume de garder les morts dans leurs demeures pendant plusieurs mois avant de les brûler; 1} en est mème qui enterrent provisoirement les cadavres, mais pour en réduire les ossements par le feu quelques années après”, Quant aux pauvres, ils brûlent leurs morts immédiatement après le décès; le temps de conservation des cadavres se mesure à la richesse des familles. Les moines bouddhistes où lue-sañg, vigoureux observateurs de la règle, sont en général très respectés et leur influence est considérable, Les tentatives de conversion faites par les missionnaires catholiques n'ont eu jusqu'à maintenant aucun résullat sérieux. Quoique le royaume khmer se trouve sous le protectorat de la République française, ses institutions politiques n'ont point changé. Le roi est toujours le « souverain maitre de la vie et des biens » de tout son peuple, I choisit à son gré les mandarins, sans les faire passer par une série d'examens lilléraires, et les convoque deux fois par an pour leur faire boire eau du serment, dans laquelle baigne la sainte épée : des gardes, à la fois soldats et prêtres, se succèdent jour et nuit devant le glaive, psalmodiant sans interruplion des formules de prière. La justice, exereée par des magistrats

1 Mondière, Monographie de la femme de la Cochinchine.

2 Buchard, Excursions et Reconnaissances, Y, 1880. 5 Aymonier, Uéographie du Cambodge.

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CAMBODGIENS, ANVANITES. 879

qui se payent eux-mêmes par les amendes et les redevances qu'ils infligent aux plaideurs, est vendue au plus offrant: le commerce, monopole royal, se loue à d'âpres fermiers chinois: ainsi <explique la paresse reprochée aux Khmer du royaume. On comprend que. sous un pareil régime, la race cambodgienne, malgré toutes ses qualités natives, ait singulièrement déchu. L'esclavage n'est pas aboli, mais depuis {877 il est devenu moins lourd, si ce n'est pour les serviteurs des pagodes ; les esclaves ordinaires reçoivent un salaire journalier qui peut aider à leur libération; ils ne sont plus considérés comme esclaves à vie et rentrent dans la condition des « engagés », serviteurs de leurs eréaneiers jusqu'à parfait acquittement de la dette. Quant aux esclaves de l'État, qui descendent pour la plupart des condamnés politiques, ils ne doivent que trois mois de service au roi ou au mandarin ; pendant le reste de Fannée, ils sont libres d'aller et de venir, de cultiver le sol et de trafiquer à leur profit®. Au Cambodge, la propriété individuelle n'existe pas : toutes les terres sont des biens communaux que les habitants cultivent à titre de colons partiaires ?

La nation dominante, sur le versant orental des montagnes et dans la région inférieure du Mekong, est eetle des Annamites. Les Giao-chi (Giaokii), — tel est le nom que l'on donne à la race dominante, — se rapprochent des Chinois plus que tout autre peuple de la péninsule Transgangélique; mais on ignore quelle est leur origine. La plupart des avteurs les rattachent à la souche sinique; d'auires eroient à la parenté des Annamites e! des Malais”; d’après Otto Kunze, les Giac-ehi seraient les frères des Japonais; mainte coutume témoignerait de La communauté de race”, Suivant la tradition et l'histoire, les Annamites se sont progressivement répandus le long de la côte, dans la direction du nord au sud : longtemps confinés dans js Tongking, où ils sont encore beaucoup plus nombreux que dans tout le reste de la Cochinchine, ils gagnèrent peu à peu sur les populations du midi et repoussèrent les Tsiampois dans l'intérieur ; c'est au nmlieu du dix-septième siècle seulement qu'ils ont conquis le bas Mekong sur les Khmer. Cette région, qui faisait autrefois partie du Cambodge, est désignée à juste titre sous le nom de Cochinehine française, car la plupart des Khmer en furent chassés où exteemimes : les Cochinchinois l'habitent en

très grande majorité; enfin, des colonies d'Annamites fugitifs se trouvent

3 t1 en quelques rares endroits sur le versa “cudentai des montagnes, dans ‘ Fourès, Organisation politique du Cambodge, E : «1 Becu ssances, NH, 1882, 2 Villard, Excursions et Reconnaissances. vol. X “x 5 Harmand, Archives de médecine navale

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les pays des Moï et des Laotiens; partout où ils se présentent en groupes

isolés, ils font souche et en peu d'années ils forment un élément impor-

tant de la population.

M. à À côté des Cambodgiens et des Moï, fortement musclés, les Annamites ne se font point remarquer par leur prestance. [ls sont petits, mais bien proportionnés; l'obésité est beaucoup plus rare chez eux que chez les Chinois. Ils rachètent par la souplesse leur manque de force; leurs pieds ont une singulière dextérité : grâce à l'écartement des orteils, — indiqué par le nom de Giao-chi, — ils ramassent facilement les objets qui se trouvent sur le sol et les élèvent à la hauteur de la main. Leur démarche est aisée; mais chez les femmes elle semblerait manquer de modestie, à cause de lobliquité des cuisses et du balancement du torse qui en est la conséquence !, Quant au visage, il est large et plat comme celui des Chinois, el se rapproche davantage de la forme du losange; Ta paupière est aussi légèrement plus oblique? ; suivant l'éducation, le lieu de séjour, les travaux, , la couleur varie du blane sale à celle du chocolat. La barbe ne vient que tard et seulement au-dessus des lèvres et sur le menton. Les Annamites vieillissent rapidement; un homme de cinquante ans est déjà cassé par l'âge *. Hommes et femmes, moins différents qu'en d’autres pays par les traits et la voix, portent également les cheveux longs et les ramassent au sommet de la tête, de manière à découvrir les oreilles, Le costume consiste, pour les deux sexes, en un large pantalon et une robe; les hommes ne sor-

< tent pas toujours tête nue, comme les Niamois; ils portent un chapeau en forme de cône, tandis que les femmes ont une espèce de plateau rond, très léger, sous lequel leur petite figure se voit à peine. Tandis que les Khmer élèvent pour la plupart leurs cabanes sur des tertres et d'anciennes dunes, les Cochinchinois construisent de véritables ertés lacustres au bord de

n2t l'eau, où mème dans le courant des fleuves”.

L'Annamite semble froid et rarement s’abaisse à témoigner de ladmiration pour quoi que ce soil; il est porté à la critique, raille volontiers ses supérieurs; 1l se venge par des plaisanteries de son humilité foreée vis-à-vis des grands, I a le culte de la famille, respecte ses parents, consulte sa femme en loule entreprise, élève ses enfants avee sollieitude, Test d'une grande douceur naturelle : « La nature est généreuse, il faut lPimi-

1! Morice ; — Wernich ; — Mondière : — Dutreuil de Rhins.

® Mondière, Monographie de la femme de la Cochinchine.

5 Havmand, Bulletin de la Société d'Anthropologie, 1865,

# Luro, Le Pays d'Annam:— Richard, Revue marilime el coloniale; — Pallu, Expédition de

Cochinchine; — Thorel, Voyage d'Exploration.

5 Gaultier de Claubry, Bulletin de la Société Anthropologie, 3° fase, 1882.

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