RUINES D'ANGKOR
Les monuments d'Angkor, qui datent en partie du dixième siècle et dont la construction semble avoir été interrompue brusquement au quatorzième siècle, représentent une phase particulière de la religion bouddhique, alors que, sous l'influence directe de l'Inde et de Ceylan, se croisaient les mythes de Brahma, de Siva, de Vichnou, de Rama et ceux de la « Grande Doctrine » : parmi les statues et les bas-reliefs qui ornent les monuments d'Angkor, il en est beaucoup qui représentent Brahma aux € quatre tètes », la trimourti, les personnages et les scènes des épopées hindoues ; on y retrouve aussi les traces du culte des serpents : la naga aux sept lêtes est un des motifs les plus communément employés’, Les inscriptions des temples restèrent longtemps indéchiffrables, mais heureusement que plusieurs de ces monuments épigraphiques sont bilingues : le sanserit, langue sacrée, était employé par les bâtisseurs à côté de l’idiome vulgaire. Grâce à cette circonstance, Kern ex Europe et Avrouier au Cambodge ont réussi à interpréler diverses inscriptions, qui constatent l'influence de la civilisation de l'Inde à cette époque de l'histoire du peuple khmer : le plus ancien de ces documents date de l'an 667 de l'ère vulgaire”, Les traditions mélangées de l'architecture hindoue se retrouvent aussi dans les temples du Cambodge; mais elles se sont fondues en un ensemble harmonieux : l'art khmer, que l'on peut apprécier en France par les fragments du musée Delaporte à Compiègne, a désormais son rang parmi les styles qui ont donné naissance à des œuvres considérables. Les avenues Lbordées de géants ou d'animaux fantastiques, les escaliers que gardent des lions, les terrasses et les galeries peuplées de statues, les péristyles à piliers ouvragés, les voûtes ogivales, les pyramides à étages, toutes ornées de sculptures en forme d'éventail, se succèdent à perte de vue : une simple porte, un pilier, émerveillent par le fini du détail, l'originalité des arabesques, et pourtant l'ordonnance générale est d'une étonnante simplicité; nulle part, la richesse de l'ornementalion ne devient confusion, comme en tant de monuments de l'Inde Cisgangétique. Les herbes folles, les guirlandes de lianes, les forêts mêmes qui se sont emparées des édifices, soit pour en desceller les marches, soit pour en déjeter les colonnes et les statues ou pour embrasser les tours, ajoutent à la beauté de ces temples déserts. Quand on aborde par l'avenue des Géants l'enceinte de la cité proprement dite, Angkor la Grande, et qu'on aperçoit les tours se dressant au-dessus de la haute enceinte et de ses portes triomphales, on apprend à respecter le peuple khmer d'autrefois et l'on espère dans l'avenir de ses descendants.
4 Recker, Der Schlangenmythus, Kosmos, IE, juni 4879. % Journal officiel de la République française, A4 août 1882.
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D'autres ruines de temples, de forteresses, de cités se rencontrent en mille endroits dans la région de collines qui remplit l’espace triangulaire compris entre le Mekong et la rive orientale du Grand Lae : là chaque « haut lieu » portait son temple, et les explorateurs Delaporte, Ratte, Aymonier en ont pu voir les restes magnifiques. Au sud du lac, on a reconnu d’autres débris appartenant à une civilisation plus ancienne, des objets de l'âge de pierre, poteries, flèches, instruments en métal, mèlés à des ossements d'hommes et d’animaux'. L’assèchement graduel de la contrée est probablement la principale cause de la dépopulation graduelle du pays : les eaux se sont retirées d’Angkor et des cités voisines, le golfe s'est changé en lac et se transforme maintenant en marécage*. Les groupes d'habitation actuels sont des amas de cabanes et des cités lacustres érigées sur des plates-formes de bambou et défendues contre les esprits par un parasol orné de fleurs et d’une noix de coco”.
En aval des Quatre Bras, quelques villes commerçantes, ou plutôt quelques agglomérations de villages, se succèdent sur le Fleuve Postérieur. Chaudoe, dans la Cochinchine française, a l’avantage d’être en communi-
cation directe avec la mer de Siam par un canal de navigation qui va rejoindre
Hatien, entouré de plantations de poivriers; mais ce canal, dont le creuscment coûta la vie à des multitudes de travailleurs, ne peut servir qu'aux barques d’un faible tirant d’eau, et le port lui-mème, devant lequel les Annamites coulèrent des blocs de rochers vers le milieu du siècle, pour fermer le passage à une flotte siamoise‘, n’est accessible aux navires qu'aux heures du flux. Kampot, situé au nord-ouest, sur territoire cambodgien, a plus de profondeur et le mouillage y est mieux abrité : de temps immémorial, il est fréquenté par les navigateurs chinois et malais ; c’est là que vient aboutir la voie la plus courte d’Oudong et de Pnom peñh au golfe de Siam. Au-dessous de Chaudoc, près de Long xuyen, une coulée naturelle ouvre un autre chemin vers la mer occidentale, mais, comme le canal de Chaudoe, elle n’est accessible qu'aux petites embarcations des indigènes.
Le Fleuve Antérieur passe devant Sadec, puis, dans le voisinage de Viñh long, entrepôt de commerce et place forte, il se ramifie en deux bras, qui se subdivisent à leur tour en formant un delta secondaire. Mytho, sur le bras du nord, est la ville principale de ce delta : elle a le double avantage
1 Moura, Noulet, etc.
* Boulangier, Excursions et Reconnaissances, IX, 1881. 5 Buchard, mème recueil,
4 Boulangier, Excursions ct Reconnaissances, n° IX, 1881.
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