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PRESQU'ILE MALAISE

indépen:lants et aux provinces siamoises, que se grouperait plus de la moitié des habitants.

Les montagnes qui forment l’ossature de la péninsule de Malacca ne se développent point en une chaîne continue; partagées en fragments inégaux par de larges vallées fluviales, elles s’alignent dans la direction du nord au sud et du nord-ouest au sud-est, soit en faîtes isolés, soit en rangées parallèles. Des monts solitaires, de toutes parts environnés de campagnes basses, se dressent en dehors des chaînes, et quelques-uns sont assez élevés pour qu’on les aperçoive des deux mers. Des forêts recouvrent presque toute la contrée de leu verdure épaisse : en remontant les rivières sous la voûte des branches entre-croisées, les bateliers peuvent voyager pendant des journées entières sans qu’une éclaircie laisse apparaître un des innombrables sommets de la presqu’ile. En quelques endroits pourtant, l’horizon s'éclaireit : les eaux, épandues en vastes marécages, n'ont d'autre végétation que celle des roseaux ou des lotus; ailleurs, des couches rougeâtres de latérite s'étendent à perte de vus, sans arbres à parsemées seulement de rares bouquets de bois.

Au sud de Maulmeiïn, toutes les rivières, à l'exception de quelques torrents qui descendent directement à la mer, se distinguent par leur étonnant parallélisme avec le littoral et les arètes de montagnes qui se prolongent du nord-ouest au sud-est, formant l’épine dorsale de la péninsule de Malacca. Il est peu de contrées où les vallées longitudinales aient un caractère aussi remarquable de régularité; à cet égard, elles ressemblent aux étroits sillons fluviaux du Tibet oriental ; à 1000 kilomètres de distance, les plissements du sol présentent la même formation. Les rivières enfermées entre les arêtes parallèles prennent un développement considérable, quoique naissant à une petite distance de la mer. Ainsi l'estuaire de Maulmeïn reçoit la fongue Attaran qui serpente du sud au nord, à l'encontre de la Salouen. Le golfe de Tavoi continue une rivière d'environ 200 kilomètres qui coule du nord au sud en découpant du reste de la Barmanie une péninsule étroite. La grande rivière de Tenasserim, plus curieuse encore, se compose de trois segments fluviaux coulant en sens opposés. Le cours supérieur, le Bean, dont l’origine est à la montagne isolée de Myengmoletkat, dépassant 2000 mètres en hauteur, s’'é anche vers le nord-ouest, parallèlement à l'estuaire de Tavoï, puis il s'échappe à l’est par une cluse, et serpente dans une vallée ouverte au sud-est et au sud : à Tenasserim, une deuxième brèche lui livre passage et il va se jeter dans la mer en reprenant la direction du nord-ouest. Ainsi ce cours d’eau, qui naît à une trentaine de kilomètres de la mer, ne s’y déverse qu'après avoir décrit un ovale

allongé d'environ 500 kilomètres. Au sud de la rivière de Tenasserim, celle de Laïnya et le Pakchan ou Kra, qui forme la limite méridionale de la Barmanie anglaise, suivent aussi, en sens inverse l’une de l’autre, un cours parallèle aux montagnes dorsales de la presqu’ile et au rivage de la mer de Barmanie. Les terres de l'archipel de Mergui, qui borde le littoral du Tenasserim sur une longueur d'environ 400 kilomètres, sont elles-mêmes des fragments d’arètes montagneuses partiellement immergées, disposées en plusieurs rangées parallèles à l'axe de la presqu'ile, et se composant des mèmes roches, granits, porphyres, conglomérats. Qu’un soulèvement fasse sortir leur base des flots de la mer barmane, et les détroits intermédiaires se changeront en vallées où naîtront des rivières coulant parallèlement à celles de la terre orientale.

La cordillère septentrionale de la péninsule forme la limite natureile entre le littoral barman, que possède maintenant l'Angleterre, et }°< possessions siamoises. Sa grande richesse minérale consiste en étair des Chinois y ont ouvert des mines activement exploitées; dans ces mêmes montagnes, auxquelles les Siamois donnent le nom des « Trois Cents Pies ». on recueille des pépites d'or. Au sud du Tenasserim, la chaine, çà et là interrompue par de profondes brèches, se continue en arêtes parallèles jusqu'à l'extrémité de la presqu’ile de Malacca.

On sait que l'une de ces brèches de la chaîne des Trois Cents Pies est formée, immédiatement au sud de la frontière anglaise, par la rivière de Pakchan ou Kra, ainsi nommée d’un village de ses bords, et par le Tehoumpong, tributaire du golfe de Siam. Plus au sud, une deuxième brèche s'ouvre à L'endroit où la péninsule et les saillies qui la dominent changent de direction, et se détournent brusquement vers le sud-est : là se trouve sans doute une ligne de fracture, qui se poursuit au loin dans la mer, puisque la chaîne des Andaman et Sumatra sont respectivement parallèles aux deux moitiés de la péninsule Malaise. Enfin, plus au sud, dans le pays de Ligor, la presqu'ile se rétrécit de nouveau entre les chaines d'îles qui bordent le rivage dans le détroit de Malacea, et la manche sinueuse qui sépare l'ile où « poulo » Tantalam de la côte orientale. C’est par l'isthme de Ligor, paraît-il, que, lors de la grande propagande bouddhique, se faisaient les voyages entre l'Inde méridionale et le Cambodge’. Mais pendant toute la période moderne l’isthrae de Kra, plus étroit et plus rapproché de l'embouchure de la Menam, a été de beaucoup le plus fréquenté pour le passage de l'une à l'autre mer : en mainte expédition, les troupes siamoises

# James Fergusson, Royal Asiatic Sociely, June 1867.

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