‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 57 sur 471 · PLAINE, POPULATIONS DU KACHMIR · texte numérisé non relu

PLAINE, POPULATIONS DU KACHMIR

sers les plaines du Pandjab, situées à 1200 mètres plus bas et à plus de 300 kilomètres de distance en suivant le cours du fleuve. Il est peu de vallées plus belles que cette porte du Kachmir, avec ses roches à pie, ses grands arbres, ses brusques détours et ses eaux retentissantes.

Les populations de l'Himalaya occidental se distribuent suivant la pente du sol et la marche des fleuves. Tandis que les districts du nord-est et du nord sont trop élevés pour être habitables ou pour avoir d’autres populalions que de rares nomades, les régions moyennes où les neiges ne séjournent que pendant une partie de l’année ont déjà quelques villes et des bourgs considérables dans les fonds; mais les habitants ne se groupent en nombre que dans la plaine de Kachmir et dans les larges vallées qui s’ouvrent au sud vers le Pandjab.

Toute la région orientale, qui appartient encore géographiquement au Tibet par la hauteur de ses plateaux et de ses vallées, lui appartient aussi par l’origine de ses habitants, par la langue qu'ils parlent et la religion qu'ils professent. Une de ces peuplades, trop peu importante pour qu’on la cilât même en d’autres pays, n’est connue que par son isolement sur un territoire immense. C’est la tribu des Khampa ou Tehampa, vivant sur le plateau de Roupchou. Toute la population de la région, qui s'étend sur un espace d'environ 10 000 kilomètres carrés, se compose d’au plus 500 individus nomades qui changent de pâturages quatre fois par an suivant les saisons, et qui vont passer l’hiver dans la vallée du haut Indus : le village de Dora, près de la frontière du Tibet, à 4200 mètres d'altitude, est leur principal campement. Ces nomades, dont l’industrie est le transport des marchandises entre le Tibet et le pays de Ladak, se distinguent, comme leurs frères du plateau tibétain, par leur gaieté, leur bonne humeur, leur égalité d'âme dans les fatigues, la misère et la faim ; au-dessous de 5300 mètres d'altitude, ils ne se sentent plus dans leur élément natal : l’atmosphère basse les étouffe. Quelques moines bouddhistes vivent aussi dans le couvent de Hanlé, bâti sur une crête escarpée qui domine la plaine marécageuse de ce nom, à 4595 mètres d'altitude : après la laverie d’or de Thok yaloung dans le Tibet, c’est probablement le point de l'Asie le plus élevé qui soit habité d’une manière permanente.

Les Ladaki du pays de Leh, sur le Ghayok, le haut Indus et le Zanskar, les riverains du Satledj, dans le Kounawar, les habitants du Spiti'et la plupart de ceux du Lahoul, sont, comme les Khampa,de purs Bod ou Tibétains. Comme leurs frères du Bod-youl, les Ladaki sont presque tous de petits

hommes trapus, à larges faces, à pommettes saillantes, à paupières obliques; ils se distinguent aussi par leur bienveillance, leur gaicté, leur amour du travail, le bon accueil qu'ils font aux étrangers. Ils se laissent également opprimer par les Jamas et bâtissent pour eux des monastères, des temples, des mani, portant l'inscription sacrée; toutefois il parait que dans ces dernières années le recrutement des prêtres est plus difficile et que plusieurs couvents sont déserts. La faible étendue des terres arrête dans le pays de Ladak, comme dans le haut Tibet, l'accroissement de la population, et les mariages polyandriques sont la règle : une seule femme est la ménagère et la compagne de travail de plusieurs frères à la fois, devenus héritiers du vivant même de leurs parents. Dans la partie la plus basse du pays, les métis tibétains et d’autres races sont nombreux, et jusqu’en 1871 ils étaient encore les esclaves du gouvernement : grâce à l'intervention du géologue Drew, ils furent émancipés et ne diffèrent plus maintenant du reste de la population. Les seuls individus que l'opinion maintienne à l'élat de parias et avec lesquels les alliances par mariage soient défendus, sont les musiciens et les forgerons; ceux-ci sont lout particulièrement méprisés, alors qu'en tant d’autres pays ils forment au contraire une caste supéricure. Sans doute c'est à d'anciennes inimitiés de race qu'est dû le mépris des Ladaki pour ceux qui travaillent le fer.

D'ailleurs l'influence des Hindous s’est fait sentir de diverses manières sur les Tibétains du Ladak : ceux-ci ne laissent plus leurs morts exposés sur des rochers à la dent des animaux sauvages, mais ils les brülent après les avoir gardés pendant plusieurs jours à côté d’eux'. Quant à la langue, elle a reçu quelques termes d’origine sanserite, mais elle ne diffère point assez de l'idiome du Bod-youl pour que les indigènes des deux pays aient la moindre difficulté à converser les uns avec les autres; même les mendiants khamba, venus de la province de Kham, à l'extrémité orientale du grand Tibet, parviennent à se faire comprendre des Ladaki. Les gens du Spiti parlent aussi le pur tibétain, mais dans la province de Lahoul divers iliomes luttent pour la prééminence avec ce langage : dans quelques vallées, le dialecte usuel est le bounan, rapproché du tibétain que l'on parle dans Ja haute vallée du Satledj, mais ayant sa grammaire propre; ailleurs on parle le mantehat, tibétain mêlé de hindi et de mots d’origine inconnue; enfin, le tinan, formé comme la « langue franque » d'un mélange d'éléments divers’. Dans le Lahoul le lamaïsme est déjà très me-

{ Frederic Drew, ouvrage cité, 8 Wilson, Abode of Snow; — Ilarcourt, Journal of the Geographical Society of London, vol, XUI, 1871.

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