‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 60 sur 471 · RER I > · texte numérisé non relu

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glais; une des nonnes d’un couvent du Lahoul aurait même appris, d'après Harcourt, à calculer le retour des éelipses !

Les Balti ou Balti-pa, qui vivent à l’ouest de Bod sur le Chayok, l'Indus et son affluent le Sourou, sont considérés par la plupart des voyageurs qui les ont visités comme de même origine que les Ladaki! : ils parlent ésalement un dialecte tibétain peu différent des autres, et ce qui est plus important au point de vue de la race, ils ont en général la même forme de corps et de visage que les gens du Ladak, notamment les pommettes saillantes et les paupières bridées. Les principales différences que l’on observe entre les Balti et leurs voisins les Bod de Ladak, proviendraient de la douceur plus grande du climat sous lequel ils habitent et de leur conversion au mahométisme, cause de changements profonds dans le genre de vie. Il est certain d'ailleurs qu'il y a eu croisement de races et que l'élément aryen est fortement représenté chez les Balti; M. de Ujfalvy en a même trouvé qu'il croit être de race aryenne moins mélangée que les tribus limitrophes, les Dardou*. Quoi qu'il en soit, ils ont en général le nez moins aplati que les gens du Ladak et la barbe plus fournie; ils sont plus grands et moins trapus. Le mélange des sangs se révèle aussi dans le caractre des Balli : ils n’ont pas la touchante douceur et l’inaltérable gaieté des Bod; ils sont moins généreux et plus habiles, cependant ils sont loin d’avoir l'esprit du négoce développé comme les Kachmiri, et dans leur propre pays ils se laissent exploiter par des immigrants de cette nation. Ils aiment beaucoup les exercices violents, et dans leur contrée, de même que dans le Dardistan, on se livre avec passion à ce jeu de polo, introduit récemment en Angleterre, dans lequel des cavaliers, armés de crosses, luttent pour se renvoyer la balle. Le maha radjah de Kachmir recrute un grand nombre de ses soldats dans le Baltistan, et tont un régiment se compose d'hommes de ce pays, habillés à l’écossaise. Convertis à l'Islam par des missionnaires du Khorasan, les Balti sont de secte chiite, mais bien des pratiques hindoues se sont glissées chez eux; c’est ainsi qu’ils ont des castes neltement délimitées, celles des prêtres, des eultivateurs et des artisans”. La polyandrie n'existe plus chez eux, mais, comme les autres mahométans, 1ls ont accepté la polygamie, et la femme, si libre dans le pays de Ladak, est asservie et voilée dans le Dardistan. Les étroites vallées ne suffisent pas à la population qui s’y presse et que la misère étiole ; aussi chaque année un grand nombre de Balti doivent-ils s’expatrier pour aller

1 Frederie Drew, Jummoo and Kashmir; — Biddulph, The Hindon-Koosh tribes.

= Bulletin de la Socii d'Anthropologie, 1884; — Bulletin de la Société de Géographie, 1882, 5 Biddulph, ouvrage cité,

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chercher fortune dans le Turkestan chinois, dans la plaine de Srinagar, mème dans le Pandjab, et surtout à Simla et dans les environs, partout où les Anglais ont besoin de maçons, de terrassiers, de manœuvres. Ils partent de compagnie, portant des charges d'abricots desséchés, qu'ils vendent le long de leur route; puis, après des années de labeur, quand ils ont gagné un petit pécule, ils retournent dans la patrie, avec une nouvelle pacotille de marchandises, généralement de la vaisselle de cuivre, très appréciée dans le Baltistan.

En aval du pays des Balti, les Dardou habitent la vallée de l'Indus, dans toute la courbe que décrit ce fleuve autour du massif de Nanga Parbat ; ils peuplent au nord-ouest le bassin du Gilgit, et par delà les contreforts de l'Hindoukouch, sur le versant de la rivière de Caboul, les pays de Mastoud)j et de Tchitral; en outre, ils occupent, épars en colonies, la haute vallée de la Kichan ganga et certaines parties des bords de l’'Indus et le pays de Dras, en plein Baltistan ; même plusieurs villages des environs de Leh sont habités par des Dardou, originaires de Gilgit, d'après leur propre tradition. Voyageurs et anthropologistes sont d'accord pour classer parmi les populations dites aryennes les diverses tribus du Dardistan, quelle que soit leur constitution politique, leurs mœurs et la secte religieuse à laquelle ils appartiennent; mais il ne paraît pas probable, comme l'avait admis Leitner, le premier explorateur de la vallée de Gilgit', que les peuplades de la contrée soient toutes proches parentes de race; car il en est qui diffèrent notablement d'aspect, et leurs idiomes, d’origine « aryenne », sont néanmoins très distinets”. Cependant les Dardou, appelés Brok-pa, c’est-àdire « Gens des Hautes terres », par leurs voisins d’origine tibétaine, forment un groupe ethnique bien délimité. Considérés d’une manière générale, ils sont pour la plupart de taille moyenne, forts, bien proportionnés:; le front est droit, le nez aquilin, les traits un peu grossiers, mais présentant l’ovale européen. Les Dardou ne sont pas moins intelligents ni moins courageux que les Bali et se distinguent en outre par un grand amour de l'indépendance.

Le régime des castes prévaut dans le Dardistan ei, comme dans l’Inde proprement dite, a certainement pour origine première la superposition de peuples conquérants et de peuples conquis. La caste la plus honorée est celle des Rono, respectée à l'égal des familles régnantes dans les divers États du Dardistan où ils résident, notamment dans le haut bassin de la

* The Languages and Races of Dardistan.

3 Biddulph, ouvrage cité.

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rivière Gilgit ou Gilit; c'est généralement parmi eux que les princes choi-

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EL UN ‘ sissent leurs ministres, Après les Rono, par ordre de considération, vienfl SIT nent les Chin, qui constituent la majorité dans les États riverains de ; RU l'Indus situés à l'ouest du Nanga Parbat, et dans une partie du haut Gilgit, 1 RO mais qui partout ailleurs sont peu nombreux : néanmoins ils ont donné M

bu, à toute la contrée le nom de Chinkari, c'est-à-dire « 18 des Chin »; }

D UMR il faut probablement voir en eux les China, que mentionnent les lois de 1 « Manou et le Maha Bharata', et que les anciens commentateurs européens | 4 HUE confondaient avec les Chinois. Habitant jadis plus bas dans la vallée de : ARRUN l'Indus, ils furent refoulés peu à peu vers la région des neiges; quelques El ri territoires situés en aval des distriets que peuplent actuellement les Chin NEA et n'ayant d'autres habitants que des tribus de race afghane, sont loujours LL 5 M4 considérés comme faisant partie du Chinkari. Fiers de leur origine, les Ur Chin ne s’abaissent point à porter de fardeaux et considèrent l'agriculture et L EAU la chasse comme les seules occupations dignes d'eux; on les dit d’une | CARE avarice extrème : presque tous ont leur cachette dans la montagne, où ils 1 MAC 4 vont porter à la dérobée des pièces de monnaie, des vases de cuivre, des ÿ Nan A SNEE bijoux de femme, Bien que mahométans, ils ne ‘angent point dd W A volailles, ni la chair du bœuf, ne boivent pas du lai \che, repoussent le beurre et ne veulent pas même effleurer le vase qu. .: contient : cette

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EUR abslinence est peut-être un reste de pratiques brahmaniques; mais, au lieu a (4 a de respecter la vache comme le font les Hindous, ils ont pour elle une sorte Fr d'horreur, pareille à celle du mahométan à l'égard du pourceau; d'après eux, une lempèle ne peut manquer d’éclater si une peau de vache est dé-

asse

hon posée dans une de leurs fontaines. Ils ne touchent les veaux nouveau-nés suje

(A LAS qu'avec le bâton, et pendant toute la période de l'allaitement, nombre fs ji FA d’entre eux laissent la vache et le nourrisson à leurs voisins de caste infé-

1 F. 4 rieure, Ceux-ci, les Yachkun ou Yechkun, qui se désignent eux-mêmes É. su {| ik par les noms de Bourich, Bourichaski, Ourichki, forment de beaucoup la une l Lanrt majorité des Dardou : ils constituent la population presque entière du bob H 4 Hounza, du Nagar, de Yasin et l'emportent numériquement sur les autres “ot

HU cases dans les pays de Gilgit, de Darel et d’Astor; la masse de la popula- du fiA tion agricole se compose de Yachkun. Tandis que les Chin peuvent prendre SU l pour femmes des filles de Yachkun, ceux-ci n’ont pas le droit de chercher dé

L d'épouses dans la caste supérieure*: c'est chez eux que les familles sont le dot SD moins mélangées. Une quatrième caste, celle des Kremin, correspond insc

‘ # Vivien de Saint-Martin; — Rawlinson; — Yule, Er 2 Leitner, ouvrage cité,

es choin, vien rains de t'Gilgit, it donné Chin »; lois de i'opéens allée de quelques les Chin toujours gaine, les ulture et it d’une e, Où ils ivre, des joint de poussent nt : cette , au lieu ine sorte ; d’après e est déjcau-nés nombre ste infé- K=mêmes coup la tière du s autres populaprendre hercher

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aux Soudras hindous; c'est parmi eux que se rencontrent les potiers, les meuniers, les artisans de toute espèce, d'ailleurs peu nombreux dans ce pays sauvage : ils descendent probablement des indigènes qui se soumirent le plus facilement à la domination des envahisseurs. Quant à la caste des Doum, que l'on rencontre, sous divers noms, dans tous les États du maha radjah du Kachmir, ils ont encore, en face des autres habitants, l'attitude de vaincus". Les forgerons et les équarisseurs appartiennent à celte caste; mais comme musiciens ils égayent loutes les fêtes : ce sont les isiganes de la contrée.

A l'exception des Dardou du Ladak, devenus bouddhistes comme leurs voisins, loutes les peuplades qui portent ce nom appartiennent à l'islam ; mais, tandis que les unes professent le sunnisme, les autres sont chiites ou bien font partie de la secte des mollaï ou des « divins »; en outre, des restes de l'ancienne idolâtrie subsistent en un grand nombre de villages, surtout dans la région méridionale du Dardistan, près de la frontière afghane. Les Tehilasi, qui vivent sur les pentes occidentales du massif de Nanga Parbat, sont, dit-on, en leur qualité de nouveaux convertis, les plus fanatiques des mahométans de la contrée; sunnis zélés, ils coupent la tête aux chiites dont ils peuvent s'emparer; ils ne se contentent point de réduire en esclavage leurs captifs de culte différent, comme le font la plupart des autres tribus indépendantes du Dardistan. Quant aux radjahs de Yasin et de Tounza, dans le haut bassin du Gilgit, non seulement ils asservissent leurs prisonniers de guerre, mais encore ils font la traite des hommes, et, à défaut d'étrangers, ils vendent ou échangent leurs propres sujets pour des chiens; les trafiquants du Badakchan emmènent les capils au delà de l'Hindou-kouch, dans les pays de l'Oxus; d'après Biddulph, ce n’est point une exagération de dire qu'au-dessus de 40 ans près de la moitié des habitants de la contrée ont servi comme esclaves pendant une notable partie de leur existence. Ces guerres faites pour capturer des hommes et les grandes expéditions des armées kachmiriennes, tantôt viclorieuses, tantôt repoussées, ont eu pour conséquence la dépopulation du pays. Dans la province du Gilgit, où vivent actuellement 4500 personnes, le nombre des habitants devrait être six ou sept fois plus considérable, si l’on en juge par les terrasses de culture, maintenant abandonnées, que l’on voit de toutes parts sur le flanc des montagnes*. Des inscriptions, non encore déchiffrées, gravées sur les rocs, de chaque côté 1 Frederic Drew, Biddulph, ouvrages cités.

? Becher, Journal of the Asialic Society of Bengal, U, 59. 5 Biddulph, ouvrage cité,

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