‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 61 sur 471 · ER +5 N · texte numérisé non relu

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ETERE ACER RS

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de la vallée, témoignent de l'antique civilisation du pays de Gilgit, et plus haut, dans le Yasin, se voient des cercles de pierres pareils à ceux de la Bretagne. Il est peu de contrées himalayennes qui aient un plus heureux climat et soient naturellement plus fertiles que la basse vallée du Gilgit. Les campagnes riveraines, dont l'altitude moyenne est de 1500 mètres seulement, donnent tous les produits de la zone tempérée et l’on y cultive aussi le maïs, le cotonnier, le figuier, le grenadier, le mûrier. Les soieries de Gilgit, pures ou mélangées avec la laine ou le coton, sont d’une grande solidité.

Depuis 1847, époque à laquelle les officiers anglais Young et Vans Agnew traversèrent l’Indus à Boundji où Bowandii, la vallée de Gilgit est connue des Européens; Leitner, Drew, Biddulph j'ont parcourue ou même y ont résidé. Hayward y fut tué, en 1870, près du hameau de Darkot, et son corps, racheté par ses compatriotes, est déposé sous un groupe d'arbres, près des murs de Gilgit. Actuellement, des forts kachmiriens, qui ressemblent aux constructions féodales de l'Occident, avec leurs murs crénelés, leurs tours carrées, leurs donjons, commandent les villages de Boundji, de Saï, de Gilgit, de Cher, leurs champs et leurs vergers; mais au delà, les tribus dardou ne payent qu'un léger tribut au maha radjah ou même sont politiquement indépendantes. Au nord, Ja tribu du Nagar, sur le revers seplentrional du massif de Raki-poch, est de celles qui se sont le moins fait respecter par ses voisins : prise entre les gens de Gilgit au sud, et ceux de Hounza au nord, elle n'ose se défendre, ct paye aux deux voisins un tribut de poudre d'or et d’abricots. Les Hounza, au contraire, qui occupent les vallées de l’Iindou-kouch, jusqu'aux frontières de Sirikol, dans le Turkestan chinois, sont renommés pour leur bravoure, mais aussi redoutés pour leurs habitudes de brigandage: ils pillent les caravanes qui ne leur payent pas le droit de transit et souvent font des incursions sur les territoires limitrophes. Au nord-ouest du Pounial, tributaire du Kachmir, le Yasin, défendu par ses défilés presque infranchissables et l'âpreté de ses montagnes, a presque de tout lemps maintenu son existence poli- Lique distincte, mais sous le lourd despotisme d’un radjah. C’est en cette région de l'Himalaya que les deux empires qui se disputent l'Asie musulmance, l'Inde anglaise et la Russie, sont le plus rapprochés l’un de l’autre par leurs États feudataires. Une chaîne de montagnes et quelques étroites vallées forment en cet endroit la zone de séparation.

Les tribus dardou qui vivent sur les bords encore inexplorés de l’Indus, entre le confluent du torrent d'Astor et le pays de Iazara, paraissent être celles qui ont le mieux gardé les traditions et les mœurs anciennes, quoi-

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POPULATIONS DU DARDISTAN. 120

que plusieurs d’entre elles soient des fugitifs des vallées afghanes. Leur territoire est celui auquel on donne spécialement le nom de Yaghestan ou Pays « rebelle », parce qu'il n’a jamais voulu recevoir de maîtres’. Les Tehilasi, les Koli, les Herbandi, les Sazini, les Palasi, à l’est du fleuve, les Houdari, les Dareli, les Tangiri, les gens de Kandia, de Seo, de Pouttoun, à l'ouest, d’autres encore, constituent autant de petites républiques : l’une d'elles, Thalitcha, se compose de sept maisons seulement. D'après les rapports que l'on a faits à Biddulph, le résident anglais de Gilgit, l'ensemble des hommes valides de tout le Yaghestan serait de 63 600 hommes, ce qui donnerait une population d'au moins 500 000 individus. Les hommes de chaque village, jeunes et vieux, convoqués au son du tambour, se réunissent en assemblées générales ou sigas, et discutent de tous les intérèls communs; un coup de sifflet annonce la fin de chaque délibération, ct la foule se disperse, laissant les djouchtero ou délégués élus régler les détails d'exécution ; les citoyens qui n’assistent pas à l'assemblée ont à payer l'amende. Qu'un seul proteste contre les décisions communes et le vote est ajourné : c’est à l'unanimité que doivent être prises les résolutions de quelque importance. Quand il s’agit des intérêts de la république, l'assemblée délibérante se compose des djouchtero de villages, mais ils sont obligés d’en référer aux sigas dans les conjonctures graves. En cas d'invasion étrangère, les communautés s'unissent contre l'ennemi. La principale richesse de ces montagnards étant leurs troupeaux de brebis, ils sont obligés souvent de les mener en des pâturages appartenant à d’autres tribus, notamment dans le pays de Yasin, et de payer en échange un tribut de sel, de tabac, de poudre d’or ou d'animaux; mais ce payement n’implique aucune dépendance. Ainsi le Tangir, qui est en relations fréquentes de commerce avec le Yasin, se vante d’être le lieu d’asile de tous les souverains de ce pays dépouillés par les guerres intestines, mais il a toujours repoussé avec succès les incursions faites sur son territoire, et les gens de la tribu ne permettent pas à leurs filles de se marier avec des Yasini, à cause de l'esclavage qu: règne dans le pays. Dans les hautes vallées du Swat, connues plus spécialement sous le nom de Kohistan, donné quelquefois à l'ensemble du pays « Rebelle », les principaux clans, les Torwalik el les Bouchkar, sont aussi des Dardou, mais ils n’ont pas gardé leur indépendance politique comme ceux des âpres vallées riveraines de l'Indus, Mahométans chiites ou sunnites, les Dardou rebelles ou soumis ont encore hien des coutumes en désaccord avec le chariat. Ainsi les

1 Biddulph, ouvrage cité.

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