DJAMMOU. 1H
est soumis. Tout en vendant le Kachmir à Goulab-singh pour une somme de 48 750 000 francs, la Compagnie des Indes n'était pas fâchée de garder son allié dans le voisinage immédiat des camps anglais du Pandjab ; le prince est souverain dans son territoire, mais il voit à l'horizon du sud la poussière soulevée par la marche des régiments britanniques. Située sur le dernier renflement des collines, à la lisière même de la plaine, Djammou est à 60 où 80 mètres du cours d’un torrent, la Tavi, qui serpente à l'est dans un champ de pierres, limitée au nord par un cirque montagneux que dominent les trois pointes de la Trekotta, « trident de Siva »'; une fort d’acacias et d’épaisses jongles, dans lesquelles se cache le gibier, défendu contre les braconniers par des lois sévères, entoure la colline de Djammou et borde le torrent. De hauts palais, des temples aux toits dorés montrent de loin la ville aux voyageurs, mais ceux-ci ne viennent qu’en petit nombre. Djammou est en dehors des routes de ecommerce, et la vie, à l'ombre des édifices habités par des princes fastueux, est fort coûteuse. En outre, la ville n’est alimentée que de l’eau des citernes; un canal dérivé du Tehinab doit lui apporter prochainement en abondance l'eau pure de celte rivière ; bientôt aussi elle sera rattachée par un embranchement an réseau des chemins de fer de l'Inde.
Aucune des autres villes du sud-est du royaume n’a d'importance par sa population ; Ramnagar, sur la haute Tavi, est une ancienne capitale déchue de sa prospérité; Basoli, sur la rive droite de la Rai, à l'entrée de sa vallée de montagnes, est aussi une cité découronnée et les singes rouges d'un bois sacré viennent gambader jusque sur les colonnades du palais dévasté des radjahs, Du moins, un site de la contrée fourmille, une fois par an, d'habitants de passage : c'est, au nord de Djammou, le lieu de pèlerinage de Parmandal, où les fidèles viennent en multitudes se purifier de leurs péchés dans les eaux qui sourdent à la base de roches gréyeuses. Souvent l’eau, trop basse, ne jaillit pas à la surface, et les pèlerins ont à creuser le sol pour voir suinter l’eau salutaire, presque aussi sainte que celle de Hardwar, à la « porte » du Gange. Dans la région des montagnes que parcourt au nord-est le haut Tehinab, la ville la plus animée est Bhaderwah ou Bradawar, la « Forteresse de Bouddha », dont les maisons, bâlies en bois de deodar, s'élèvent au milicu des arbres fruitiers et des platanes, au bord d’une eau courante. L'altitude de Bhaderwah est d’environ 4650 mètres; des officiers gourkha appartenant à des régiments anglais y viennent avec leurs familles respirer un air pur comme celui de
! Goblet d'Alviella, Inde et Himalaya.
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leurs vallées du Nepal. Kichtwar, le Kartawar des Kachmiriens, situé à la même hauteur que Bhaderwah, dans une plaine fleurie, qu'un amphithéâtre de monts boisés et neigeux environne de toutes parts, est considéré comme la capitale de la vallée du Tchinab, qui décrit en cet endroit l’un de ses
plus brusques détours; mais, en réalité, ce village ne doit son impor-
tance qu'à la réunion des sentiers qui descendent du Lahoul, de la vallée de Wardwan et de la plaine de Kachmir. De Kichtwar, on aperçoit au sud-ouest, de l’autre côté d’une gorge de 400 mètres de profondeur, la fissure d’un rocher d'où s'élance un torrent par bonds successifs d'une hauteur totale de 760 mètres : c'est la plus haute cascade connue de l'Himalaya; de la ville, située à 9 kilomètres, on entend le grondement de la chute et l'on voit, au soleil du matin, la poussière d’écume briller de toutes les couleurs de l'iris : ce sont, disent les Pahari, « les écharpes des fées qui se baignent dans le flot »'.
L'État de Tehamba, qui comprend la région des montagnes située à l’est des districts de Djammou et de Kichtwar, dans la haute vallée de la Ravi et dans une partie de celle du Tehinab ou Tehandra-Bhaga, ne diffère point du pays des Pahari par l'origine de la population; ses habitants sont aussi des Hindous Radjpoutes, des cultivateurs Thakar, des pasteurs nomades Goudjar et Gaddi; le nombre des lépreux est proportionnellement très considérable dans le pays de Tehamba, Lors du traité de 1846, ce territoire faisait également partie des États du maha radjah de Kachmir, mais il lui fut repris bientôt après par la Compagnie des Indes pour être confié à un autre souverain n'ayant plus que l'apparence du pouvoir. La ville principale du petit État est celle qui lui a donné son nom; bâlie sur les bords de la Ravi à 924 mètres d'altitude, elle est exposée à des chaleurs à peine moins fortes que celles de la plaine voisine; mais le gouvernement anglais à fondé au sud-ouest, sur un promontoire de la dernière chaîne himalayenne, une ville de santé pour ses employés et ses militaires. De cet observatoire superbe de Dalhousie, haut de 2245 mètres, le panorama comprend la belle vallée de la Ravi, les montagnes de Kangra aux pentes noires de pins, aux cimes zébrées de neiges, et là plaine grise ou verdoyante, suivant les sai-
1 Villes principales du royaume de Kachmir et du Hazara, avec leur population approximative : Srinagar en 1869 , , . . , . 155 000 hab, | Islamabad, , . , , . . . . . 5 650 hab. Djammou en 1872 41 800 » Baramoula , , , . ,. k 4500 » Mirpour » de se 40 7 40000%:1 Bhadurwah , , . : VE 3000 » MAR Te ventre 9400 » Débits à 3000 »
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sons, s'étendant au loin vers Amritsar et Lahore, Au sud-est, un contrefort du Dhaola Dhar où « Montagne Blanche » porte les maisons de plaisance de Dharmsala, éparses, entre 1550 mètres et 1950 mètres, sur les pentes de la montagne. Cette autre ville de santé, qui a remplacé un antique sanetuaire brahmanique, — d’où son nom de Dharmsala, — est devenu le chef-lieu de tout le distriet de Kangra et des nombreuses plantations de thé qui recouvrent les pentes bien exposées. De cette ville et de Dalhousie, à la fois séjours de plaisir et postes d'observation militaire, les Anglais dominent les deux villes hindoues les plus importantes de la vallée du Bias,
N9 51, — TRACES D'ANCIENS GLACIERS DANS LA VALLÉE DE KANGRA. deP' 7340 mi: CAS TE 7 dE on Y
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D'après Theobald C Perron
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à l'ouest la ville déchue, Nourpour ou la « Cité de la Lumière », jadis peuplée de tisseurs kachmiri', et au sud Kangra, l'antique Nagarkot, dont le temple, deux fois pillé par les musulmans, est encore l'un des plus riches de l'Inde. Quelques-uns des rochers des environs portent des forteresses d'un aspect grandiose qui passaient pour imprenables avant les récentes transformations de la guerre des sièges. Bientôt les locomotives feront leur apparition à l'entrée de la vallée de kangra, à Pathankot, qu'un chemin de ler doit relier à la cité d’Amritsar.
La haute vallée du Bias forme le district de Koulou, directement administré par les Anglais, tandis que la région des montagnes basses et des collines extérieures, avant l'entrée du fleuve dans le Kangra, est occupée
1 Vigne, Travels in Kashmir, Ladak, Iskardo.
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par les États médiatisés de Mandi et de Suket et par d'autres petites principautés dont les radjahs jouissent d'une indépendance fictive. Le nom de Koulou, abrégé de Koulout Pit, a le sens de « Bout du Monde »', quoique au delà se trouvent encore des régions plus élevées, le Lahoul, le Spiti, et que plus loin s'étendent les espaces inhabités du Khatehi. Mais déjà le Koulou doit paraître aux Hindous de la plaine comme un territoire sans issue, Au nord, la chaine des monts Rohtang, prolongement de l'Himalaya proprement dit, dresse ses pics à 0000 mètres de hauteur; à l'ouest, les monts de Bara Bangahal, déversant quelques glaciers dans la haute vallée de la Ravi, atteignent la même élévation et se relient à la chaine du Dhaolo Dhar, dont les cimes dépassent encore 5500 mètres. D'autres monts limitent la contrée du côté de l’est, et de nombreux chainons la divisent en un réseau de vallées étroites et d'accès difficile, mais offrant les vues les plus grandioses : au plus la vingt-cinquième partie de la contrée a pu être soumise à la culture; en moyenne, l'altitude des champs cultivés atteint certainement 1500 mètres et quelques villages sont à plus de 3500 mètres, hauteur de la Maladetta. Pourtant c'est par le Koulou que passe l’une des grandes voies de commerce à travers les hauts faites de l'Asie. D'Amritsar à Yarkand, le chemin, remontant la vallée du Bias, passe au col de Rohtang, à 4114 mètres, puis traverse le pays de Lahoul au milieu des éboulis et des glaces pour gagner un des affluents du haut Indus, le Zanskar, par le col de Bara-latcha, En 1865, soixante-douze montagnards, surpris par une tourmente sur le col de Rohtang, furent ensevelis dans les neiges.
Les habitants du Koulou appartiennent, comme ceux des pays voisins, à plusieurs races qui se sont établies successivement dans la contrée. Les Koulou observés sont petits, très dolichocéphales, aux pommettes effacées, mais ayant des arcades zygomatiques Ssaillantes : ce sont des Hindous Radjpoutes et Pahari, mais parmi eux on remarque aussi des individus au type très foncé, probablement un reste des tribus plus anciennes. Les dialectes du pays sont le pahari, et chez les plus policés de la contrée l'hindoustani; quelques mots tibétains se retrouvent aussi dans le lanage, soit comme héritage d'une population aborigène, soit comme apport des marchands qui se rendent de lune à l’autre vallée. C’est dans la région méridionale du Koulou, le Sioradj, peu fréquenté des étrangers, que les
anciennes mœurs se sont le mieux conservées : le mariage polyandrique s'y
4 Harcourt, Journal of the Geographical Society of London, 1871.
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PAYS DK KOULOU, 140
est maintenu comme dans le Tibet; plusieurs hommes, généralement des frères qui ne veulent pas diviser leur héritage, sont les époux d'une seule femme, et toutes leurs économies sont employées à la couvrir de bagues, de bracelets, de colliers, de pendants et autres bijoux en or et en argent; parmi ces ornements, il en est du travail le plus remarquable ', De grandes richesses artistiques se rencontrent encore, en dehors des palais et des temples, dans les maisons des paysans du Koulou et des autres vallées de l'Himalaya occidental. Telle ménagère des bords du Bias, du Tchinab, du Djhilam a pour chaudrons et pour aiguières des vases de cuivre merveilleusement décorés et couverts d'inscriptions persanes, objets d'art de deux à trois siècles d'existence et d’un travail trop délicat pour qu'on puisse en faire actuellement de semblables dans le pays'. Les riches gisements d'argent de la contrée sont à peine exploités.
Officiellement, la religion des habitants de Koulou se rattache aux cultes brahmaniques, mais on ne trouve pas dans la contrée un seul temple de fondation hindoue antérieur au dix-huitième siècle. Les antiques sanctuaires rappellent tous la forme des temples bouddhiques du Tibet et la plupart ont encore dans les parvis de longues perches à banderolles, semblables à celles qui flottent sur les lieux sacrés du pays bod. Le culte du serpent n'a pas non plus complètement disparu. En réalité, chaque village a gardé sa divinité locale, décorée de quelque nom hindou apporté par les Radjpoutes ; les gens de Koulou adorent aussi le « diable-dieu » sous la forme d'un fauteuil *. Les sources thermales, assez nombreuses dans le pays, sont très vénérées par eux et ils vont s’y baigner en pèlerinage. Maintenant de nouveaux changements vont se produire, sous l'influence d'autres éléments ethniques. Des spéculateurs anglais ont déjà pénétré dans la basse vallée pour y établir des plantations d’arbustes à thé comme dans le Kangra, et çà et là se voient des maisons de construction anglo-hindoue à côté des chalets indigènes, formés de couches alternantes de bois et de pierres et surmontés de toits en auvent.
L'ancien chef-lieu du Koulou, qui porte encore le nom de Nagar ou de « Cité », est un simple village. Un peu plus grande, la capitale actuelle du Koulou, Sultanpour, située en aval de Nagar, mais encore à plus de 1200 mètres d'altitude, sur la rive droite du Bias et à la bouche d’un autre torrent, n'est qu’un bourg aux maisons pressées les unes contre les autres dans une étroite enceinte de murailles. Une route muletière, récemment
{ Calvert, Kulu, The Silver Country and Vaziri rupi. ? De Ujfalvy, Bulletin de la Société de Géographie, 1881; — Nature, 6 mai 1882. 5 Calvert, mémoire cité.