SIMLA, PAYS DE GARIWAL
teaux et de la plaine voisine, elle tient en échec les populations, jadis si guerrières, des Sikhs et des Radjpoutes.
La première maison anglaise s'éleva en 1819 sur la crête de Simla, découverte, pour ainsi dire, deux années auparavant par les frères Gerard, mais le hameau ne reçut son nom qu’en 1826; lorsque Jacquemont le visita, en 1851, il ne s'y trouvait encore qu'une soixantaine de maisons. C'est en 1864 que Simla prit son rang de deuxième capitale de l’Hindoustan, Bâtie au sommet et sur les pentes d’une colline en croissant qui se développe de l’ouest à l'est, elle parsème ses hôtels, ses palais, ses maisons de plaisance sur un espace d'environ 10 kilomètres, et se termine à l'orient par une cime arrondie, le Djako, recouvert de pins deodar, de chènes et de rhododendrons; déjà la ville est devenue trop vaste et trop populeuse pour que les sources de la contrée puissent lui suffire et l'on n'a pas encore détourné de torrent himalayen pour lui faire remplir les réservoirs de Simla. Au sud de cette capitale, que défendent à l’ouest les batteries de Djatok, plusieurs autres « sanatoires » ou villes de santé s'étagent sur les pentes ou couronnent les sommets de collines. Soubathou, Kasaoli, Degchaï, Kalka, sont principalement des stations militaires, protégeant à distance la position de Simla; mais toute la région montueuse, que domine à l’est la pyramide du Tehaour, couverte de bois, forme un massif presque isolé entre le Sivalik et l'Himalaya ; de chaque cime on à le panorama grandiose des forêts ci des neiges du Garhwal jusqu'aux monts superbes où naissent les premières eaux la Djamna.
Cette région des sources est un des pays sacrés de la mythologie hindoue : là se dressent, connues maintenant sous d’autres noms, plusieurs des montagnes célébrées par les anciens poètes. Le groupe du Djamnotri, d'où jaillissent les hauts torrents de la rivière sacrée, n’atteint pourtant pas la hauteur des sommets de la grande crête; le Banderpountch et le Sargaroïn, les deux eimes les plus élevées de ce massif, ne dépassent guère 6250 mètres et de leurs flancs ne s’épanchent point de glaciers. D'ailleurs, la Djamna, que la légende fait naître dans le voisinage immédiat du Gange, ne prend pas comme ce fleuve son origine sur le versant du faite principal, le Trans-Himalaya ; elle appartient plutôt à la rangée irrégulière des monts Himalaya proprement dits. Si l’on dénommait les rivières d’après l'abondance de leurs eaux, ce n’est pas la haute Pjamna qui devrait garder le nom de la rivière inférieure; la rivière maitresse est la Tonse, qui naît sur le versant septentrional du Djamnotri où Banderpountch et qui, après
où avoir déerit un vaste demi-cerele vers l'ouest, va rejoindre la Djamna, près de son entrée dans les plaines. Ce qui valut probablement à cette rivière de garder le nom sacré, e'est qu'à une faible distance en aval des sources, à 29N4 mètres d'altitude, s'élancent des eaux thermales, rendez-vous des pèlerins : de même, dans les Alpes d'Europe, une source légèrement thermale a donné son nom au gros torrent sorti du glacier du Rhône, C'est dans le petit lac formé par les sources chaudes de la Djamna, dit la légende, que le dieu-singe Hanouman éteignit un jour sa queue en feu; depuis ce temps, l'eau est restée brûlante : telle est l'origine du nom de la montagne Banderpountch, qui signifie « Queue de Singe ». Les fontaines thermales de Djamnotri sont les plus chaudes de tout l'Himalaya : leur température est de 89 degrés centigrades, moins de 2 degrés au-dessous du point d'ébullition à cette alütude!,
La population du Garhwal est spécialement hindoue; si l'on trouve encore quelques éléments tibétains parmi les Khasiya, c’est-à-dire les Radjpoutes du pays, auxquels les croisements de race ont fait perdre leur caste, ces traits s’effacent de plus en plus, une partie de la population se renouvelant sans cesse par l’arrivée de pèlerins et d'immigrants du sud, Jadis des seigneurs se disputaient la possession des vallées, Sur chaque éperon de montagne se voient d'anciens châteaux forts où garh, qui ont alu son nom actuel à la contrée. Sous le régime féodal, le Garhwal ne pouvait prospérer; mais les habitants devinrent beaucoup plus malheureux encore, au commencement du siècle, lors de la conquête du pays par les Gourkhas du Nepal. Décimés par la guerre et vendus en esclavage, les Khasiya diminuaient en nombre; maintenant ils s’accroissent de nouveau, et les cultures empièlent de loutes parts sur les terres en friche; d'année en année, les vagues pâtis des montagnes et les jongles des vallées et du teraï sont réduits en étendue. Mais il n’y a point encore de villes hindoues dans la haute vallée de la Djamna. Là aussi les agelomérations urbaines sont d’origine britannique : ee sont à la fois des villes de santé et des cantonnements militaires, d’où les Anglais peuvent surveiller à leur aise les populations des alentours, tout en jouissant de là pureté de l'air et de la magnificence des horizons.
Une de ces villes est Tehakrata, bâtie à 2190 mètres sur un étroit plateau dominant l'hémieyele de vallées que forment la Tonse et la Djamna, en amont de leur confluent. Une autre ville d'été, la plus importante de l'Himalaya
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PAYS DE GARIWAL, MASSOURI, DEHRA. 157 central après Simla, est Massouri, qui s'étend sur une longueur de 6 kilomètres, posée à peu près à la même hauteur que Tehakrata, sur une arête parfaitement régulière au pied de laquelle s'étend la plaine de Dehra où
N° 34, — LA DEHRA DOUN, LE SIVALIK ET LES PORTES DU GANGE ET DE LA DIANNA.
G Perron , à . ‘ Station centrale tri$onomètrique de l'Inde 1: 759 000
(] 20 kil,
Dchra-doun. À l’est, sur un renflement de l’arête, s'élèvent les casernes et les hôpitaux de la station militaire de Landour, ne formant avec Massouri qu'une seule municipalité. Au nord, des avant-monts empêchent de voir la grande chaîne de la frontière tibétaine, mais la doun de Dehra, la plus large, la plus régulière de l'Inde, et le rempart uniforme des Sivalik, type
des autres chaînes du Sub-Himalaya, offrent un tableau des plus remarquables : d'un côté on aperçoit, à l'ouest, la porte de la Djamna, de l'autre, vers le sud, la porte du Gange; les deux brèches d’érosion se montrent à la fois. Parmi les stations de la montagne, Massouri offre de grands avantages par l'égalité de sa température, de l'été à l'hiver et du jour à la nuit; mais pendant la saison des pluies la ville est exposée à toute la violence de la mousson :en 1859, un voyageur allemand, Hügel, y vit pleuvoir pendant 85 jours consécutifs", Aussi nombre de résidents anglais ont-ils préféré s'établir en bas, dans la vallée de Dehra, plus chaude, il est vrai, mais beaucoup mieux protégée contre les vents et les pluies. Cette gracieuse ville, dont l'altitude est de 700 mètres seulement, n'est pas de fondation anglaise; elle s'éleva au dix-septième siècle autour d'un temple bâti par un apôtre sikh, qui s’attribuait le pouvoir de mourir et de ressusciter à volonté, Le temple existe encore; son haut portail et sa coupole émaillée en font l'édifice le plus remarquable de la vallée, Le quartier anglais, situé en dehors de la ville hindoue, est flanqué de casernes comme tous les autres lieux de résidence choisis par les Européens. C'est à Dehra que le bureau trigonométrique de l'Hindoustan a établi son quartier général, principal centre d’études pour la géographie de l'Inde et des monts Himalaya.
Quoique déjà située sur le versant d'écoulement du Gange, Dehra est très rapprochée du faite de partage de la doun, et les eaux, reployant peu à peu leurs lits, de manière à couler parallèlement aux Sivalik, descendent entre les coteaux boisés, d'un côté vers le Gange, de l’autre vers la Djamna. Ta belle vallée à double versant, si bien séparée du reste de l'Hindoustan par la chaîne des Sivalik et ne communiquant avec les plaines que par les deux « portes » des rivières et les brèches de la montagne, ne pouvait manquer de prendre une importance considérable dans la mythologie hindoue; les épopées en font le lieu de refuge des fils de Pandou; là aussi Rama vint faire pénitence; d'innombrables légendes rattachent au souvenir du dieu des serpents, de Siva, d'Indra ou autres divinités, chaque monticule, chaque fontaine, chaque bosquet de la vallée. Un des plus anciens monuments de l'Inde témoigne de la sainteté du pays : c'est un bloc erratique de quartz, situé sur une terrasse dominant la rive droite de la Djamna, non loin de son confluent avec la Tonse. Cette roche fameuse, connue sous le nom de « pierre de Kalsi », — nom tiré de celui d’un village voisin, — porte la figure d'un éléphant et les tables de la loi bouddhique inserites, il
* Cari von Hlügel, Kaschmir und das Reich der Siek,
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