DEHRA
y « vingt et un sièeles et demi, par ordre de l'empereur Asoka. Évidemment, l'endroit où la Djamna, grossie de la Tonse, pénètre dans la doun, élait considéré alors comme la borne de l'Inde. La brèche, beaueoup plus facile, par laquelle la Djamna entre définitivement dans la plaine après avoir traversé la doun et reçu les eaux qui s’en écoulent, parait avoir eu beaucoup moins d'importance comme lieu sacré, On y voit, au bord de la rivière, qui se ramifie autour d'îles boisées, les restes de Badchah mahal, palais de chasse du Grand-Mogol. De nos jours, comme aux temps d’Akbar et de Djehanghir, les montagnes voisines servent de retraite aux éléphants, aux tigres, aux léopards et à d'autres animaux de la faune sauvage.
Devenue l’un des centres de l'influence britannique en Hindoustan, la Dehra-doun a repris, au point de vue de l’agriculture, l'importance qu'elle avait perdue sous la domination des Gourkhas; les canaux, qui de toutes parts serpentaient dans la vallée, ont été rétablis ou remplacés, les jongles ont été défrichées pour la seconde fois, et les bouquets de manguiers qu'avait entourés la solitude des grands bois, ont reçu de nouveau des cabanes sous leur ombre. Des cultures ont été introduites dans le pays, notamment celle de l’arbuste à thé, et des immigrants de toutes les provinces voisines, mème de l'Afghanistan, accourent dans les plantations. Depuis 1815, époque de l'expulsion des Gourkhas, le nombre des habitants a triplé et de nouveaux éléments se sont ajoutés à l’ancienne population brahmane et radjpoute, Cà et là se voient encore quelques restes des tribus mehra et doum, que l’on eroit avoir été les aborigènes de la contrée, Les Mehra se tiennent timidement à l'écart dans les bois rapprochés du Gange. tandis que les Doum, noirs de peau, crépus de cheveux, étaient répandus dans toutes les parties de la vallée, où ils travaillaient comme esclaves. Par haine de leurs anciens oppresseurs hindous, un certain nombre d’entre eux se sont convertis à l'Islam ou au christianisme,
Le haut bassin du Gange, plus vaste que celui de la Djamna, commence à la frontière tibétaine, sur le versant méridional du Trans-Himalaya ; même la branche du nord, la Bhagirali ganga, reçoit du Bod-youl, par les formidables gorges de Nilang, son affluent le plus considérable, la Djanevi. Le cours d'eau que l’on regarde comme étant la véritable Ganga, bien qu'il ne roule pas la plus grande quantité d’eau, jaillit à 4206 mètres, de l'arche terminale d'un glacier se terminant par des parois crevassées hautes de
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100 mètres : c'est là cette « bouche de la Vache » dont parlent les légendes, mais que peut-être aucun de ses adorateurs n'avait vue avant que Hodgson, en 1817, et d’autres gravisseurs européens, escaladant les précipices, bravant les neiges et les éboulis, ne fussent montés jusque sur le glacier de la source; là est la première marche du trône de Siva, car les cinq grandes montagnes qui limitent l'horizon au nord-est et à l'est, sont désignées parmi loutes les cimes comme étant le siège spécial de Maha Deo ou du « Grand Dieu ». De ces monts de Kaïlas où du Roudrou Himalah, dont l'un s'élève à 6725 mètres, descendent les neiges en un cirque immense projelant dans chaque vallée une langue de glace et des amas de débris. Au sud, les monts sont encore plus élevés. Le Kidarnath où Mahapanth, dont la cime est également consacrée à Siva, atteint la hauteur de 6959 mètres. Une autre cime, le Tharlasagar ou mont Moira, isolée dans sa majesté, n'est guère inférieure en élévation, et plusieurs autres sommets de ce chaînon que contourne à l'ouest la Bhagirali ganga, dépassent 6000 mètres; les trois dernières pointes, enroulées de neiges blanches, ont reçu le nom de Trikanta ou de « mont aux Trois Têtes ». Robert von Sehlagintweil essaya vainement de traverser le chainon de Kidarnath, au sud de Gangotri; la mer de glace sur laquelle il s'engagea élait trop erevassée pour qu'il lui fût possible de continuer son voyage.
Le lieu saint de Gangotri, dans la haute vallée de la Bhagirati ganga, est l'endroit le plus élevé où les brahmanes adorateurs de la déesse aient pu s'établir, et quoique nul pèlerinage ne soit plus méritoire, c'est néanmoins un de ceux qui se font le moins; les difficultés et les fatigues du voyage arrêtent la grande foule des pèlerins, sur les bords de la rivière sainte, aux sancluaires les moins élevés. Jadis les fidèles qui se rendaient dans ces lieux sacrés portaient le drapeau de Yama « qui conduit à la mort » et se donnaient eux-mêmes le nom d’anivarttina, « celui qui ne revient pas »'. Dans la dernière partie de la route, il faut, en s’engageant dans plusieurs mauvais pas, gravir des parois verticales au moyen d'échelles branlantes, formées de pieux enfoncés dans la roche au-dessus du torrent. Un de cesescaliers est suspendu à une muraille perpendiculaire de rochers au confluent de la Bhagirati et de la Djanevi, qui coulent l’une et l'autre en des eluses effroyables, Les pèlerins qui se rendent au sanctuaire de Gangotri doivent faire leurs premières ablutions dans les eaux réunies des deux torrents; ils y reçoivent le pain bénit de la main d'un brahmane et
jettent dans le remous du courant une touffe d'herbes symbolisant sans
1 Troyer, Radjatarangini, Histoire des rois de Kachmir.
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