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LA NÉERLANDE

La Néerlande (Nederland) ou Hollande, comme on l'appelle plus communément à l'étranger, est un des plus petits États de l'Europe par la superficie du territoire et le nombre des habitants. Quoique légèrement supérieure en étendue à la Belgique, cette autre moitié des Pays-Bas que la révolution de 1850 a constituée en royaume distinct, la Hollande ne peut rivaliser avec sa voisine, ni pour la densité de la population", ni pour l’activité de l’industrie manufacturière, ni même pour la valeur des échanges; mais à d’autres égards la Hollande, si petite figure qu’elle fasse sur la carte d'Europe, n’en est pas moins un des premiers pays du monde. Nulle part l’homme n’a dà lutter avec plus de force et de persévérance contre la nature et n’a mieux réussi à la discipliner pour la faire travailler à son service. Nulle part d’effroyables désastres ne seraient plus imminents, si les habitants menacés n'avaient appris à conjurer le péril avec une science admirable, une étonnante tranquillité d'âme. Considéré dans son histoire générale, aucun peuple, à plus juste titre que celui de la Hollande, ne mérite d’être appelé grand. C’est de la destinée même, diraiton, qu’il a su triompher; jusqu’au sol qui le porte, tout a été conquis par lui sur les eaux. En luttant contre d’autres hommes, les Hollandais ont aussi donné souvent des preuves d’héroïsme; l’on ne peut contempler sans émotion ce petit coin de terre dont les habitants, alors au nombre d’un million seulement, surent se dégager de l’étreinte d’un empire qui comprenait le tiers du monde connu. Après avoir fondé leur indépendance, ils osèrent tenir tête aux plus grands États de l’Europe, envoyer leurs vais-

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seaux sur toutes les mers, gouverner dans les continents lointains un monde de colonies éparses, en comparaison desquelles leur propre patrie n'était qu'un territoire presque imperceptible'. La Hollande peut revendiquer une gloire plus haute encore : elle fut pendant longtemps le refuge de la pensée libre, et c'est là que les écrivains affranchis de la routine venaient faire imprimer les œuvres qu'ailleurs eût brûlées la main du bourreau.

De nos jours, la Hollande, qui ne se distingue plus des pays voisins par le privilège d'institutions plus libres, a du moins le mérite d'offrir une singulière originalité, aussi bien dans les coutumes de ses habitants et l'aspect de ses villes que dans ses travaux de défense contre les fleuves et l'Océan. Les Hollandais ne s'empressent pas, comme tant d’autres nations, de se conformer aux lois de la mode; ils sont restés ce qu'ils étaient, gardant les anciennes mœurs et même, en certaines provinces, les costumes d'autrefois. Aucun pays de l'Europe n'est plus curieux à étudier que la Hollande, précisément à cause du contraste qu'y présentent ces dehors antiques avec le mouvement des idées modernes.

Au premier abord, le territoire néerlandais semblerait n’être qu'un simple prolongement occidental de la basse Allemagne : on dirait un pays sans frontières naturelles, séparé de l'empire voisin seulement par le hasard ou le caprice; mais, au contraire, le passage de l’une à l’autre contrée était jadis assez difficile, si ce n’est en suivant le cours du Rhin, et la Hollande était absolument distincte de l'Allemagne, plus encore que si la frontière avait été formée par une chaîne de montagnes. De mème que tout le littoral du Hanovre, de l’Oldenbourg, du pays brèmois, du Schleswig-Holstein, la Hollande opposait à l’envahisseur une barrière de tourbières et de marécages, à travers lesquels nul ne pouvait s’aventurer sans guide; mais de plus que les Frisons Orientaux et que les Ditmarches, les Hollandais avaient, pour maintenir leur indépendance, le grand avantage d'habiter un territoire plus vaste, de forme plus compacte, accessible par moins de côtés, grâce à la position qu'il occupe à l'angle du continent d'Europe. A ses confins orientaux, la Hollande est protégée, sur plus de la moitié de sa longueur, par le cours de l’Ems, que continue le golfe du Dollart. Il est vrai que celte rivière coule à une certaine distance à l’est de la frontière politique ; mais ce ne sont pas les eaux de l'Ems qui opposent aux commuaications un obstacle sérieux et qui pouvaient arrêter jadis la marche des

* Lothrop Motley, Histoire de la fondation de la République des Provinces-Unies.

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