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LIMITES ET SOL DE LA NÉERLANDE

armées : ce sont les immenses tourbières qui s'étendent à l'occident de l'Ems et qui jusqu'à nos jours sont en grande partie restées un désert. On sait que pour traverser ces vastes plaines, dont le sol spongieux vibre sous les pas en longues ondulations et menace de s'entr'ouvrir, les Romains eurent à construire des « ponts longs » ou planchers de chène de plusieurs lieues de longueur, qui se retrouvent encore à 2 mètres au-dessous de la tourbe loujours croissante.

En dedans de cette zone de marais presque inhabités, de vastes terrains couverts de bruyères accroissent en maints endroits l'étendue de la région déserte, tandis que le Rhin et la Meuse, se ramifiant en de nombreuses branches, rendent les communications par la voie de terre tout à fait impossibles. Dans ces campagnes basses qui ont mérité à la contrée son nom de Nederland ou de « Pays-Bas », jadis « pays d'aval »', les rivières actuelles, où du moins les bateaux transportent les voyageurs de rive à rive, sont les moindres obstacles : les anciennes coulées sans profondeur, les petits lacs abandonnés dans les campagnes, les marais tortueux, les fosses de largeur inégale qui découpent le pays en d'innombrables figures géométriques, forment dans leur ensemble un labyrinthe inextricable à tout autre qu'à l'indigène; même en vue des villes et des villages dentelant l'horizon de leurs tours et de leurs clochers, un étranger se perdrait en plein jour. Ce lacis de fausses rivières, de fossés et de canaux, telle est la défense naturelle de la Hollande, et fréquemment, pendant les guerres, les villes assiégées ont pu repousser au loin les assiégeants en coupant les digues de ceinture et en noyant le camp des ennemis. En outre, le territoire des Pays-Bas, si facile à inonder, était jadis complètement entouré d'une zone de végétation forestière. Au midi, les bois de la Campine, prolongement de ceux des Ardennes, à lorient d’autres bois qui continuaient ceux de la forêt d'Hercynie, séparaient la Hollande de la Gaule et du pays des Germains; à l’ouest, au nord, une ceinture de bois bordait le littoral et servait de barrière au sable des dunes; les immenses halliers de Badahuenna s’étendaient sur la rive occidentale du lac Flevo. Il ne reste plus de ces forêts que des fragments peu considérables, mais qui font encore la beauté des alentours de la Haye et de Haarlem. D'après quelques auteurs, c’est à l’un de ces bois d'autrefois que la Hollande devrait son nom de Holtland (Houtland)*. Cette appellation, qui paraît avoir pris son origine au dixième siècle, ne s’appliquait d’abord qu'à la « terre boisée », où se trouvait alors la ville de Dordrecht ; mais elle s'étendit ensuite aux bords

! Auguste Schelen, Patrea Belgica, WI.

? Lubach, Bulletin de la Société d'Anthropologie, 4° vol. 1863.

de la Meuse, puis à toutes les parties de la Frise dont les comtes de Hollande se rendirent successivement les maîtres; maintenant elle ne s'emploie plus officiellement que pour deux des provinces de la Néerlande, Quant au sens de « terre creuse « (holt land) que l'on a donné au nom de Hollande, il répondesit fort bien à la situation de cette région basse, incessamment menacée par le flot de la marée et les crues des fleuves, mais il n'est pas justifié par les documents historiques.

Quoique très-basse dans presque toute son étendue et n'ayant au-dessus de la mer, pour l'ensemble du territoire supérieur au niveau marin, qu'une altitude de 45 à 46 mètres ‘, la Hollande se vante aussi d'avoir des monticules autres que les dunes de son rivage; elle a des rochers et des collines, elle a même ce qu’elle appelle ses montagnes, dans la partie méridionale du Limburg, appartenant géologiquement à une autre région que les ’ays-Bas proprement dits. Dans cette étroite bande de terrain qui s’avance au sud, entre la Belgique à l'occident et la Prusse Rhénane à l'orient, se prolongent des chaînes de hauteurs comprenant diverses formations anciennes, des assises carbonifères aux roches crétacées. Au-dessous des croupes qui s'élèvent jusqu'à 160 et mème à plus de 200 mètres de hauteur, près de Gulpen, de Vaals et de Fauquemont (Valkenburg), s'étendent les strates d'un bassin houiller dont le gouvernement fait exploiter les couches. Plus au nord, sous le sol uni des formations modernes, les sondages ont révélé l'existence d’un autre bassin houiller qui s'étend sur une largeur considérable et que l’on a exploré souterrainement jusqu'à 285 mètres de profondeur; mais on doute encore de l'importance économique de cette grande réserve minière ?.

A l'ouest de la Meuse, la Hollande partage avec la Belgique une « monlagne », moins haute que celles de la frontière allemande, mais beaucoup plus connue : c’est, immédiatement au sud de Maastricht, le fameux Sint-Pietersberg ou « mont Saint-Pierre », percé d'un grand nombre de puits naturels et d’un labyrinthe de galeries artificiélles. Il se compose de deux étages de formation crétacée, dont l'inférieur a été fouillé dans tous les sens, tandis que l'étage supérieur est resté comme un toit au-dessus des nefs d’un palais”. Si la montagne n'a rien de bien saisissant par la vigueur de ses lignes et la hardiesse de ses escarpements, l'intérieur de ses roches étonne par les prodigieuses carrières que le travail de l’homme y a creusées pendant et depuis les temps préhistoriques. Les galeries de l'immense

! Leipoldt, Mittlere Hühe Europa's.

* Bulletin de la Sociélé belge de Géographie, n° 6, 1871. . 5 Houzeau, Ess d'une Géographie physique de la Belgique

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