ÉROSIONS DE LA MER
villages et causèrent à l'agrieulture et au commerce des pertes incaleulables. C'est dans l'un de ces ouragans que fut noyée la ville de Rommerswaal avec les villages avoisinants ; dans un autre s'engouffrèrent les polders de Saaftinghen ; dans un autre encore on vit disparaitre les terres de l'ile la plus occidentale de la Zélande avec les deux grands villages qui s'y trouvaient : elles étaient connues sous le nom de Zouteland ou du « Pays du sel! ». L'appellation de Beveland, donnée aux deux îles méridionales de la Zélande, aurait, dit-on, 1: sens de « Pays du tremblement » et serait due aux chocs des vagues d'inondation sur les plages toujours frémissantes. Encore dans ce siècle-ci, de soudaines inondations ont trarsformé en lacs des polders depuis longtemps conquis. En 1825, toute la partie méridionale de la péninsule de Hollande, connue d'ordinaire sous le nom de Waterland ou < Pays de l'eau », fut inondée, de Zaandam à Alkmaar ; quarante villages, peut-être les plus riches du monde, furent submergés ; des milliers d'habitants se noyèrent ; dix mille vaches, cent mille moutons périrent dans les flots ; et quand on eut réussi à réparer la ceinture de dunes et à vider le territoire inondé, les débris de toute espèce, putréfiés dans la fange, répandirent la peste dans la contrée. Les îles de Wieringen et de Terschelling furent en grande partie dévastées. Quant à Schokland, débris d’une île qui s’étendait autrefois des bouches de l’Hssel au milieu du Zuyderzee, elle disparut. Elle sortit des flots très-amoindrie, puis d’autres tempêtes la ravagèrent : on a dà finir par l’abandonner, l'entretien de puissantes digues étant trop coûteux pour le petit nombre des habitants. Ceux-ci ont été transférés
aux frais de l'État en diverses colonies du continent, notamment à Kampen, dans le delta de l'Ussel. Entre Schokland et l’île d'Urk il est un parage du
golfe où se montrent quelques restes de mur et que l’on désigne sous le nom de « cimetière >» : là dormirait une ancienne ville. Urk, dont les buttes solides s'élèvent jusqu'à 10 mètres de hauteur au-dessus du flot, ne risque pas d’être démolie, mais c’est avec effroi que l'on voit l’île de Marken par un jour de grand vent. Cette île, pareille à un navire, qu’un bordage d'un mètre à peine défend contre la mer pendant les temps calmes, est complètement envahie par les eaux dans les gros temps d'hiver. Les habitants sont obligés d’aller en bateau de l’une à l’autre des sept buttes artificielles sur lesquelles ils ont construit leurs hameaux : le cimetière occupe un huitième îlot où les barques doivent porter les convois mortuaires. Mais tandis que les terres émergées sont menacées d’être engloulies de nouveau, des terres nouvelles se forment sur le lit marin : de
t Smallegange : — Muyt; — von Hoff ; — Ant. Belpaire, etc.
nombreux banes de sable ont apparu dans le Zuiderzee, à la place des anciens creux, et les chenaux de plusieurs ports ont été complètement obstrués : sans les immenses travaux de dragage entrepris par les ingénieurs du Waterstaat, le port même d'Amsterdam aurait été parmi ceux que les alluvions marines ont rendus inaccessibles.
On sait comment les Hollandais ont réussi à protéger leurs côtes contre les soudaines irruptions de l'Océan; mais le danger des inondations fluviales n’est pas moins grand que celui des inondations maritimes et les riverains ne peuvent s'en garantir de la même manière. A l'heure de la marée et pendant les crues, les bateaux des fleuves passent au ras des digues, bien au-dessus du niveau des champs, et quand le vent du nordouest souffle avec force, les habitants de Vianen, au sud d’Utrecht, voient les eaux du Lek s'élever à cinq mètres et demi au-dessus du pavé de leurs rues'. Des levées simples ou multiples, des machines d’épuisement suffisent pour les défendre contre les eaux tranquilles des polders bas des rivages : mais que faire contre les débâcles? Pendant les froids hivers, quand la Meuse et le Rhin ont été recouverts d’une immense dalle glacée, que faire au moment où cette couche se brise, et où les amas de glaçons, déjà libres, viennent se heurter contre des masses encore solides et contre les rivages? Les eaux d’amont, retenues par le barrage inférieur, grossissent en lacs, et lancent leurs glaçons comme des béliers contre les digues riveraines : celles-ci s’écroulent sous la pression des eaux et des glaces, et les campagnes sont inondées.
Outre les érosions de marée, les tempêtes, les débâcles, il existerait encore, disent quelques géologues*, une autre cause de destruction pour les côtes de la Hollande, agissant avec lenteur, mais avec une puissance inexoable. Cette cause serait l’affaissement graduel du sol. Un très-grand nombre de faits recueillis par les historiens et les géographes prouvent en effet qu’il yaen divers endroits du littoral hollandais une dépression des terres. On sait que le long de presque toutes les côtes néerlandaises se rencontrent des couches de tourbe situées à un ou plusieurs mètres au-dessous du niveau de la mer, et pourtant ces formations d’eau douce ne peuvent avoir pris naissance et s'être développées que sur un sol émergé. De nombreuses tourbières voisines de la côte sont trop profondes pour que l'exploitation en soit profitable, et quelques-unes de leurs assises se prolongent au-dessous des dunes en une couche continue jusqu’au loin dans les eaux. À chaque tempête violente, les vagues rejettent une grande quantité de tourbe d’origine
! Oscar Peschel, Neue Probleme der vergleichenden Erdhunde, ® Elie de Beaumont; — À, de Laveleve,
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