FRISONS, FRANKS ET SAXONS
dier surtout les chartes et les coutumes des Flandres et de la basse plaine du Rhin.
Vers la fin du quatorzième siècle, on voit apparaître les Saxons, dont le nom fut d'ailleurs appliqué à beaucoup de tribus alliées ou vaineues. Au huitième siècle, ils occupaient la partie méridionale de la province de Groningue, la Drenthe, l'Overijssel, l’ancien pays d?s Saliens : la terre franque était devenue saxonne. Beaucoup de villages dont le nom se termine en goo (l'allemand gau) témoignent du groupement des diverses nations, frisonne, saxonne, franque, en tribus agricoles, sortes de grandes familles ayant leurs juges distincts et se gouvernant par leurs propres lois. Les Franks, qui s'étaient déplacés vers le sud, couvraient de leurs goos toute la, Hollande méridionale. L'infertilité naturelle de la région des dunes et des landes qu'ils habitaient et les inondations fréquentes qui dévastaient les terres fécondes de la plaine dont ils avaient une part, les portaient à émigrer fréquemment pour occuper de force des territoires voisins : Hoog van moed, — Klein van qgoed, — Een zwaard in de hand — Is "t wapen van Gelderland*, dit un des proverbes de la province de Gueldre. D'ailleurs, il n’est pas douteux que sous ce nom de Franks ne fussent comprises des populations très-différentes d'origine, et notamment les Bataves, venus de la Hesse, qui habitaient l’île d’alluvions comprise entre les deux bras du Rhin, le Lek et le Waal, et que l’on appelle encore la Betuwe*. Là est bien le centre géographique de la Hollande, et ce n’est pas sans raison que le petit peuple qui l’occupait a pu, dans le langage classique, transmettre son nom au peuple entier. Quant aux Zeeuwen ou Zélandais, ces fils des antiques Ménapiens du littoral, des conquérants frisons, des pirates de race saxonne, ils se sont longtemps considérés comme un peuple à part séparés des Hollandais du continent, ils avaient pris naturellement des traits distinctifs en s’accommodant à leur milieu. Ils se font remarquer surtout par leur haute taille, leur démarche plus souple que celle des autres Hollandais, la bonté de leur regard, la douceur de leur accent Goed rond, goed zeeuwsch (bien rond, bien zélandais), dit un ancien dieton du pays*. Enfin la forte race gauloise qui a donné naissance aux Wallons dans la Belgique voisine existait probablement aussi dans le Limburg et le Brabant hollandais. Quand, au sortir de la Zélande ou de la Hollande proprement dite, on entre dans le Brabant, on remarque aussitôt le con-
* Vanderkindere, Recherches sur l'ethnologie de la Belgique.
2 Haut de courage, — Pauvre d'argent, — Une épée dans la main, —- C'est le blason de ln Gueldre. 5 De bet auw, bonne prairie ; d'après Lothrop Motley.
# I, Havard, La Hollande pittoresque, Le Cœur du pays.
traste, Les hommes sont plus gros, plus blonds, plus colorés, les femmes plus fortes et moins sveltes. La race est plus sanguine, plus impétueuse, moins régulière et moins méthodique dans ses habitudes. D'ailleurs, la différence de religion correspond à la différence de race. Les Brabançons et les Limbourgeois sont en grande majorité catholiques.
La plupart des historiens s'accordent à dire, d'une manière générale, que les limites des populations néerlandaises coïncident avec celles des formations géologiques. Les tribus mélamgées des immigrants bas-allemands habitent les terres basses des estuaires et du delta rhénan; les Hollandais d'origine saxonne peuplent les terrains couverts de sables de transport, tandis qu® les Frisons occupent les contrées alluviales : aux différentes formations coi”espondent des modes de culture différents, et les populations se sont groupées naturellement suivant leurs mœurs et leur génie natif : de mème, les espèces d'animaux qu’emploient les habitants pour leurs travaux des campagnes varient des sables à la région des polders". Les deux provinces dont la population est le plus mélangée sont précisément celles qui portent spécialement le nom de Hollande : c’est là que se trouvent les grandes villes du pays et que se sont accomplis les évènements principaux de l’histoire nationale.
Les îles du Zuiderzee, Urk et Marken, débris de terres disparues, renferment une population que l’on croit fort ancienne et qui se distingue des habitants du littoral voisin, non-seulement par les mœurs, mais aussi par la forme du crâne *?. Il en était de même pour les gens de l’île Schokland, maintenant abandonnée. Urk est une de ces terres que les physiologistes citent en exemple de l’innocuité des mariages consanguins. Il est très-rare qu'un habitant de l’île se marie à une étrangère. Tous sont cousins ; tous s’unissent de famille à famille, tous se ressemblent par la taille, les traits, la couleur des yeux et des cheveux. Loin d'offrir la moindre dégénérescence, ils sont remarquables par la force, les nobles proportions, la largeur des épaules. Les femmes sont vraiment belles, mais elles ont quelque chose de masculin dans la démarche. Les maladies sont rares parmi les indigènes, à l'exception pourtant de la petite vérole, car les orthodoxes de l'endroit se sont opposés de toutes leurs forces à la pratique de la vaccine. Le nombre des habitants ne cesse de s’accroître ; il a plus qu'octuplé depuis le milieu du dix-septième siècle, et, chaque année, beaucoup de jeunes gens que l’île ne peut plus nourrir vont chercher fortune à l'étranger.
Pendant la guerre d'indépendance et dans les premiers temps qui suivi-
! Staring, Foormaals en Thans, p. 34.
# Lubach, De Anthropologie van Nederland.
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