POPULATIONS DE LA NÉERLANDE
rent la fondation des Provinces-Unies, la république reçut un grand nombre d'immigrants venus de la Belgique, et, parmi eux, quelques-uns de ses meilleurs citoyens, car c’étaient des hommes qui s’enfuyaient de leur patrie vaincue pour rester libres. C’est peut-être à eux que la Hollande dut son triomphe, et si plus tard elle devint à certains égards la première nation de l’Europe, elle le dut aussi en partie à la science, à la valeur morale de ces étrangers qui étaient venus lui demander asile. On comprend quelle fut l'importance historique d’un peuple d’émigrants où se voyaient des hommes tels que Philippe de Marnix, Heinsius, Jordaens, Franz Hals, Elzevier, Isaac Lemaire, guerriers, diplomates, poètes, peintres, savants et navigateurs ‘. Après la révocation de l’édit de Nantes, d’autres proscrits pour cause de religion vinrent en foule se réfugier en Hollande; ceux-ci, partis de plus loin que les fugitifs belges, arrivaient de France, surtout de l'Ouest et du Midi, apportant, avec leur génie propre, des industries nouvelles, d’autres relations de commerce : pendant longtemps les villes de la Hollande et les villages des Cévennes restèrent en rapports directs pour l’échange des denrées et des produits inanufacturés. Maintenant encore, les Hollandais d'origine française, apoarterant pour la plupart à l'Église protestante dite « wallonne », sont assez nombreux pour maintenir une certaine cohésion et le culte de l’ancien idiome. Grâce à leur instruction, ils exercent une influence considérable dans le pays ; mais à cet égard ils sont probablement distancés par d’autres fils d’immigrants, les Israélites, en grande majorité issus de Juifs allemands. Les Juifs portugais ou espagnols, beaucoup moins nombreux, sont considérés comme formant une sorte d’aristocratie parmi leurs coreligionnaires. Jusqu'au commencement de ce siècle, ces exilés de la péninsule ibérique parlaient l'espagnol ou le portugais dans leurs familles ; à la synagogue, ils priaient alternativement en portugais et en hébreu *.
Considérés, non dans l'infinie variété des individus, mais dans cet ensemble que l’on appelle un peuple, les Hollandais doivent être respectés entre tous. Chaque nation a dû conquérir péniblement son existence, à la fois sur la nature et sur ses voisins ; mais nulle n’a eu, comme la nation néerlandaise, à faire la terre même qui la portait. Pour accomplir une pareille œuvre, il fallait une volonté puissante et de tous les instants; l'audace première devait être soutenue par une invincible persévérance. Forts à l’entreprise, plus solides encore à la résistance, les Hollandais sont peut-être de tous les Européens ceux qui ont le plus de simplicité naturelle, car ce
! Gaillard, Mémoires de l'Académie de Belgique, t. NI, 1853,
* Alph. Esquiros, La Néerlande et la vie hollandaise. iv. 31
longtemps, mais, après s'être décidés, ils se mettent à l’œuvre et sans arrière-pensée. [ls sont d’un rare bon sens : ce n’est point par des fantai-
Be
:4 L sont eux aussi qui ont le plus agi. Ne se hâtant point de promettre, ils
At: Ë {! tiennent leur parole, au delà même de ce qu’elle faisait espérer ; ils ne se
ne lancent dans aucune entreprise à la légère; mais quand leur résolution est
n: : Î prise, ils ne s'arrêtent point qu’ils n'aient vaincu le sort ; ils réfléchissent | | !
sies qu'ils auraient pu tenir tête à l'Océan. Leur défaut le plus commun est il 8e celui de la routine : lents et méthodiques, accoutumés à un travail persé- LEE . QU . 7, “Hi vérant, il leur est difficile de se renouveler, de changer leurs idées, de
1 porter la main sur une coutume antique. Ils ne sont point tristes, comme ;
BE ils le paraissent souvent : ils sont silencieux et graves ; ils parlent moins 1 É il 11 que le Belge, rient moins souvent que lui. Mais quel est le plus heureux des
j ARE deux peuples? Sans aucun doute celui qui le semble le moins. Pourtant, 6
| Ë FE quand les Hollandais s'amusent, c’est de tout cœur; ils s’abandonnent L
14 ii entièrement à la joie et au bruit. Au milieu des fêtes populaires, on se p
=: raprelle volontiers les tableaux des Van Ostade, des Teniers, des Brouwer, d
L des Steen et de tant d’autres maîtres hollandais. H
(SR) | La vertu néerlandaise dont les étrangers sont d'ordinaire le plus frappés cl
| HORPST est l’exquise propreté des habitants. Les plus pauvres demeures sont tenues î
ART | en Hollande avec un soin que l’on chercherait vainement dans les somp- d 1 Me: tueux palais du midi de l’Europe ; nettoyer, laver, récurer, telle est chaque f he jour et pendant des heures entières la principale occupation des Hollanf ïl ÿ daises, d’un bout à l’autre du pays. Sans doute, sous ce climat humide, HSE J sur cette terre à demi noyée d'où s’échappent des miasmes pernicieux, Ù Ë il est indispensable d'entretenir une extrême propreté dans les maisons
Fe | ni et d'en éloigner tout ce qui pourrait accroître l’insalubrité naturelle de
RE T Cul : la contrée ; mais on a pu dire avec raison que les Hollandais ont exagéré : h |: Res leur vertu nationale jusqu’à en faire un vice. Dans la province de Noord- it \K ARE |: Holland surtout, l'amour de la propreté peut devenir de la manie ; frottées, EL É 4 HER époussetées comme des écrins précieux, certaines demeures seraient inhabi- di È È in tables pour tous autres que pour les indigènes, et les chambres d’apparat l à a ne sont abordées par eux qu'avec une sorte de solennité. Les étables sont la : PER tenues comme des salons, et les vaches n’ont plus même la libre disposition : 144 { de leur queue, suspendue au plafond, de peur que les animaux mal appris Mu 1 LR ne salissent leur robe lustrée. Certains villages sont disposés en entier avec cu Î une régularité si minutieuse qu’on se demande s’ils ne sont pas un joujou la co
prodigieux fait pour l'admiration des sots. L'art véritable est absent de ces
| ë 4 * Ramon de la Sagra, Voyage en Hollande et en Belgique.
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demeures, où tout est arrangé suivant une scrupuleuse routine; la nature même doit s’y conformer au goût méthodique du propriétaire, et dans beaucoup de jardins les arbres sont non-seulement taillés, mais encore peints de diverses couleurs". En général, les Hollandais, quoique ayant eu la gloire de voir naître chez eux l’une des grandes écoles de peinture, ne se distinguent point par le sentiment de l'art. Leurs villes sont originales ; on aime à voir les bateaux cheminant dans les rues, les ponts qui s'élèvent et s’abaissent au-dessus des canaux, les arbres penchés sur l’eau; les maisons, dont les façades de briques rouges se montrent à travers la verdure, sont d’un aspect curieux, mais elles sont loin d'être belles, et leurs ornements en font précisément la laideur.
En maintes parties de la Néerlande, l'originalité nationale se manifeste encore par le maintien des anciens costumes. Aux portes mêmes de la Have, on est étonné de voir les marins et les pêcheurs, grands et petits, uniformément vêtus de longues houppelandes de drap bleu, chaussés de lourds sabots d'une blancheur parfaite. En Zélande, les paysans, plus élégants dans leur mise, ont gardé la culotte courte se rattachant à la ceinture par des boucles d'argent; leur gilet rouge, brodé de fleurs de couleurs différentes suivant les religions, est fermé par vingt gros boutons de filigrane ; la veste de velours noir contraste par sa simplicité avec le reste du costume”. Ce sont les femmes, gardiennes des mœurs, qui dans la plupart des provinces hollandaises ont le mieux conservé les habits et les ornements d’autrefois. Récemment encore, les femmes du bourg de Hindeloopen, sur la rive orientale du Zuiderzee, se distinguaient par des vêtements d’une grande richesse et d'une variété singulière, suivant l’âge et l’état social de celles qui les portaient, et l’on croit que ces modes locales étaient l'héritage d'une longue série d'ancêtres. Dans toutes les provinces de la Néerlande se voient çà et là des traces de costumes imposés jadis par la tradition. C'est ainsi que dans les villes la plupart des servantes sont vêtues de robes d'indienne à fleurs ou à raies violettes.
C'est à leur mode traditionnelle de coiffure que les Frisonnes et les Hollandaises proprement dites tiennent le plus. Dans les campagnes, un grand nombre de paysannes portent non-seulement de riches pendants d'oreilles, mais encore des plaques d’or sur les tempes, ou même des bijoux qui recouvrent le front, des épingles qui s'élèvent menagçantes de chaque côté de la tête, des spirales qui encadrent les joues : sous la fine dentelle de la coiffe on voit reluire comme un casque d’or. Quelques-unes de ces coiffures
t Pictet de Sergy, Lettres sur la Nord-Hollande. % Ch, de Coster et Adolt Dillens, Tour du monde, XXNII, 1874.
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| sont d'aspect fort bizarre, d’autres sont charmantes et rehaussent la beauté. | Les femmes de la Frise, fières et graves, ont fort bon air sous ce diadème | 14 d'or. IT y a longtemps sans doute que les paysannes auraient cessé de porter 4 (NUIT ces lourdes coiffures, si elles n'avaient à leurs yeux l'avantage d’être chères : k « y renoncer pourrait sembler plutôt un aveu de pauvreté qu’une preuve de F |: goût‘; » l'aspect du casque et de ses ornements annonce de loin aux prétendants et aux rivales combien de « tonnes d’or » possède la jeune héri-
uière qui se montre dans ses atours. Toutefois les filles pauvres peuvent trop facilement imiter les paysannes riches, en s’ornant de bijoux faux, pour que
ANT à la mode locaie, cause de calvities précoces, ne perde pas graduellement de EEE l son empire, au profit de la mode générale, qui permet de laisser croître la
chevelure et mème d'en exagérer l'ampleur.
À ‘nn? ar divers usages, de même que par le maintien partiel des anciens | ant costumes, le peuple hollandais témoigne de son esprit tenace. Il reste lui- | à (1} mème dans ce mouvement du commerce et de la science qui abaisse ! ik les bornes des États. On a constaté que depuis 1866 le contraste est devenu plus grand de chaque côté de la frontière qui sépare la Hollande
| et l'Allemagne. Avant cette époque, Hanovriens et Néerlandais, ayant les
| habitudes analogues, parlant à peu près la même langue, vivaient eôte à côte en bons amis ; mais tout à coup les employés allemands sont venus
J de l'est, près de la frontière hollandaise, se servant d'un autre dialecte, |: FS imposant un autre régime : les différences nationales se sont révélées QUE à soudain, plus nettes qu'elles ne se montraient autrefois *. Ce recul défiant nn des Hollandais n'est point un phénomène nouveau ; souvent, pendant Re. ë les trois derniers siècles, ils ont dù pour ainsi dire se concentrer en eux- L | À mêmes, car le danger les menaçait de toutes parts. Leur individualité 1 l nationale s'en est affermie, mais tout n’a pas été gain dans ce long effort. É à Obligée longtemps de se tenir à l'écart du reste de l'Europe afin de maintenir plus sûrement son indépendance, la Hollande à fini par contracter F; FR les défauts que donne toujours l'isolement. Elle a cessé de vivre de la vie !
(HF: HEE du monde, a perdu la souplesse de l'esprit et s'est attardée dans les idées et les usages du passé. Après avoir été la première parmi les nations, elle
| 1 s’est laissé distancer à beaucoup d'égards par ses voisines. Quoi qu'en dise à £ î . .
| PAR le proverbe, la Hollande moderne n’a pas eu assez d'histoire ; elle s’est
Ie | trop renfermée dans son étroit domaine, qu'elle à su du reste adrmirable-
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ut l Fa | ! ment aménager.
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! Théophile Gautier, Loin de Paris.
# JL Havard, La Hollande pittoresque, Les Frontières menacées.
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MŒURS DES NÉERLANDAIS, RECONQUÈTE DU SOL 245 lé.
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de La reconquête du sol enlevé par la mer et la transformation des maréré- cages en terrains de culture, telle a été en effet l'œuvre apitale du peuple ri- néerlandais. Des géographes ont essayé d'évaluer l'étendue des terres que op la mer a enlevées au domaine de la Hollande depuis les temps historiques ; que mais les faits sont trop mal connus pour que de pareils calculs puissent de avoir une valeur même approximative. En ne comptant qu’à partir du treila zième siècle, où les révolutions physiques de la contrée sont déjà connues d'une manière générale, on peut se hasarder avec plus d'assurance : c'est ns d’un cinquième à un septième que l’on évalue la superficie des terres envaui- hies par la mer pendant cette courte période géologique, moindre de sept sse cents années". Mais si l’infatigable Océan a fait des conquêtes sur la terre est ferme, l’industrie humaine, acceptant la lutte, à déjà recouvré plus de la ide moitié de cet espace inondé. L'histoire ne raconte guère ce long travail, les car il se fait avec patience et lenteur : il ne frappe pas l'imagination comme e à les brusques violences de la mer, qui détruisent parfois l’œuvre d’un nus siècle en un seul jour, mais l’homme ne se lasse point, il se remet à l’oute, vrage après chaque désastre, armé des ressources que lui donne la science. ées On dit que les premières digues de défense contre la mer auraient ant été élevées dès le neuvième siècle par les Normands dans les îles de ant la Zélande? ; mais tous les remparts construits au bord de la mer avant ux- les grandes tempêtes du quinzième siècle furent emportés par les flots. lité L'œuvre de reconquête sur l'Océan ne prit une importance considérable rt. qu’à la fin du seizième siècle, c’est-à-dire avec la période de la liberté ain- républicaine. L'initiative individuelle, développée par la conscience de la ter grandeur nationale, fit entreprendre des travaux immenses, dont aucune vie autre contrée ne pouvait offrir d'exemples. En 1488 déjà un polder avait s el elle 1 Terrains de la Hollande engloutis par la mer : è Inondations du treizième siècle. . . . . . . 3080 kilomèires carrés. dise — quatorzième siècle. . . . . . 530 » »
s’est quinzième siècle. . . . . . . 820 » » ble- — seizième siècle. . : . . . . 550 » »
— dix-sephième sigcle. . . . . . 27 » »
1 dix-huitième siècle . . . . . EH) » »
Érosions de la côte pendant les six siècles. . . AUR » » Total. . . . . . . . . . 600 kilomètres carrés.
(Arends, Physische Geschichle der Nord-See Küsten.) 2j. G, Houzeau, Essai d'une géographie physique de la Belgique.
Re EE été endigué dans l’île de Texel, et en 1553 on s'était attaqué au lac de |A | Zijp, près d’Alkmaar, pour en dessécher les 5600 hectares'. Au com- Re, ER R R pa PAS:
14 EI mencement du dix-septième siècle, le lac de Beemster, situé également HE IAE à ñ i a | 5 dans la province de Noord-Holland, est à son tour entouré de digues et LNERIE À 2 NT S à là {| N° 59, —— CONTOURS DES RIVAGES DE LA NÉERLANDE AVANT LE PEUPLEMENT DE LA CONTRÉE, L'ER Œ ARE | gl ARE !