HAARLEM
Cornelis Bega, Philips Wouwerman, Berghem, Ruysdael, et, plus heureuse que d’autres villes hollandaises, elle n'a pas seulement la gloire de ces noms, elle possède aussi de nombreux tableaux de plusieurs de ces grands artistes; dans un béguinage se trouvent même des toiles de Franz Hals qui n'ont point changé de place depuis qu'elles ont été peintes. C'est à Haarlem qu'un peintre en quête de belles et fortes leçons doit se donner le plaisir de voir Franz Hals '.
Ville riche, habitée par beaucoup d'hommes de loisir qui eultivent les sciences et les arts, Haarlem est le siège de plusieurs compagnies savantes, et les collections de toute espèce, les bibliothèques, y sont nombreuses. C'est là qu'a été fondé le musée de l'exploration géologique et physique de la Hollande; là se trouve aussi le musée Teyler, où se pressent en foule les objets curieux, appareils de physique, fossiles et rochers, médailles, livres, gravures : les trésors de ce musée en histoire naturelle sont décrits avec le plus grand soin dans de savantes publications périodiques. Enfin en dehors de Haarlem, dans un bois de hètres, reste des antiques forêts de la Hollande, un joli palais renferme une collection de tableaux modernes et un musée colonial. De plus que la plupart des autres villes de la plaine basse, Haarlem a de fort belles promenades, ses boulevards plantés d'arbres, où se voit encore la « porte d'Amsterdam », puissante construction du quinzième siècle, son grand bois, Bloemendaal (Vallée des fleurs) et les jardins environnants, où se fait la culture des Jacinthes, des tulipes, des œillets et de tant d’autres fleurs, si facile, grâce à la nature sablonneuse du terrain; c'est à que les jardiniers eréèrent ces admirables variétés de tulipes qui donnèrent lieu à tant de spéculations, pendant la première moilié du dix-septième siècle, alors qu'un oignon dit le Vice-Roi se vendait pour 25 000 florins et que trois oignons de Semperaugustus coûtaient 50000 florins. De nos jours les jardins sont encore plus beaux qu'à cette époque d'agiotage, mais leurs produits, bulbes et semences, fleurs, fruits, primeurs de toute espèce, ne servent qu'à un commerce naturel d'expédition vers toutes les parties de la Hollande, vers l'Angleterre, l'Allemagne et la Russie*. Haarlem n'est qu'à sept kilomètres de la mer. À l’ouest de la chaîne des dunes qui domine Bloemendaal est le village du Zandvoort, très-fréquenté en été par les baigneurs d'Amsterdam.
Cette ville, trois fois plus peuplée que la Haye, est la véritable capitale de la Néerlande; elle en porte même officiellement le titre, quoiqu'elle ne soit point le siège du gouvernement. Tant que le Zuiderzee fut d’une navi-
! Eugène Fromentin, Les Maîtres d'autrefois.
2? Valeur des tulipes expédiées de Bloemendaal en 1872 : 840 000 fr.
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gation facile, la position oceupée actuellement par la grande ville était des plus heureuses pour le commerce, car cet angle de la mer intérieure touche à la région la plus fertile et la plus populeuse de la basse Hollande et c'est là que vient aboutir a ligne la plus courte tirée des bouches de la Meuse et du Rhin vers le bassin du Zuiderzee; là d'ailleurs les navires qui, sur toute la côte maritime de Hollande, trouveraient une plage inhospitalière, étaient reçus dans un port naturel, parfaitement à l'abri des vagues et du vent. Mais, avant que cette position pât être utilisée pour le commerce, il fallait que les vastes marécages dans lesquels se perdait la coulée de l'Amstel, à son confluent avec l'estuaire de VIF, fussent au moins partiellement endigués et qu'une terre solide pt recevoir les premières maisons; c'est au commencement du treizième siècle seulement qu'un château se dressa au milieu des cabanes de pêcheurs sur l'Amstel-dam « ou levée de l'Amstel ».
La forme de l'ilot primitif a décidé de celle que la ville grandissante devait prendre dans les siècles suivants. Cette forme est des plus étranges, quoique d'une régularité singulière, Autour du noyau presque ovale de l'ancienne ville, quatre canaux parallèles ou grachten <e développent en un vaste pourtour, non par courbes, mais par lignes brisées, et sont entourés eux-mêmes par le large canal extérieur ou Buiten Singel, long de plus de cinq kilomètres et presque semi-cireulaire ; il baignait autrefois les fortificalions, remplacées maintenant en partie par des pelouses et des arbres, Les canaux concentriques sont coupés à tous leurs angles de fosses transversales rayonnant vers l'extérieur en forme de branches d'éventail, de sorte que la ville se trouve divisée en 90 îlots réunis les uns aux autres par 900 ponts, dont quelques-uns sont mobiles et relèvent leurs tabliers sur d'énormes potences pour laisser passer les bateaux; chaque rue est en mème temps un port, chaque maison un entrepôt. L'Amstel, qui, par ses deux grands méandres, trouble un peu la régularité géométrique de la ville, s'étale en bassins où mouillent les navires d'un faible tirant d'eau, tandis que les gros bâtiments et les bateaux à vapeur maritimes emplissent les ports extérieurs, découpés dans le détroit de l' par de hautes levées couvertes de maisons, Au large de la ville, une rangée d'ilots de formes régulières, figurant assez bien la corde dont le canal extérieur d'Amsterdam est l'are, porte les gares et Les entrepôts du chemin de fer. Tous ces îlots sont de création nouvelle; on les a fait surgir en comblant une partie du détroit
avec le sable des dunes du littoral.
D'ailleurs, tout le sol sur lequel pèse la ville d'Amsterdam à été affermi par le travail de l’homme. Le fond vaseux, composé en grande partie d'ani-
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malcules, notamment de polythalames", fuirait sous le poids dont il est chargé, si la plupart des maisons d'Amsterdam n'étaient bâties sur pilotis, «en sorte que la ville retournée présenterait l'étonnant spectacle d'une forêt dépouillée de branches et de feuilles? En pensant à Amsterdam, Érasme disait connaître une ville dont les habitants vivaient comme des corbeaux perchés sur la cime des arbres. À lui seul, le palais royal repose
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sur 15 699 pilotis. Plus d'une fois déjà des constructions trop lourdes se sont englouties dans la vase. Amsterdam est une ville originale, qui n'a point eu de modèle. On l'a comparée à Venise, comme si Venise pouvait se comprendre sans la transparence de l'atmosphère, le doux rayonnement du ciel, la splendeur des palais de marbre. Sous son climat changeant, de brouillards, de pluies et d'éclaircies soudaines, Amsterdam ne ressemble
1 Harting, De Bodem onder Amsterdam.
3% Alph. Esquiros, La Néerlande et ia vie hollandaise.
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qu'à elle-même, Elle est belle pourtant, malgré la régularité géométrique de ses canaux, quand les rayons du soleil brillent à travers les branches des arbres plantés le long des quais, et que l'on voit les mille cordages
des agrès rayer le fond lumineux du ciel. Du haut de la tour qui domine
le palais royal, au centre de la ville, on voit Amsterdam tout entière, avec ses canaux, ses bassins, le détroit de l'IJ encombré de navires, les campagnes verdoyantes qui bordent le Zuiderzee et qui remplacent l'ancienne mer de Haarlem. À ses pieds on a la place du Dam, où viennent converger les principales rues de la cité. Le Dam est la « levée » primitive, la digue par excellence qui a servi de point d'appui à tous les travaux entrepris depuis sept siècles pour l'agrandissement d'Amsterdam.
Ainsi qu'on a le droit de s'y attendre, c'est dans la capitale de la Hollande, qui d'ailleurs est la patrie d'Adriaan et de Willem Van den Velde, de Karel du Jardin, des deux Van der Neer, de Weenix, de Van Huysum, que l'école natiorale de peinture :e montre dans toute sa gloire. Le palais royal contient quelques toiles; l'hôtel de ville possède des tableaux précieux de Franz Hals et de Van der Helst, représentant des repas et des fêtes de corporations bourgeoises ; mais les principaux trésors se trouvent dans le Trippenhuis, édifice sombre et peu commode qui doit être prochainement remplacé par un nouveau musée, destiné à recevoir toutes les œuvres d'art appartenant à la ville, Dans le Trippenhuis deux toiles célèbres se font face, celle de Rembrandt à laquelle on a donné à tort lenom de Ronde de Nuit, et le Banquet des Arquebusiers de Van der Helst. Le tableau des Syndies des Drapiers, l'un des derniers et des plus vivants qu'ait peints Rembrandt, se voit aussi dans ce musée; tous les maîtres hollandais ÿ ont une ou plusieurs de leurs peintures, et de nombreux portraits contemporains des personnages célèbres rendent l'étude de cette galerie indispensable pour l'historien de la Hollande. Le musée Van der Huov est aussi une collection précieuse de tableaux des vieux maîtres néerlandais, tandis que dans le musée Fodor les toiles les plus remarquehies sont de peintres modernes, Que d'œuvres précieuses se trouvent aussi dans les collections particulières ! Il en est une dont les possesseurs montrent encore les portraits de leurs ancètres que Rembrandt peignit de son pinceau le plus lumineux et le plus vrai.
Cité des arts, Amsterdam est aussi le centre principal de la vie seientilique en Hollande. Elle est le siège de l'une des quatre universités du pays", d'une académie des beaux-arts, de l'académie des sciences de la Néerlande
! Professeurs et lecteurs en 1877 : 45; étudiants, 400, et 235 étudiants à l’école de médecine militaire.
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et de nombreuses compagnies savantes, telle que Felir meritis et la société des archéologues, Une société de géographie, récemment fondée, y rend à la science des services inappréciables, car elle seule peut mettre en œuvre les documents de toute espèce, hollandais, malais, javanais, relatifs à l'archipel de la Sonde, Le jardin botanique et le jardin zoologique sont d'une grande richesse et se complètent par d'importantes collections où la flore et la faune de l'extrême Orient sont mieux représentées que dans la plupart des musées du même genre. Quelques jardins publics, entre autres celui que domine la coupole vitrée du palais de l'Industrie, et le Vondelspark, consacré à la mémoire du poète Van den Vondel, interrompent le labyrinthe des maisons; mais ces espaces verdoyants sont trop rares et trop peu étendus pour une ville aussi peuplée, où les causes d’insalubrité sont si nombreuses. Amsterdam est loin d'être une ville saine ‘; les canaux qui la traversent dans tous les sens ont en moyenne plus d'un mètre de vase qu'il faut enlever au moyen de bateaux dragueurs et que l'on vend comme engrais aux jardiniers et aux agriculteurs des environs. L'eau de ces canaux resterait presque slagnante et se changerait bientôt en boue infecte, si les écluses de marée ménagées au-dessous de la Bourse et en d'autres endroits n'introduisaient simultanément l'eau de VIF et de l'Amstel dans le réseau hydraulique de la ville, Jusqu'en 1853, les habitants d'Amsterdam manquaient d'eau pure pour les usages domestiques et devaient se contenter de l'eau des citernes; ils reçoivent maintenant, par une conduite souterraine d'environ 50 kilomètres de longueur, l'eau de pluie qui tombe sur le sable des dunes et s’y purifie. Malgré toutes ces améliorations et les progrès de l'hygiène publique et privée, malgré l’exquise propreté de la plupart des habitants, Amsterdam serait une ville condamnée à un dépeuplement rapide sous un soleil plus ardent. Les fièvres intermittentes causent soixante fois plus de décès dans la capitale de la Hollande que dans celle des Iles Britanniques *. Toutes les épidémies de choléra qui ont parcouru l'Europe ont fait beaucoup de ravages à Amsterdam.
Malgré le désavantage de l'insalubrité, la capitale de la Hollande ne cesse de croître en population, grâce à la force d'attraction qu'elle exerce comme centre de commerce et d'industrie. Dès le quatorzième siècle, elle était fort importante et devenait l’une des villes les plus fréquentées par les marins de la Hanse; déjà vers cette époque elle servait de refuge à des marchands émigrés des Flandres et du Brabant. La révolution en fit une cité libre et l'héritière d'Anvers; devenue l'asile de tous les persécutés,
* Mortalité moyenne à Amsterdam : 33 à 34 habitants sur 1000. M. C. Lombard, Trailé de climatologie médicale.
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Ni juifs, protestants où hbres-penseurs, elle s'éleva, pendant le dix-septième Di ARPIE siècle, au premier rang parmi toutes les cités commerçantes de l'Europe.
1 AU Elle est bien éloignée d'avoir aujourd'hui la même importance relative, Fi k fé | mais c’est une preuve du merveilleux esprit de persévérance des Hollandais | À it qu'ils aient réussi à maintenir dans leur capitale une telle activité des Mi Ab échanges par mer, car l'emploi de plus en plus général des bâtiments d'un j: po fort urant d’eau pour la navigation transocéanique semblait d'avance inter- | ik ne) dire toute concurrence aux armateurs d'Amsterdam; non-seulement le Zui- | 1} FA derzee n'est pas assez profond pour que les navires calant plus de # mè- [É 3 tres puissent S'y aventurer sans danger, mais, en outre, une barre péril. H BR leuse, le banc du Pampus, s'était formée à l'entrée de FH, et les bâti-
j ) ments qui avaient à gagner le port d'Amsterdam ne pouvaient franchir 1F “| l'obstacle qu'en se faisant soutenir à droite et à gauche par des allèges | | à ou « chameaux ». On sait que, pour garder son commerce maritime, la
fl Hu ville fut obligée de faire creuser un canal de 84 kilomètres de longueur f à travers la péninsule de Noord-Holland, puis de remplacer ce canal, qui
À H. ke était considéré, 11% à cinquante ans, comme une des merveilles de l'in- | jf ‘a dustrie humaine, par celui d'Hmuiden. Mais cela ne suffit point encore, Ni | 3 ERE ; Amsterdam, privée désormais de tout monopole commercial, ne veut pas k. h ! céder son rang à des rivales mieux placées, si elle ne veut pas se laisser fi 1 distancer définitivement par Rotterdam, et peut-être plus tard par Fles-
1 AU singue, il faut qu'elle soit toujours en libre communication par eau avec
la vallée du Rhin, et qu'un large et profond canal, allant rejoindre le Rhin
ST re op
près de l'origine de son delta, remplace le cours incertain de T'Hssel et les
| PH fosses navigables peu profondes, et pourtant très-utilisées, qui existent ‘1h {l aujourd'hui. La « Venise du Nord » continuera certainement de lutter 318 avec persévérance pour échapper au sort qui a déjà frappé l'ancienne he j « reine de P'Adriatique » *. Déjà, depuis l'ouverture du canal d'Hmuiden, À 4 4 il ; AE: ! 1 Mouvement à l'écluse du Keulschevaart en IST# : 16 627 bateaux, { ‘ il 2 Mouvement du port d'Amsterdam pour le commerce extérieur en 1876 : | Teil j Entrées * Voiliers . 714 jaugeant 224480 tonneaux. 4 ee » Bateaux à vapeur... (HE) \ 164 200 »
; j nil } Sorties. Voiliers. . 707 » 239 870 » FE À, Ù Bateaux à vapeur . tu » 163 440»
Pi A Total, . 2,919 nav, » 791 990 tonneaux, ‘14 | l 14 À Part du pavillon hollandais : pour les navires à voiles, la moitié du tonnage. | À AL: » » » » » à vapeur, le cinquième du tonnage, RTE RE: ME | je If Mouvement des bateaux aux écluses de Schellingwoude, en 1870 : 80 895. | 4 NI Commerce d'Amsterdam avec le Rhin par les canaux de Pilssel, en 1875 : | INR Exportation : 74,440 tonnes ; importation , 63,660 tonnes, Total. . 13à 100 tonnes, HE hf È Commerce avec PAllemagne par le chemin de fer rhénan en 1875, 476 500 » ‘1h
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