POPULATION, AGRICULTURE DE LA NÉERLANDE
Flandres belges. Il est vrai que la chaleur de l'été est rarement assez forte pour causer des épidémies, ou pour développer la fièvre sous une forme pernicicuse; mais les fièvres intermittentes affaiblissent les constitutions et les exposent à de nombreuses chances de mort. Or ces fièvres sont endémiques dans toutes les parties de la Hollande où un sous-sol glaiseux ne laisse pas filtrer les eaux. Par compensation, les cas de phthisie sont moins fréquents en Hollande que dans les autres contrées du nord de l’Europe, la Belgique, l'Angleterre, la Scandinavie.
L'étonnante propreté que les Hollandais ont dans leurs demeures, se retrouve dans leur outillage agricole, dans les champs mêmes qu'ils eultivent. En voyant de l’arête de quelque digue ou du sommet d’un clocher les rectangles égaux des polders, avec les fossés réguliers qui les séparent, les ponts qui les rejoignent les uns aux autres, les sentiers qui les bordent, on reste confondu à la pensée de la grandeur du travail accompli, de l’ordre merveilleux que l’homme a su introduire dans une nature jadis informe où se confondaient la terre et l’eau. La Flandre zélandaise, les îles des estuaires de la Meuse, les provinces de la Hollande proprement dile, une grande partie des régions d’Utrecht, de la Gueldre, d'Overijssel, de la Frise, qui furent jadis un chaos de lacs et de tourbières, sont devenues une immense « Venise rurale’ » dont chaque ilot de culture a été exhaussé par le travail de l’homme, comme l'ont été les banes vaseux sur lesquels se sont élevés les palais vénitiens. A l’ésoque où commença la guerre d'indépendance contre l'Espagne, le territoire labourable des provinces révoltées aurait été, d’après les mémoires de Jean de Witt, de quatre mille hectares seulement et ses produits eussent à peine suffi à la nourriture des seuls laboureurs* : toutefois cette assertion ne peut s'appliquer évidemment qu’à une faible partie du territoire actuel de la Hollande.
Le sol néerlandais n’a pas encore été entièrement conquis à l'agriculture: plus d’un cinquième se compose de landes et de tourbières, et de grandes étendues de vases, qui bordent extérieurement le littoral, se montrent deux fois par jour à marée basse sans que l’homme les ait revendiquées comme son domaine. Les terres d’alluvion, les seules naturellement fertiles de la Néerlande, ne comprennent, sur le bord des fleuves et dans le voisinage de la mer, qu’un espace d'environ 1500000 hec-
{ Émile de Laveleye, La Néerlande, Études d'économie rurale. # Lothrop Motley, Histoire de la fondation de lu république des Provinces-Unies des Pays-Bas.